09.11.2009
Mademoiselle Bonsoir / La reine des garces – Boris Vian
Mademoiselle Bonsoir
Ce texte inédit de Boris Vian est une comédie musicale qui n’a jamais vu le jour. A la base une belle idée un peu humaniste et un peu loufoque transformée en commerce florissant: une chanteuse pleine de charme pour bercer les insomniaques et les solitaires de toutes espèces. Pour le reste des ficelles classiques de Vaudeville, et une pièce qui gagnerait à être mise en scène. C’est assez plaisant, drôle par moments et d’une certaine fraîcheur et inventivité quand on laisse parler son imagination. Il ne faut cependant pas trop en attendre, seulement du plaisir rapide. Sur le papier, on a une grande louche d’amour, une pincée d’amitié, des gangsters d’opérette et des retournements de situation parfois un peu rapides, alambiqués pour une intrigue finalement simple et convenue. A prendre pour ce que c’est, un bon divertissement.
La reine des garces
Parue en même temps que Mademoiselle Bonsoir, La reine des garces, est une pièce de théâtre plus longue qui fait montre de la même énergie et fantaisie dans le plus pur style théâtre de boulevard. Il faut reconnaître beaucoup de rythme à cette pièce qui enchaîne les péripéties et les retournements de situations. A partir d’une série de quiproquos, une jeune première blessée se transforme en garce prête à blesser tout son monde – père compris - et à tout écraser sur son passage, bien aidée par des personnages loufoques. C’est parfois drôle – moins que Mademoiselle Bonsoir -, truffé de bons mots – plus que Mademoiselle Bonsoir - et d’originalités, mais il y a également un peu plus de longueurs. C’est un bon vaudeville qui mériterait d’être monté pour apporter un bon moment de théâtre.
Difficile pour moi de dire en conclusion, dans quelle mesure ces deux vaudevilles plaisants ont quelque chose de spécial. Bien que de Boris Vian, ils ne me semblent pas supérieurs à d’autres, même si de bonne facture. Se laissent lire.
15:59 Publié dans Littérature Française, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vaudeville
07.10.2009
Pays perdu – Pierre Jourde
Un pays perdu ? C’est ce à quoi ressemble le petit village du Cantal qui est au centre de ce livre. Pour l’histoire, c’est deux frères qui reviennent dans le village de leur enfance parce que l’un d’eux a hérité d’un cousin. Durant le court laps de temps qu’ils passent au village pour chercher un éventuel magot caché dans la ferme laissée en héritage, se déroule l’enterrement de la fille d’un des habitants, récemment décédée. Le retour au pays natal de ceux qui sont devenus assez tôt des citadins est l’occasion de raconter ce coin, une espèce de bout du monde.
Il n’y a pas vraiment d’intrigue dans Pays perdu. Pas besoin. Ici, il s’agit juste du portrait du village et de ses habitants. Portraits qui défilent les uns après les autres. Ceux qui pensent que les descriptions n’ont plus d’avenir en littérature en sont pour leurs frais. Pierre Jourde réhabilite l’art du portrait et de la description en se faisant succéder sous nos yeux ébahis, un monde autre. En fait un monde que l’on croyait disparu ou peut-être fantasmé, celui de la ruralité âpre et dure, de la tradition, enfoncé dans une espèce d’immobilisme, vaincu par la désuétude.
Qu’est ce que ce pays alors ? Un monde qui se meurt, une réminiscence du passé. Un monde rongé par l’alcool, la promiscuité, la dureté de l’existence. Un décor aride, rustique froid qui semble écraser les existences du poids du néant, de l’absence d’horizon. Ici les grandes valeurs semblent porter le vice sur leurs dos. Ici, on est buriné, maltraité par la vie mais on la lui rend bien, au moins sur les voisins et les gens de l’extérieur, parce qu’évidemment on n’aime pas les gens de l’extérieur.
Pierre Jourde arrive à faire exister avec force chacun des habitants de ce village à l’esprit de son lecteur. Leurs petites histoires, leurs manières, leurs traits sont restitués, sans concession, avec justesse. Il les met à nus, ouvre leurs entrailles peu ragoûtantes et livre leurs secrets, leurs maux intimes, leurs failles, leurs défaites. C’est dur, c’est moche mais en même temps il faut reconnaître que ces habitants sont contés avec une langue riche qui d’une certaine façon leur donne un aspect poétique brut, une densité fascinante.
