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solitude - Page 3

  • La vierge froide et autres racontars – Jorn Riel

    La-vierge-froide-et-autres-racontars.jpgPourquoi pas une autre série de racontars ? Voilà ce que je me suis dit devant le rayonnage de la librairie. J’avais envie de retrouver le caractère unique de ces nouvelles qui ont fait la renommée de Jorn Riel. Ce n’est pas tant qu’elles sont extraordinaires. Stylistiquement parlant, difficile d’être ébloui, de même parfois pour le reste d’ailleurs. C’est juste qu’elles sont singulières et plaisantes. A même de faire passer un bon moment, même si elles sont inégales et plutôt simples.

    Singulières donc par leur univers : le Groenland, monde froid et hostile. L’île est essentiellement habitée par des hommes qui se débrouillent dans des conditions de vie extrêmes pour survivre, bien entendu aux conditions météorologiques, mais aussi aux tâches ingrates du quotidien, à l’absence de femmes et de distractions, à la solitude donc, également liée à l’éloignement géographique les uns des autres sur cette île à très faible densité de population. Comment faire donc si ce n’est essayer de mettre un peu d’inventivité et de poésie dans leurs histoires, dont le point de départ est souvent l’arrivée d’un visiteur en transit, dans cette sorte d’enfer.

    Quelque fois on sourit donc de ces mésaventures, on prend l’habitude de connaître les personnages récurrents comme l’impayable Valfred ou d’autres. Rien de génial, juste des histoires donc, des contes plus ou moins réussis. Certains racontars sont des délices de rocambolesque, comme « Le dressage d’un lieutenant » ou comment rabattre son caquet à un petit chef ignorant des réalités quotidiennes de ces hommes, ou encore « De joyeuses funérailles » quand la mort et la fête cohabitent dans un imbroglio sans nom. D’autres sont assez tristes, gorgées de solitude, comme « Le roi oscar » et son quiproquo meurtrier, « Alexandre » ou le coq comme fidèle compagnon, « Tournée de visites ». Il y en a aussi des pas très convaincantes comme « Le vent du Sud-est » sur le manque de sexe, « Le tatoueur » débarqué sur l’île avec son matos pour faire des ravages.

    Ces racontars sont atypiques et font passer un petit moment sympathique. 

  • Le lièvre de Vatanen - Arto Paasalinna

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    Le lièvre de Vatanen est le livre d'Arto Paasilinna qui a connu le plus de succès. Paru en 1975, c'est devenu un classique de la littérature finlandaise traduit dans plusieurs langues. Ce qui est pour moi assez surprenant car je dois avouer ne pas avoir vraiment été vraiment transcendé par le livre.

    Pour l'histoire, il s'agit de suivre les péripéties de Vatanen, un journaliste d'Helsinki qui pète les plombs. Un soir, de retour d'un reportage avec un photographe, leur voiture heurte un lièvre. Descendu porter secours au lièvre, Vatanen s'écarte du cours normal de son existence. Il ne remonte plus dans la voiture et envoie progressivement valdinguer son métier de journaliste, son acariâtre et infidèle de femme, toutes ses possessions matérielles. Il entre dans une sorte de transe calme et sans fin où plus rien n'a d'importance hormis le bien-être et la survie du lièvre.

    Il part ainsi pour un voyage sans but réel, affublé de ce drôle de compagnon qui lui attire des sympathies et des antipathies. Il traverse ainsi toute la Finlande. Son parcours est fait de rencontres de toutes sortes, un peu loufoques et pathétiques, comme ce vieil homme qui croit que le président finlandais Urho Kekkonen a été remplacé par un sosie. Il vit aussi de drôles d'aventures, retrouvant au fin fond d'un lac du matériel militaire allemand datant de la guerre ou encore se trouvant mêlé à des opérations militaires d'envergure internationale. Il doit faire face à la bêtise humaine sous plusieurs formes - cette femme qui s'entiche du lièvre - mais aussi à une forme d'hostilité de la nature - l'ours et le corbeau...

