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solitude - Page 4

  • Après le tremblement de terre – Haruki Murakami

    Apres-le-tremblement-de-terre.jpgEn 1995, un tremblement de terre de magnitude 7.3 sur l’échelle de Richter frappe Kobe, sur l’île de Honshu au Japon. Bilan : plus de 6000 morts et des dizaines de milliers de blessés, sans parler des dégâts matériels. C’est à la suite de ce drame qu’Haruki Murakami retourne dans son pays après des années d’exil en Europe et aux Etats-Unis. Les 6 nouvelles de ce recueil portent en elles les stigmates de cette catastrophe.

    Il ne s’agit pas ici de parler de manière directe du tremblement de terre, ni d’évoquer tout ce qui pourrait nous venir à l’esprit au sujet de ce genre de tragédies en termes d’images. Pour Haruki Murakami, le séisme est intérieur. Le tremblement de terre de Kobe traverse toutes les nouvelles, les relient d’une façon indirecte - sans que les nouvelles aient de connexion les unes avec les autres - par la fracture, la faille béante qu’elle ouvre dans l’existence des personnages. Le tremblement de terre survient en chacun d’entre eux, polymorphe, un ennemi intérieur qui brusquement surgit et les bouleverse.

    Ce qui frappe dans ces nouvelles est l’extrême solitude de ces personnages communs qui sont confrontés à des interrogations silencieuses mais violentes qui les rongent. Que ce soit cet homme brutalement quitté par sa femme qui le trouve vide ou encore cette femme en voyage en Thaïlande qui en veut à un homme au point de souhaiter sa mort en passant par ce jeune homme qui suit un inconnu dans la rue qui pourrait être son père inconnu ou encore ces deux passionnés de feux de camp qui souhaitent se donner la mort.

    Haruki Murakami a une manière subtile de dire les maux intérieurs. Il narre avec une certaine fluidité, de la finesse, dans une ambiance minimaliste et parfois teintée de fantastique, mystérieuse, des angoisses existentielles fondamentales, d’une profondeur soudainement vertigineuse. Impossible de ne pas reconnaître l’élégance de son écriture qui confère de la beauté mais aussi une puissance inouïe à des sentiments de perte, de nostalgie, d’échec, de vide, d’absurde, de mélancolie.

    Après le tremblement de terre est un excellent recueil de nouvelles, fort et original dans son approche du séisme de Kobe.

  • Piazza Bucarest - Jens Christian Grondhal

    piazzabucarest.jpgVoici Scott et Elena, deux portraits, deux solitudes qui se sont rencontrées et qui se sont manquées. C’est leurs vies que nous raconte le narrateur. Il est le fils adoptif de Scott. C’est donc normal qu’il commence par parler de l’existence de celui qui semble être plus un ami qu’un père.

    L’histoire de Scott le mène des Etats-Unis au Danemark. C’est un homme plutôt passif, prude et contemplatif. De ceux qui traversent l’existence sans bruit particulier, se laissant porter par les eaux, en retrait, loin de la course et de la folie du monde. A l’occasion d’un voyage de travail sous la Roumanie de Ceausescu, il rencontre Elena. Elle est sa guide lors de son bref séjour. Alors que ne se profile à l’horizon qu’une hypothétique coucherie sans avenir, Scott fait d’Elena la deuxième femme de sa vie après Vicky, la mère du narrateur. Dans un moment étrange de douce folie, il propose à Elena de l’épouser, uniquement pour le suivre à l’Ouest, pour qu’elle échappe à sa réalité étriquée. Entre donc en scène Elena, deuxième portrait. Cette femme mystérieuse bouleverse la vie de Scott et puis s’évanouit. Le narrateur part à sa recherche pour la comprendre. Quel peut-être le passé de cette femme, les raisons aussi qui l’ont poussée à agir ainsi qu’elle l’a fait ?

    Piazza Bucarest est un livre intelligent qui aborde les questions de l’exil, de l’identité, de la quête amoureuse et du poids du passé dans notre existence. Les personnages de Jens Christian Grondahl sont profonds, denses, complexes. Leurs vies sont explorées, leurs sentiments révélés, leurs histoires déroulées avec une certaine distance et en laissant une part de mystère, d’inconnu jusqu’au bout. Il y a quelque chose de touchant et d’humaniste dans la manière dont l’auteur construit ses histoires, approche au plus près des personnages et de leurs vies. Il a une écriture douce amère qui porte une dose de mélancolie et de puissance dans ses réflexions et dans sa narration. Bon.

  • Passer l'hiver - Olivier Adam

    passerlhiver.jpgJ'ai beaucoup apprécié ce recueil de nouvelles construit autour du desespoir. Dans des decors froids, hivernaux - d'où le titre -, des vies se livrent, s'éparpillent dans un malheur petit ou grand: couple qui ne marche pas, misère du travail, agonie d'un être cher, etc. Que du commun qu'il est facile d'appréhender. Les traces de mélancolie et d'épuisement ont une authenticité indéniable. Les connections entre la froide saison et les aventures quotidiennes, minuscules des personnages qui sentent la défaite, la fêlure ajoutent au sentiment d'ereintement, de nostalgie, de lassitude. Les personnages de Passer l'hiver sont en rupture, à la recherche du simple plaisir, du petit bonheur, du petit quelque chose, l'étincelle qui leur arrachera un sourire et ravivera ce qui leur reste d'espoir - et qu'on peut ressentir au détour d'une phrase.

    Un livre chaud et delicat, bizarrement. Bien.