Pays perdu est un livre intéressant. Il a valu à son auteur de violentes représailles lors de son retour sur les terres de son village qui lui a inspiré ce livre. Certains habitants n’avaient pas aimé ce qu’ils pensaient être leurs portraits.
13:57 Publié dans Littérature Française | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : misère, ruralité, portraits
07.09.2009
Pura Vida – Vie et mort de William Walker – Patrick Deville
Pura Vida, c’est l’incroyable histoire de William Walker, un aventurier américain qui a réussi au milieu du XIXème siècle à devenir le président du Nicaragua. Destin hors normes que celui de ce conquérant atypique qui à la suite d’une tragédie personnelle s’est lancé, jusqu’à sa mort tragique au Honduras, dans une folle et vaste tentative de conquête de plusieurs pays d’Amérique centrale. C’est une histoire riche en rebondissements que narre Patrick Deville. Les multiples tentatives de William Walker sont marquées du sceau de l’échec avec des accents épiques et pathétiques à la fois. Mercenaires, armées de fortunes, fuites dans la jungle, campagnes interminables et mal préparées, pillages, massacres, alliances friables et incertaines, héroïsme et décadence, sont les ingrédients de ce roman.
Patrick Deville a pris le parti de mettre en scène un narrateur écrivain en train de faire les recherches en Amérique Centrale pour écrire la vie et la mort de William Walker. Sa progression est plus ou moins celle du lecteur qui le suit dans une sorte de road trip dont les résultats dépassent assez rapidement l’histoire de William Walker. Le narrateur s’immerge dans l’histoire très mouvementée de cette région du monde et au fil de ses rencontres avec notamment des écrivains, d’anciens révolutionnaires sandinistes. Le récit se gonfle rapidement des évènements et des personnages qui ont animé l’histoire du Nicaragua et des pays voisins depuis l’époque de William Walker.
La prouesse du livre est d’arriver à retranscrire une ambiance unique propre à ces pays qui ont été le théâtre de la folle utopie de la révolution, qui ont connu les dictatures sanglantes et qui semblent désormais plongés dans une espèce de torpeur. Le livre de Patrick Deville est très détaillé et fourmille de milliers de détails qui donnent authenticité et intérêt à Pura Vida. Le travail de recherche est impressionnant et la passion de l’auteur pour ces histoires est transmise. Il y a quelque chose de fou et d’absolu, de désespéré et de grand, dans la vie et la mort de William Walker et dans celle de tous ces protagonistes qui défilent : le Che, Sandino, Les Somoza, etc. Cependant le livre est quelque part victime de sa construction. Eclatée, mêlée à celle d’autres personnages historiques, la vie et la mort de William Walker est parfois diluée, moins saignante et passionnante qu’elle ne pourrait l’être. Patrick Deville se libère de la chronologie également, et du coup c’est parfois tortueux, dense et un peu brouillon aussi, alors avouons qu’un dictionnaire ou un petit précis d’histoire de l’Amérique centrale peut-être utile pour remettre tout ça en ordre. Pour terminer, les passages narratifs concernant la petite vie du narrateur et ses rencontres avec des personnalités qui ont fait ou qui connaissent l’histoire de cette région sont parfois un peu longs et parfois vides.
Pura Vida n’en demeure pas moins un livre intéressant, doté d’un caractère propre et qui ouvre une multitude de portes sur l’histoire du Nicaragua et de l’Amérique centrale.
21:37 Publié dans Littérature Française | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, aventure, révolution
25.08.2009
Un roman Russe – Emmanuel Carrère
Il est difficile de résumer et de définir un roman Russe, parce qu’il est à sa manière une sorte d’ovni littéraire qui dépasse les genres. Il se joue des frontières littéraires pour développer ce qui est à la fois un journal intime, le carnet de bord d’un réalisateur, le récit d’une saga familiale et d’une passion amoureuse. C’est le propre du génie romanesque que de ne pas être simplement figé dans une forme (cf. l’art du roman de Milan Kundera) mais de pouvoir articuler différents éléments, récits dans un collage qui a du sens.
Certains ont vu dans un roman Russe, un nouvel opus de la vague autofiction qui prédomine les lettres françaises récemment et l’ont critiqué. Pour ma part, le genre importe peu au regard de la qualité du livre. Le problème de la majorité des autofictions est surtout que ce sont de mauvais livres, mal écrits, mal construits ou inintéressants. Ce n’est pas le cas d’un roman Russe. Et c’est peut-être le petit miracle d’Emmanuel Carrère. Il raconte l’histoire de sa passion amoureuse avec une certaine Sophie. Une histoire difficile, avec bien entendu des coucheries, des orages, des bonheurs, des différences entre les protagonistes etc. Banal ?
