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Littérature Française

  • Car les temps changent – Dominique Douay

    Douay.jpgChaque année, c’est la même chose. A la Saint-Sylvestre, c’est l’heure du grand changement. Les cartes sont rebattues et la machine de la grande loterie est lancée. Place à une nouvelle vie pour chacun. On est projeté dans une nouvelle existence, avec une nouvelle personnalité et sans moyen de se rappeler de sa vie de l’année précédente. Personne ne semble savoir quelle est la logique derrière le grand changement, ni comment il opère vraiment. Le plus important est que vous pouvez au petit bonheur la chance vivre la vie d’un bienheureux ou celle d’un sans-abri en attendant une fortune différente l’année d’après.

    Cette mécanique bien huilée est seulement interrompue lorsque le protagoniste principal du livre se rend compte qu’exceptionnellement, il n’a pas été affecté par le grand changement et qu’il se souvient de qui il a été l’année précédente. Débute alors un processus double pour lui, une entreprise de dévoilement de la réalité véritable du grand changement et la recherche d’une échappatoire à un univers qui se révèle finalement très étriqué.

    A partir de cette bonne idée de départ, Dominique Douay livre un roman plutôt prenant même s’il baisse parfois en intensité. Un roman qui est très perturbant par moments tant il bouleverse notre perception du réel. Avec le grand changement, Dominique Douay questionne ouvertement à l’échelle individuelle notre rapport au réel, notre inscription dans le temps, notre libre-arbitre, et à l’échelle globale, la propagande, la manipulation des masses, le contrôle des libertés. On peut néanmoins regretter que le traitement de tous ces thèmes ne soit pas plus profond et plus riche et finalement ne soit pas plus développé que cela dans le propos, dans l’intrigue. C’est le cas d’autres éléments intéressants du livre comme par exemple les robots…

    Parfois un peu moins maîtrisé flou sur son axe pivot, le grand changement, le livre se montre malgré tout fluide, riche en sensations étranges et propose une lente dérive dans un Paris très original. La solitude du personnage principal face à sa condition d’unique être vraiment conscient de la réalité, son impuissance à aller contre la grande roue du changement génèrent une certaine mélancolie et le rendent attachant.

    Moins original et puissant que les précédents ouvrages de Dominique Douay.

    Un potentiel pas totalement exploité.

    OK.

  • Le monde est clos et le désir est infini – Daniel Cohen

    Monde clos.jpegTout est dans le titre, un peu malthusien. L’équation qui se pose à nous est la finitude d’un monde dont nous épuisons visiblement de plus en plus les ressources et notre mode de vie consumériste qui semble ne plus connaître de limite. Voilà le double bind qui doit interpeller un monde économique (et politique) en grande majorité tourné vers la croissance économique comme remède magique à tous nos problèmes. Il n’y a là rien de neuf. Voilà plusieurs années que la croissance économique telle que nous la concevons est questionnée par les tenants du mouvement écologique ou de la décroissance. La croissance peut-elle vraiment être une fin en soi ?

    Le livre de Daniel Cohen a pour lui quelques mérites. Il a une écriture fluide qui est associée à une volonté didactique qui servent une construction claire et bien illustrée. L’économiste s’appuie sur l’Histoire et un récit simple pour revenir sur la trajectoire du progrès technique, des révolutions industrielles et de la croissance économique. Là où il devient moins classique, c’est dans son approche de la révolution numérique en cours qui semble particulièrement avare en termes de croissance en comparaison avec les précédentes, plus centrée sur l’optimisation, l’accessibilité, la refonte de l’existant que l’avènement du nouveau. Et si cette révolution numérique était néanmoins l’opportunité d’un virage salutaire ?

    Daniel Cohen joue la carte d’un optimisme un peu béat mais entraînant. Pour faire face au double bind décrit plus haut, la révolution numérique pourrait amorcer et accompagner des changements de paradigme économique qui s’imposent : primauté de la valeur d’usage, plus penser le progrès en bien-être, refonder l’état-providence, revivifier la démocratie, transformer nos modes de vie… Il est dommage que l’économiste en revienne aux fameux pays nordiques, en l’occurrence le Danemark, pour illustrer la possibilité d’une autre société. C’est un exemple éculé et qui mériterait plus de nuances. La déception pointe également concernant la maigreur des solutions proposées par Daniel Cohen : quelques idées générales jetées rapidement ci et là qui peinent à paraître concrètes ou qui relèvent du vœu pieux...

    Un bon compendium sur l’impasse économique de la croissance économique actuelle qui se lit facilement.

    A recommander aux novices sur la question. Pour les autres, il faudrait pousser un peu plus…

  • Le paradoxe de Fermi – Jean-Pierre Boudine

    Boudine.jpgLe monde s’est effondré. Sa chute a commencé au début du XXIème siècle et a été inexorable. Une crise financière mondiale a débouché sur une crise systémique dont la civilisation mondialisée ne s’est jamais remise. L’humanité a sombré dans un chaos autodestructeur qui semble annoncer la fin de son espèce après une pénible agonie qui l’a vue retourner à l’âge de pierre… Tout cela est raconté par le personnage principal de Jean-Pierre Boudine, un survivant de cette apocalypse. Réfugié dans une grotte des alpes pour échapper à ses semblables ayant plongé dans la barbarie, il survit misérablement et raconte donc la disparition du monde tel que nous le connaissons.

    Le récit de l’apocalypse par Jean-Pierre Boudine se veut didactique. La quasi-totalité du livre est consacrée à relater de la manière la plus réaliste possible l’enchaînement des évènements qui a conduit à l’effondrement du monde. C’est une intention louable, mais c’est un mauvais choix romanesque. Tout peut être remis en question dans cette fin du monde qui peut paraître rapide, artificielle, trop mécanique et donc moins crédible. Son récit est bien trop didactique pour véritablement passionner et ne pas être long par moments. L’histoire du narrateur survivant en vient à n’être que superficielle sans réussir à passionner et à incarner cette apocalypse.

    Le piège dans lequel tombe Jean-Pierre Boudine, est celui de sacrifier à l’explication de sa fin du monde, la création de personnages puissants, de péripéties ou d’intrigues fictionnelles solides pour la soutenir. Ce n’est pas possible après la route de Cormac Mc Carthy… Le récit de Jean-Pierre Boudine est en fait uniquement tendu vers un final bavard qui essaie de donner une réponse au paradoxe de Fermi. S’il n’y a pas eu de situation de premier contact jusqu’à aujourd’hui, c’est parce qu’à partir d’un certain niveau de développement technologique, les civilisations deviennent fragiles, avec une grande propension à s’autodétruire avant d’atteindre les étoiles. Une idée finalement pas si originale même si le récit a le mérite de pointer la fragilité de nos mondes que nous occultons bien souvent.

    Quelconque.