Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Fahrenheit 451 - Page 2

  • Un papa de sang – Jean Hatzfeld

    hatzfeld.jpgJean Hatzfeld poursuit inlassablement son œuvre construite autour du génocide Rwandais et localisée plus précisément dans la région du Bugesera entre les villes de Nyamata et Ntarama où périrent plusieurs centaines de milliers de Tutsis. Après s’être intéressé aux victimes du génocide dans dans le nu de la vie puis à leurs bourreaux dans une saison de machettes, il s’est ensuite penché sur le retour des génocidaires hutus sur leurs terres dans la stratégie des antilopes mais aussi sur un destin et un personnage uniques dans Englebert des collines. Que lui restait-il à explorer sur ce sujet vers lequel il n’a cesse de revenir, comme pour essayer de l’épuiser sans y parvenir ? Les enfants, la descendance, l’après génocide plus de vingt ans après.

    Jean Hatzfeld revient sur ces terres pour interroger à nouveau ces personnes qu’il connaît très bien et avec qui il a tissé des liens véritables qui dépassent le cadre de son œuvre littéraire. Il vient les retrouver eux et leurs enfants. Il vient demander à ces derniers comment ils vivent, appréhendent et gèrent un héritage aussi lourd que celui du génocide. Ce n’est pas une mince affaire pour ceux qui étaient encore des bébés pendant ces tragiques évènements ou qui sont carrément nés bien après ces temps obscurs de gérer ce fardeau. Qu’ils soient enfants de génocidaires ou de rescapés, hutus ou tutsis, quelle est leur version de ce qui s’est passé ? Comment l’ont-ils forgée ? Comment voient-ils leurs proches, leurs parents qui ont tué ou qui ont survécu ? Quelle est aujourd’hui leur perception des personnes de l’autre ethnie ? Quelles relations ont-ils avec eux ? Comment envisagent-ils leur futur, celui de leur pays ?

    Jean Hatzfeld arrive à faire parler enfants et parents dans un système de regards croisés. Il contextualise d’abord sa rencontre avec le protagoniste à qui il offre la parole dans une mécanique bien établie et huilée depuis ses premiers ouvrages. Il sait restituer ces voix qui racontent la difficulté du quotidien post-génocide et qui révèlent leurs peines, leurs rancœurs, leurs frustrations, leurs espoirs et leurs craintes. Il pointe avec beaucoup de justesse et une bienvenue économie de pathos, les obstacles qui se dressent sur la route de ces jeunes gens. Un papa de sang montre une fois de plus la sensibilité de Jean Hatzfeld qui peut-être mieux que personne a réussi à ouvrir en grand nos esprits sur la réalité de ce génocide à travers des histoires, des figures et des moments puissants.

    A l’instar de ses autres œuvres sur le génocide dont il est complémentaire : dur, fort, touchant et indispensable.

  • Une histoire simple – Leonardo Sciascia

    Sciascia.jpgUne histoire simple. La veille d’une fête de village quelque part en Sicile, un appel parvient au commissariat. Giorgio Roccella a découvert dans sa maison qu’il n’habitait plus depuis plusieurs années quelque chose qu’il souhaite montrer aux policiers. Ces derniers ne se présenteront que le lendemain à son domicile pour trouver son cadavre. Si pour le brigadier qui mène l’enquête, il ne fait pas de doute qu’il s’agit d’un meurtre, le préfet préfère contre toute logique privilégier la piste du suicide. Seulement voilà, les indices s’accumulent progressivement, le tableau de cette enquête se complexifie et plus rien n’est aussi simple qu’il n’en a l’air… Très rapidement le brigadier découvre que beaucoup de gens mentent et que ce n’est pas un hasard si d’autres cadavres apparaissent. La maison de Giorgio Roccella semblait être le théâtre et le nœud de bien des choses suspectes.

    Une histoire simple est un petit plaisir qui condense un peu du meilleur de Léonardo Sciascia. Une intrigue policière fascinante qui le place dans le registre du polar qu’il enrichit du contexte sicilien, faisant la part belle à la mafia, à ses trafics, à son influence et à la corruption généralisée. Concis mais dense et précis, complexe tout en étant limpide et saisissant, Léonardo Sciascia fait montre de tout son talent. Habile dans sa construction, une histoire simple est également aidée par une langue un peu moins alambiquée qu’elle ne peut l’être dans d’autres productions de l’écrivain italien. Tout est suggéré avec justesse dans ce récit mâtiné d’une pointe d’ironie et qui porte un regard lucide et cruel sur la corruption des mœurs et sur la Sicile.

    Solide, prenant, plaisant.

  • L’homme est un grand faisan sur terre – Herta Müller

    Faisan.jpgL’homme est un grand faisan sur terre ? Le titre de ce bref roman d’Herta Müller mais aussi une sorte de dicton prononcé deux fois par les personnages. Cette succession de chapitres très courts met en scène un village de la Roumanie communiste d’avant la guerre froide que certains habitants tentent de fuir pour échapper à un quotidien difficile et creux, baignant dans l’absurde.

    Indéniablement louable sur le papier, cette intrigue se fracasse sur la réalité du roman d’Herta Müller. Dépourvu de réelle continuité narrative, l’homme est un grand faisan sur terre se contente d’empiler péniblement une quantité de faits microscopiques et inintéressants pour faire progresser une intrigue qui n’est qu’un prétexte. Les personnages sont à peine esquissés autour de quelques obsessions et nagent péniblement dans ce magma qui sert d’histoire principale.

    Sous couvert d’une poésie qui ne saute pas spontanément aux yeux, Herta Müller multiplie les phrases courtes, se complaît dans un minimalisme et un certain hermétisme qui masquent l’indigence de ce livre. C’est avec beaucoup de pénibilité que l’on avance dans l’homme est un grand faisan sur terre. Grande est la tentation de l’abandonner en cours de route tant celui-ci brasse du néant malgré la dénonciation implicite du régime soviétique de Ceaucescu et une ambiance plutôt grisâtre, angoissante et pesante.

    Vide. Immense déception.

    Prix Nobel de littérature 2009.