En fait pas tant que ça parce que l’originalité d’Emmanuel Carrère se retrouve dans son écriture. Il s’agit d’une véritable mise à nu. A la lecture de cette histoire, on y sent une dureté, une violence, une noirceur qui sont rares. Emmanuel Carrère est sans concession avec lui-même, avec ce qu’il a vécu. Le lecteur sent qu’il n’y a pas de jeu, pas de légèreté. Il s’agit ici de trifouiller le plus profond des choses, des mots, des pensées. Le mérite de l’auteur est de ne pas faire de son lecteur un témoin éloigné mais presqu’un acteur pris quelque part au milieu des déchirements, des envolées de cette passion complexe. Il y a quelque chose de viscéral et d’essentiel, de nécessaire dans la manière dont ce texte est écrit qui le distingue des autres textes similaires.
D’autant plus qu’excellent romancier, Emmanuel Carrère, mêle cette histoire à celle d’une quête personnelle, une quête identitaire qui est encore plus intéressante à mes yeux. Il essaie de comprendre, de décrypter la fêlure intime qui fait de lui l’homme qu’il est, un écrivain, cet écrivain là. Déchiré, complexe, sombre et envoûtant. Cette quête est un processus de réappropriation d’une généalogie, celle d’une famille de Georgiens que l’histoire et ses grands sabots a poussé à émigrer en France. Suivre l’enquête d’Emmanuel Carrère sur ses origines russes, sur ses grands parents et plus particulièrement son grand père qui se trouve être une personne aussi torturée que lui est un cheminement riche, une fois encore très intime mais aussi très difficile, très âpre. Les sinuosités, les sombres recoins de cette histoire familiale sont exposés et révèlent la face cachée d’une famille. Un traumatisme qui court d’une génération à l’autre est là, tapi. Et à vrai dire, on s’en tape un peu que ce traumatisme concerne aussi Hélène Carrère d’Encausse, la mère de l’écrivain et la secrétaire perpétuelle de l’académie Française. Ce livre vaut plus que ça.
Emmanuel Carrère arrive à faire de la Russie un fil conducteur, un pivot entre sa quête des origines, son problème identitaire et sa passion amoureuse. La Russie est le point de départ du livre et de ces trois sujets. Alors qu’il était parti couvrir l’histoire incroyable d’un prisonnier hongrois resté enfermé pendant cinquante ans dans un hôpital psychiatrique russe à Kotelnitch, s’ouvre sous ses pieds un abîme dans lequel il s’engouffre. Il veut faire un film sur la vie à Kotelnich. La Russie, les voyages pour réaliser ce film entre autres, permettent de tisser des liens entre les trois explorations poursuivies par le livre. La Russie est une pierre angulaire qui lui permet de travailler d’abord, de poursuivre sa quête des origines, de se confronter à lui-même et qui a une importance dans le délitement de son histoire avec Sophie.
Ce qu’il y a de moins intéressant dans un roman Russe, ce sont finalement les passages de « cul » et les longueurs concernant la nouvelle publiée par Emmanuel Carrère dans le monde. Pour le reste, un roman Russe est pour moi une œuvre intéressante, dense et présentant une structure narrative à même d’exploiter ses différents thèmes, et qui offre plusieurs niveaux de lecture. Emmanuel Carrère est un des écrivains français les plus intéressants de ces dernières années et il le confirme.
16:49 Publié dans Littérature Française | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : identité, autofiction, passion
18.08.2009
Contes glacés – Jacques Sternberg
Jacques Sternberg a trouvé sa voie en devenant l’auteur de contes brefs dont lui seul a le secret et la formule. Comme l’affirme la quatrième de couverture, il en a écrit plus de 1500 parmi lesquels Joseph Duhamel a choisi ceux qui composent ces contes glacés.
