23.06.2009

Quel bonheur ! - Gila Lustiger

quel bonheur.jpgC'est le portrait terrible d 'une femme au foyer de la classe bourgeoise, que l ennui ronge jusqu'a la crise de nerfs, a l'inevitable explosion. Elle a tout pour etre heureuse, cette privilegiee. Une femme de menage qui la dispense de travail domestique, un mari qui subvient a tous ses besoins materiels, qui ne rechigne pas a jouer aux amoureux, une petite fille un peu gatee, censee la combler par l'amour maternelet la necessaire activite d 'education. Quel bonheur n est ce pas ?Sauf que A. est quelque part prisonniere de ce cadre dore qui lui est mortifere. Elle essaie de calmer par le shopping, la critique de la femme de menagele regime, l ecriture, etc ses pulsions violentes generees par l ennui. Rien n y fait. Elle va glisser subrepticement vers des abimes et meme l'adultere n y changera rien. Il y a un vide, une superficialite chez cette femme qui risque de l'engloutir chaque fois qu elle se laisse aller a l'introspection. Et ce ne sont pas les prejuges, le mepris, la fausse intelligence qui vont la sauver. Gila lustiger est cruelle avec ce personnage, elle critique avec violence un modele bourgeois proche de la caricature, obsede par l'argent, l'apparence, grignote par le neant et le ridicule. Tous les personnages qui gravitent autour d'A, du mari, affreux capitaliste conservateur, a l'enfant gate en passant par les parents tres traditionnels subissent le trait moqueur et et rageur de Gila Lustiger. Elle en veut visiblement a ce modele qui a fait l'allemagne moderne, qui a determine ces couples qu elle fustige dans ce livre, avec un certain succes parce qu on a une veritable aversion et de la pitie pour les personnages, pour A. La forme des chapitres courts permet de tasser un sentiment de longueur meme si parfois on ne peut s'empecher d etre gagne par la vacuite du personnage et de se demander si cela meritait tant de temps et de talent. Surout que le personnage de A peu original a deja ete traite un certain nombre de fois sous ce meme angle. Notons aussi que cet archetype sur lequel gila lustiger tape n est plus la norme ou en tout cas est menace, est en declin. En conclusion, que de ferocite pour decrire une femme finalement perdue dans un modele qui semble peu pertinent en notre epoque.

18.06.2009

L’honneur perdu de Katharina Blum - Heinrich Böll

blum.jpgKatharina Blum, femme de ménage discrète, honnête et droite, appréciée dans les milieux bourgeois se rend au commissariat de police et avoue le meurtre de Tötges un journaliste. Quelle mécanique infernale a pu mener cette fille solitaire à ce crime ? Böll remonte le fil de l’histoire. C’est le coup de foudre de Katharina pour Götten, un criminel, après une seule soirée qui est le point de départ de cette tragédie. En l’aidant à fuir le lendemain de leur rencontre, elle ne sait pas dans quel engrenage elle met le doigt. Elle va être la proie des journaux à sensations qui vont lui gâcher la vie et la conduire à l’impensable. C’est une charge féroce de l’auteur allemand contre cette forme de journalisme extrême et sans scrupules, sans déontologie. Il dénonce à travers les affres subies par son héroïne, les mensonges, les méthodes peu scrupuleuses, les faux témoignages, les détournements de propos et surtout le cannibalisme impudique de cette presse. Malheureusement, Böll a voulu donner à son récit une forme d’objectivité et d’originalité en le livrant comme un rapport impersonnel et distancié des évènements. Le récit pâtit de ce choix. Il faut donc faire avec une certaine lourdeur, une relative désincarnation du récit, un peu moins percutant, plaisant qu’il n’aurait pu l’être.

17.06.2009

L’ami retrouvé - Fred Uhlmann

ami retrouvé.jpgC’est une histoire d’amitié touchante entre deux lycéens à l’orée des temps sombres de l’Allemagne. L’un est juif, l’autre seulement allemand. Une distinction qu’ils vont ignorer jusqu’à l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Alors l’histoire va les séparer. Mais avant, l’antisémitisme, la folie brune auront eu le temps de se mêler à leur amitié. Le récit est sobre, et l’histoire d’amitié d’abord très (trop ?) classique. Il faut seulement attendre la seconde partie du récit pour que les choses se gâtent. Cette structure très (trop ?) simple a le mérite d’être efficace dans sa dénonciation du nazisme. Le texte plafonne avec son dénouement qui est une véritable leçon de courage. C’est une lecture surtout très bénéfique aux plus jeunes. Elle manque peut-être pour les autres d’un peu de complexité ainsi que d’un petit plus difficile à définir. Peut-être simplement que les livres - de qualité - concernant cette période sont nombreux..

13.05.2009

Amok - Stefan Zweig

amok.jpgAmok ou le feu, la folie de la passion dans tout ce qu'elle a d'extrême, d'aliénant et de fascinant, d'effrayant aussi. Ce recueil est composé de trois nouvelles dont le coeur est la passion amoureuse et le mécanisme d'action la divulgation du secret. Que ce soit dans Lettre d’une inconnue ou la ruelle au clair de lune ou le fou de malaisie, Stephen Zweig installe rapidement et facilement une atmosphère émotionnellement chargée et d'une densité attirante pour le lecteur.

L'Amok est là, le mystère douloureux de la passion, totalitaire, cruelle. On peut aimer jusqu'à la folie, jusqu'au meurtre, jusqu'à l'avilissement, dans le silence, dans la douleur les plus profonds, jusqu'à l'autodestruction. Stefan Zweig est avant tout un formidable conteur d’histoires. Il a un sens de la narration qui plonge son lecteur dans l'addiction de ses histoires envoûtantes. Son pari est de faire ressentir à son lecteur la passion dévastatrice qui emporte l’humain au-delà du rationnel, du conventionnel pour en faire une créature différente, pathétique et à la fois extraordinaire. Et il est réussi car Stefan Zweig sait jouer la carte de la proximité avec le lecteur - récits sous formes de confessions, lettres, aveux surprenants au narrateur, etc - ainsi que celle du cheminement - lyrique - dans le dédale du coeur et des sentiments.

On a des sueurs froides devant le visage possédé, la vie dévastée des héros perdus par la passion et le secret. En même temps, on a le cœur qui bat plus vite, qui prend un peu plus de place dans la poitrine, gonflé par le feu de ces histoires. On a envie d’être consumé par la même passion, tout en étant effrayé. Beaucoup de profondeur dramatique et humaine. Brûlant.