Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

travail - Page 3

  • Les tribulations d’un précaire - Iain Lévinson

    iain levinson.jpgIain Levinson est titulaire d’une licence de lettres, mais à quoi peut bien servir ce diplôme sur le marché du travail américain ? Visiblement à pas grand-chose lorsque l’on lit ses désillusions professionnelles à la sortie de l’université. Les tribulations d’un précaire, c’est l’enchaînement de quelques boulots difficiles et précaires effectués par l’écrivain pour survivre : déménageur, poissonnier, installateur illégal de câble, pêcheur de crabes en Alaska entre autres.

    Au-delà des aventures, des anecdotes, qui s’enchaînent avec humour et qui sont très divertissantes, des portraits acides d’employeurs et d’employés, ce livre est surtout une critique décalée du système économique qui a été sacrifié au bénéfice de quelques uns laissant une armée de réserve se débattre dans la fange. Les analyses d’Iain Levinson sur l’économie, la richesse, la pauvreté, le monde du travail, la débrouille, les carrières, les luttes au sein de l’entreprise sont simples mais justes, empreintes d’une lucidité qui fait mouche. Pas de grandiloquence dans le sentiment ou à l’inverse de misérabilisme, la galère est décrite sans fioritures, le narrateur traîne une sorte de désabusement, une distance avec sa vie et les évènements qui est salvatrice et qui permet aussi d’apprécier les situations un peu loufoques, absurdes et les histoires divertissantes qui offrent un véritable plaisir de lecture.

    Les tribulations d’un précaire est un livre très contemporain qui pose avec drôlerie des questions actuelles et brulantes sur l’emploi et l’économie.  

  • Le culte de la performance - Alain Ehrenberg

    culte de la perf.jpgLa notion de performance, au cœur de nos sociétés modernes, s’est métamorphosée depuis les années 80, pour prendre de nouvelles significations pour l’individu, plus particulièrement dans trois domaines: le sport, la consommation et l’entreprise.

    Alain Ehrenberg veut démontrer comment la performance dans le sport est devenue le symbole de l’idée de justice en vertu de la concurrence et de l’indifférenciation égalitaire. Ce que représente le sport, ce n’est plus l’abêtissement populaire et intellectuel comme autrefois, c’est plutôt un idéal démocratique d’élévation sociale de l’individu dans un univers aux règles surdéterminées. En résumé dans l’imaginaire collectif, chacun de nous peut arriver à ses ambitions, maîtriser son destin dans un cadre concurrentiel juste. Problème, où trouvez vous un cadre concurrentiel juste dans la vie de tous les jours messieurs et mesdames ?

    La signification de la performance s’est aussi transformée dans la consommation. Consommer à tout va n’est plus considéré comme une aliénation, une distraction de l’idéal d’émancipation, d’élévation culturelle de l'individu, c'est même devenu plutôt le but ultime. Consommer est désormais une performance dans la réalisation, l’épanouissement de soi, essentiellement à travers le paraître. Ce que je consomme est ce que je suis, ce que je veux être, ce que je veux montrer. Mais comment faire autrement quand le prisme principal de lecture de notre monde est économique (croissance, rentabilité, etc.) et les valeurs dominantes, celles associées à l'argent ?

    Enfin, dernière figure de la transformation de la perception de la performance : le chef d’entreprise. Autrefois, le symbole de l’oppression des travailleurs, il est devenu un modèle dont la performance illustre à perfection un idéal d’individu que promeut notre société : l’homme autonome, adaptable, à l’aise dans un univers en constant mouvement, capable de prendre des risques. Ce que vous n'êtes pas ? Tant pis, il ne semble y avoir de places que pour un seul type d'homme.

    Le livre est encore plus intéressant quand il pointe les conséquences de ces transformations de la notion de performance sur l’individu et la société. La montée de la dépression, des maladies mentales et du dopage quotidien pour faire face à l’exigence de performance, à la nécessité d’être un modèle d’autonomie, d’adaptation etc, l’hyperconsommation et la décadence des idéaux d’émancipation par la citoyenneté, les dérives identitaires dans le sport etc.

    C’est un livre aux thèses très percutantes, qui s’intéresse surtout à l’individu et à ses mutations dans un contexte moderne. Il est vraiment dommage cependant qu’il perde de sa force en s’étendant indéfiniment sur les exemples. La multiplication des exemples et les longueurs concernant les entreprises étudiées par l’auteur noient souvent la vigueur et la densité des arguments et du propos. L’idée de lier ses démonstrations au destin de certaines entreprises ou figures d’entreprises rend le livre plus accessible, mais bien plus long et prive le lecteur de développements sur les thèses principales et les conséquences.

    Intéressant.

  • Extension du domaine de la lutte - Michel Houellebecq

    edddll.jpgComment passer outre le personnage littéraire désormais célébrissime pour découvrir un livre ? Michel Houellebecq est devenu une star de la littérature en très peu de temps, entre autres grâce à cet ouvrage. Le fait que sa notoriété ne tienne pas tant à ses qualités littéraires, qu’à ses interviews limites, à ses propos polémiques et à son personnage ne doit pas empêcher de porter un regard lucide sur son ouvrage.

    Extension du domaine de la lutte est un livre amer sur la frustration sexuelle et le désarroi professionnel d’une bonne partie de la classe moyenne. Le narrateur, hormis quelques excès, est symbolique de toute une frange de la population à la dérive par rapport à la modernité capitaliste et à ses exigences considérables aussi bien sur le plan du travail que de la sexualité entres autres. Il y a un désarroi du narrateur, un désabusement terrible qui est perceptible dans le ton, une noirceur de la solitude, de l’aigreur, de l’échec.

    Le cynisme du livre peut paraître difficilement supportable, mais n'est-il pas une des marques de fabrique de notre monde d'aujourd'hui ? Le narrateur s’analyse avec une franchise et une lucidité désarmantes. C'est un véritable loser, un personnage comme la littérature française contemporaine en produit peu. Tant pis s’il est un peu excessif et s’il en fait trop et se laisse aller à ses pires travers, car c'est souvent pertinent et drôle. Michel Houellebecq a au moins le mérite de s’attaquer à des sujets de société dérangeants et à tendre un miroir peu tendre au plus grand nombre.

    Bon.