L’art de ces contes est de jouer avec la science fiction, le fantastique ou encore l’absurde, le non-sens pour interpeller, se moquer, critiquer. De manière succincte, avec un sérieux teinté d’ironie, et une science de la chute, Jacques Sternberg s’attaque aux objets de notre quotidien (miroir, rideaux, photos…), aux animaux (chats, poissons, insectes…), aux lieux (musée, gare, bibliothèque…), aux lois de la nature, aux êtres humains bien sûr. Cette sélection par thème est pertinente pour montrer la diversité des sujets abordés par Jacques Sternberg et propose une approche balisée d’une œuvre pas si évidente à appréhender et à apprécier. Néanmoins je dois avouer en tant qu’amateur de ces contes que cette sélection est en deçà de celle des 188 contes à régler ou celle des histoires à mourir de vous par exemple qui sont bien meilleures – peut-être plus uniformes aussi.
Ma préférence dans les contes de Jacques Sternberg va à ceux qui critiquent la nature humaine, la société de consommation, l’idiotie contemporaine ou moderniste ou encore les croyances, les us établis – de préférence par la science-fiction. Force est de reconnaître que ce recueil fait une place plus grande à ceux qui privilégient l’absurde pur ou encore le fantastique pour l’effroi et la surprise.
Ces contes glacés n’en demeurent pas moins une porte d’entrée vers l’univers très particulier de Jacques Sternberg et de ses contes originaux
10:42 Publié dans Contes, Littérature Française | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.08.2009
La petite fille de monsieur Linh – Philippe Claudel
Monsieur Linh est un réfugié asiatique. Ce vieil homme a fui son pays ravagé par la guerre pour une terre d’accueil occidentale. C’est un voyage douloureux que l’exil pour un homme qui a tragiquement perdu toute sa famille. Il ne lui reste plus que sa petite fille, un nourrisson auquel il s’accroche pour avoir la force de vivre et de supporter le dépaysement et le déracinement qui accompagne son aventure.
Dans son livre, Philippe Claudel traite le thème de l’exil et du choc des cultures du côté des sentiments. Ce qui peut apparaître touchant par moments mais est surtout à la limite du guimauve et du sentimental la plupart du temps. L’écriture intimiste, le point de vue interne et la tonalité de la narration créent une atmosphère chargée de pathos qui est assez rapidement pénible pour qui n’est pas amateur de grands sentiments à la louche.
A vrai dire, le livre est assez convenu sur les sujets qu’il traite et est même souvent dans le cliché. Il n’y a pas de véritable réflexion autour de ce que vit Monsieur Linh, seulement de l’émotion assez facile. La complexité de la situation de réfugié est éludée au profit de souvenirs idéalisés de Monsieur Linh, de sa culture, de sa famille et du passé. Le choc des cultures n’est pas réellement exploité ou tangible dans les situations. Philippe Claudel se contente du plus basique et du plus évident pour tous.
Certains peuvent apprécier l’histoire d’amitié entre Monsieur Linh et cet homme qui a perdu sa femme. Mais là encore c’est très prévisible, assez facile, rapide et une fois de plus gorgé d’une sentimentalité de roman à l’eau de rose. Philippe Claudel n’échappe pas non plus à un dénouement tragique qui est couplé à une surprise qui est un des piliers du livre. Je ne la dévoile pas, mais elle peut se deviner plus ou moins rapidement. Alors le livre perd encore plus d’intérêt et devient interminable. C’est dommage quand on voit toute la peine que se donne Philippe Claudel pour son effet de manche.
Lecture difficile pour moi. Même en été, dans un hamac, la tête vide. Je dois avoir un cœur de pierre.
14:19 Publié dans Littérature Française | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : exil, immigration, émotion
30.06.2009
Le vertige de Babel - Pascal Bruckner
N’avons-nous rien à opposer au nationalisme xénophobe et au repli identitaire que l’ouverture tous azimuts d’un mondialisme sans attaches promu par le capitalisme triomphant ? Les crimes de la barbarie fasciste sont assez présents dans nos mémoires pour que la première alternative effraie et apparaisse comme un écueil à ne pas reproduire mais quid de la seconde ? A travers ce court essai, Pascal Bruckner démasque les failles d’une nouvelle idéologie qui se présente comme le cosmopolitisme mais qui ne l’est pas.
Pour cela, il démonte quelques idées reçues. En termes simples, manger du couscous, lire un écrivain chinois ou passer ses vacances en Tanzanie, avoir un ami bolivien n’a rien à voir avec le cosmopolitisme. « Il y a bien longtemps que le beau, le vrai et le bien ont divorcé les uns des autres ». « Il ne faut pas confondre esthétique et éthique ». Ce qui se présente comme le cosmopolitisme n’est qu’une sous culture universelle pauvre constituée d’emprunts culturels dévidés de leur sens, de leurs aspérités et soumis à une logique commerciale facilitée par le progrès technique.
