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solitude - Page 5

  • Mao II - Don DeLillo

    mao II.jpgUne œuvre à part. L’empreinte de la foule et de la solitude sur nos existences à notre époque. D'un côté, à l’ère de la surpopulation, les masses omniprésentes, pauvres, anonymes, perdues, indistinctes, grégaires, manipulées. Et de l’autre côté, la solitude extrême de l’écrivain Bill Gray avec son œuvre, la solitude aussi des autres personnages, Scott, Karen et Brita. Solitude présente au sein même des masses et masses qui s'invitent partout, tout le temps. Il y a t-il aujourd’hui une alternative à ces deux extrêmes ?

    Don DeLillo explore cette question à sa façon, obsessionnelle, intime. Il y a toujours de l’errance autour de ses personnages, en quête d’on ne sait quoi, en bute à la modernité, à l’époque. L’histoire et ses grands sabots est elle aussi omniprésente. L’histoire et les masses. Le livre de Don De Lillo est de ceux qui interpellent. Parce qu’il affronte son époque, pousse le lecteur à la réflexion. Parce qu’il est puissant d’une écriture tendue, acérée, au cœur de son temps. Parce qu’il est bizarre aussi, long par moments, un peu fou aussi.

    J’ai plutôt aimé.

  • Waiting period - Hubert Selby Jr

    waiting period.jpgIl souhaitait juste mettre fin à sa vie, partir tranquillement, foutre la paix à tout le monde et à lui-même, mais voilà, une simple procédure informatique remet à quelques jours l’acquisition de l’arme qu’il comptait utiliser. Vie de merde. C’est durant cette période d’attente que lui vient une idée qui va donner un sens à son existence et le faire revenir sur sa décision de mettre fin à ses jours. Au lieu de se donner la mort, pourquoi ne la donnerait-il pas à ceux qui la méritent plus que lui ? Partout dans le monde, il y a des salauds, des cons qui ne méritent rien de plus que le châtiment suprême pour tout le mal qu’ils font aux autres, pour leur capacité de nuire aux autres, de compliquer le système et d’en profiter. Il faut que justice soit faite et ces êtres punis. Ce sera donc sa mission à lui.

    Voici le point de départ d’une folie dans laquelle bascule un homme déçu et frustré. Car au fil du livre, le lecteur prend conscience de la pauvreté, de la vacuité de l’existence de cet étrange justicier en herbe. Il s’agit avant tout de l’histoire d’un homme plongé dans une extrême solitude. Le héros n’est pas un vrai désespéré, même s'il tente plusieurs fois de se suicider, sans y arriver. Pathétique. En fait, c’est un laissé pour compte du miracle américain, un de ceux qui restent sur le bas côté à voir filer les voitures - de luxe de surcroît -, un frustré, un de ceux à qui la défaite révèle dans une cruelle lucidité les failles du système, l’impitoyable loi de la jungle qui s’applique d’une certaine façon à la société - américaine en l’occurrence. Pas de liens sociaux, aucune réussite à son actif, une conscience livrée à elle-même et à la déception, qui s’enflamme, se consume et se lance dans une entreprise folle comme seule l’époque peut en générer - qu’elle a générée d’ailleurs avec par exemple le cas des enveloppes à l’anthrax, les tueries aveugles à Washington etc. Il y a un moment bref, flou, durant lequel le personnage principal bascule de l’autre côté et devient cette espèce de justicier affranchi de la réalité et des règles.

    «Le fou n'est pas l'homme qui a perdu la raison. Le fou est celui qui a tout perdu, excepté la raison.» dit Chesterton. Y a-t-il phrase plus appropriée pour décrire ce personnage qui n’a plus rien dans la vie sauf une conscience brutale de son propre échec, de sa propre solitude, du monde injuste et qui entre dans un mode de fonctionnement à proprement parler hallucinant ? Être dans la tête du tueur grâce à Hubert Selby Jr. Voici les entrailles d’un maniaco-dépressif pourrait-on dire.  Voici mon fils aussi semble dire l’auteur qui  prend parfois un peu de distance, observe son personnage et s’attendrit sur son triste sort, sur lui et sa mission désespérée.

    En dépit de quelques longueurs, d’essoufflements passagers, c’est du Hubert Selby Jr dans le texte, cru, cruel, parfois lancinant, parfois christique. Il est toujours enfoncé dans les failles de l’Amérique contemporaine, dans ses maux et ses vices, peut-être un peu émoussé par moments, usé à la fin, moins déchaîné qu'à l'époque de Last exit to Brooklyn, mais tellement cinglant dans l’idée, dans le verbe, dans ses passages réussis.

    Un petit Hubert Selby qui se laisse lire.