    Je ne sais si la faute doit être imputée à la traduction, mais je déplore le style d'Arto Paasalinna dans Le lièvre de Vatanen. Le livre est moyen sur ce point là et il y a une certaine fadeur, une platitude et un ennui relatif qui y sont liés. L'écriture d'Arto Paasalinna ne contribue pas à rendre intéressantes les aventures un peu brumeuses de Vatanen. Je suis également resté relativement peu sensible aux « messages », « thèmes », « idées » derrière l'odyssée de Vatanen même si peu d'explications sont données. J'ai juste eu une impression de déjà-vu, de voie éculée, dans le ras le bol de tout soudain de Vatanen qui se traduit par une fuite hors de la société, des conventions, vers la nature, etc. Tout ça manque de quelque chose de difficile à définir.

    On peut trouver un réel côté burlesque et absurde aux aventures et aux personnages car parfois Vatanen se retrouve au cœur de situations vraiment alambiquées et incroyables. La vérité, cependant, est que livre arrache difficilement des sourires au lecteur. Il n'est pas très drôle et parfois un peu maladroit et vain. Les pérégrinations de Vatanen sont un peu creuses, ennuyeuses.

    Un livre assez convenu, plutôt quelconque, pas forcément drôle, avec quelques moments où le burlesque triomphe. Je reste très sceptique sur le succès du livre et l'estime qui lui est accordée.

    Bof.

  • Bartleby le scribe – Herman Melville

    9782070401406.jpgBartleby le scribe est une nouvelle d’Herman Melville parue au milieu du dix neuvième siècle et qui a connu une trajectoire ascendante pour s’échapper du recueil de textes dans lequel elle était, les contes de la véranda, pour finalement devenir le texte le plus connu de l’écrivain américain aux côtés de Moby Dick.


    Qui est donc ce personnage de fiction désormais notoire ? Un jeune homme embauché par un homme de loi de Wall street, le narrateur, afin de recopier des textes. Après une brève introduction dans laquelle le narrateur présente une partie de son parcours, son activité et les 3 autres employés de son cabinet, Bartleby entre en scène. Apparaissant au début comme un besogneux appliqué et solitaire, ce nouvel employé glisse progressivement vers une attitude difficile à définir.

     

    D’abord Bartleby ne préfère pas faire une tâche qui fait partie de ses attributions et puis petit à petit, il préfère faire de moins en moins de choses, et ce jusqu’à l’inactivité totale. Préférer ne pas faire, telle est sa propre formule. Non content de devenir complètement inutile, il semble se lancer dans un projet nihiliste, se nourrissant le plus chichement possible, dormant sur son lieu de travail, ne développant aucune activité susceptible de lui demander un effort, ne présentant d’intérêt visible pour aucune activité physique ou intellectuelle. Un poids mort.

    Bartleby le scribe se lit vite et facilement, et à vrai dire il n’est pas besoin de s’attarder sur des questions stylistiques au sujet de cette nouvelle. En fait, la réussite du texte réside essentiellement dans le mystère concernant les motivations de l’attitude de Bartleby. Mystère qu’Herman Melville ne lève pas à la fin de la nouvelle et qui autorise toutes les interprétations. Bartleby se prête ainsi à de nombreuses appropriations et chacun est libre de plaquer sur cette figure littéraire ses propres désirs.

     

    Cette sortie du monde, ce retrait hors de la vie ou ce repli extrême sur soi, ce mépris pour le commerce du monde et les us et coutumes inspirent ainsi de nombreuses lectures. Bartleby peut être vu comme un nihiliste, comme un anarchiste original, un misanthrope, un roi de l’absurde, un mystique, un ascète et j’en passe. La nouvelle étant située à Wall Street une lecture originale fait de Bartleby un résistant à l’asservissement au monde du travail, au règne de l’argent et au capitalisme conquérant.

     

    Si j’ai un faible pour cette lecture, la mienne voit en Bartleby, une sorte de Diogène de Sinope, le cynique. Bartleby tente le pari d'une vie réellement indépendante et renonce à la comédie humaine, de sorte qu’il valide la phrase du maître es littérature Borges à son sujet 'Il suffit qu'un seul homme soit irrationnel pour que les autres le soient et pour que l'univers le soit'. C’est ça Bartleby.