Pascal Bruckner explique en convoquant de grands écrivains cosmopolites (Nabokov, Naipaul, Kristof) que le cosmopolitisme est une épreuve qui n’est pas donnée à tous, c’est une douleur, un arrachement à soi. « Transiter d’une civilisation à l’autre est l’équivalent d’une mue, d’une métamorphose qui implique peine et travail et n’a rien à voir avec le glissement feutré du jet reliant tous les points de la planète ». C’est que derrière l’idéologie du mondialisme, d’autres démons se cachent, la xénophobie renversée, l’orgueil narcissique, le mépris de l’autre, la superficialité la plus radicale, l’indifférence quiétiste et j’en passe.
Pascal Bruckner rappelle de manière salutaire que le cosmopolitisme présuppose une vraie connaissance de sa propre culture – chose qui n’est déjà pas donnée à tant de monde que ça. Il faut être de quelque part, ancré dans une autre culture pour vouloir faire tomber les murs et s’ouvrir à d’autres cultures à moins d’être aussi vaporeux « qu’un courant d’air international ». « L’attachement critique à sa propre nation » et le dialogue avec le passé (cosmopolitisme non spatial mais temporel) sont deux pistes indispensables qu’il propose pour le vrai cosmopolite.
Pascal Bruckner en profite pour glisser sur le terrain politique et dessiner le cosmopolitisme comme la voie d’avenir de l’Europe. C’est une réflexion stimulante qui ne se départit pas d’un certain idéal : « l’épanouissement de la plus petite entité dans le cadre de la plus vaste puissance », tel est son désir d’Europe. Et l’auteur de militer pour « un patriotisme paradoxal, qui nous demande de ne pas faire de notre renoncement à notre pays le prix de notre affection envers l’Europe, (…) le dévouement à ce qu’il y a de meilleur dans le passé et la prise en considération des apports étrangers les plus intéressants ».
Cet essai est bref mais dense et discerne le cosmopolitisme qui est un idéal exigeant de son succédané issu de la modernité capitaliste triomphante et de la mondialisation. A ne pas confondre grâce à cet essai au ton parfois moqueur, à l’ambition et aux propos justes.
20:45 Publié dans Essais, Littérature Française | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mondialisation, multiculturalisme
23.06.2009
Un aller simple - Didier Van Cauwelaert
Le roman est lancé à partir d'évènements à proprement parler burlesques. Aziz, français de 19 ans, originaire de Marseille, va être expulsé de son pays pour un retour "volontaire" vers sa patrie au Maghreb. Comment est ce possible ? C'est ce que raconte Aziz dans la première partie du roman. Il se trouvait dans une voiture volée par des gitans, enfant. Ce sont ces derniers qui l'ont élevé et lui ont fourni les papiers d'identité marocaine. C'est un peu leur vie qu'il a vécu jusqu'à son arrestation et à son expulsion.
Dès les premières lignes du livre, sa force principale saute aux yeux, le style. Le récit est raconté par Aziz avec une certaine oralité qui fait mouche. Les aventures un peu rocambolesques et un peu pittoresques de sa jeune existence prennent force et drôlerie dans un langage très imagé et baroque à sa manière. Les bons mots affleurent, et ils sont parfois faciles, mais la loufoquerie de l'ensemble, le piquant et le phrasé d'Aziz emportent facilement les rares objections dans un flot plaisant, même les quelques clichés sur les gitans par exemple. Le livre est parlé, chanté avec des expressions et un accent qu'on sent poindre à chaque instant.
C'est d'ailleurs cette faconde, cette gouaille, cette imagination fertile qui piègent Aziz dans cette bizarre aventure du retour à un apocryphe pays natal. Accompagné par un jeune énarque qui n'est pas au mieux de sa forme, il s'agit de retrouver son passé, ses racines, dans une entreprise qui à sa façon se moque de ses retours volontaires tels qu'ils sont institués par certaines politiques d'immigration. Le livre se transforme au fur et à mesure en un voyage initiatique pour les deux protagonistes qui sont en fait embarqués dans une même galère. Dans un pays qu'aucun d'entre eux ne connaît, ils sont à la recherche d'eux-mêmes, tissant maladroitement, au fil d'expériences ratées, de lente compréhension des choses qui les entourent et qui émanent d'eux, des liens d'amitié qui rendent le livre attachant.
Un aller simple est une histoire populaire - au bon sens du terme ? - qui sait parler avec ingéniosité d'amitié, de racines, de malheurs en déroulant des aventures surprenantes et en s'articulant autour de personnages forts et atypiques. Le cocktail est séduisant parce qu’il mélange avec talent, verve et énergie, rires et tristesse. Et ce n'est pas grave si la fin est un peu rapide et triste, si quelque fois le côté invraisemblable de cette histoire émerge, c'est tout simplement distrayant et inventif. Un aller simple a eu le prix goncourt en 1994 et c'était sans doute mérité...
12:28 Publié dans Littérature Française | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : racines, identité, immigration
Un an - Jean Echenoz
L'histoire est simple, un matin, Victoire se réveille auprès du cadavre de son petit ami Félix. Impossible pour elle de se remémorer quoique ce soit. Et si elle était responsable d'une manière ou d'autre de cette mort ? Prise de panique, elle s'enfuit de Paris pour échapper à la police. C'est le début d'une fuite insensée aux allures de road movie qui la mène jusque dans le sud de la France. Victoire traverse le pays et emprunte innocemment le chemin d'une terrible déchéance individuelle. Les pages défilent et la clochardise apparaît comme la seule alternative pour cette dernière.
Si Jean Echenoz souhaite montrer comment la mécanique qui mène à la rue et à la misère peut-être simple et bête, il est difficile de dire qu'il y arrive vraiment. La descente aux enfers de Victoire n'a pas beaucoup de crédibilité. L'histoire souffre d'un certain manque de profondeur et de matière que ne peut justifier uniquement le désir de laisser l'absurde régner sur le parcours de Victoire. D'une certaine façon, on est toujours à côté de cette histoire, jamais à l'intérieur. La faute peut-être à l'écriture de Jean Echenoz.
Elle a une espèce de distance, d'élégance étudiée qui artificialise l'ensemble du livre. L'histoire ne prend pas de relief, comme négligemment jetée sur le papier. Les coincidences romanesques, le fil conducteur ne présentent que peu de tangibilité. Il y a également presqu'un côté moqueur, léger dans le ton qui augmente le désintérêt et l'improbabilité de l'histoire telle que contée, sans lui donner la force comique ou lucide, par l'absurde. Difficile de ne pas être dubitatif.
Et ce n'est pas le final déroutant qui force Victoire à affronter un effondrement de la réalité, sa réalité - et donc du roman - qui va suffire à convaincre de l'intérêt de ce roman. Le dénouement vient comme une interrogation dérangeante et une remise en question même de l'histoire, de la notion de réel sans parvenir à ne pas donner envie de crier au vide...
12:20 Publié dans Littérature Française | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chute, déchéance, pauvreté, navet
Un guide aveugle et fou - Ahmed Dich
C’est l’histoire d’un jeune maghrébin qui décide de devenir écrivain envers et contre tout. Je vous laisse imaginer la montagne de difficultés que cela peut représenter. Seulement, obsédé par son désir de réussir son rêve, Ahmed Dich ne lâche rien et accepte d'aller de galère en galère. Il raconte la misère du quotidien de l'apprenti écrivain qu'il est, les petits boulots pour vivre, les anecdotes - celle avec Lucchini vaut son pesant de cacahuètes - pour percer dans un milieu difficile et hostile.
Le guide aveugle et fou du titre, c'est l'écriture, qui conduit l'existence d'Ahmed Dich. Ce livre est un témoignage brut qui possède une force d'attraction étonnante. Il y a une telle fraîcheur de ton, une telle naïveté ou innocence - comme vous voulez - dans la foi en l'écriture et en l'amour que c'en est vraiment touchant. AHmed Dich apparaît dans son récit comme un personnage entier, habité par sa vocation et entraîné dans une série d'aventures qui font d'un guide aveugle et fou, aussi un roman d'apprentissage.
Un apprentissage douloureux qui connaît son paroxysme au moment où la passion amoureuse d'Ahmed Dich pour Jenny, celle qu'il considère comme la femme de sa vie, se heurte d'une certaine façon à sa vocation. Tout lâcher, tout abandonner, tout subir pour ce guide aveugle et fou qu’est la littérature ? Jusqu'à sacrifier Jenny, l'amour, la vie normale ? Un guide aveugle et fou est plus qu'un banal récit de galères et d’ambition. Un livre simple, sincère et brut, vibrant de passion pour l'écriture.
12:11 Publié dans Littérature Française | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écriture, passion, apprentissage

