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Fahrenheit 451 - Page 2

  • L’art de revenir à la vie – Martin Page

    Martin page.jpgVoilà plusieurs années que je n’avais pas lu Martin Page. Je n’avais pas été complètement emporté par certaines de ses productions et l’avais un peu lâché en route. J’en gardais néanmoins un excellent souvenir en pensant à Comment je suis devenue stupide ou encore à une parfaite journée parfaite, c’est sans doute la raison pour laquelle je me suis attaqué à ce dernier opus malgré le grand risque que présentait à mes yeux son intrigue : un auteur de 41 ans venu à Paris pour rencontrer une productrice décidée à adapter un de ses livres découvre fortuitement une machine à remonter le temps qui lui permet de rencontrer à plusieurs reprises dans les années 80 son moi de 12 ans avec lequel il entame une relation compliquée.

    Oui, l’histoire était clairement casse-gueule, il y avait là une énorme occasion de se planter et pourtant Martin Page a réussi à ne pas le faire et à livrer un roman plaisant, intelligent et qui ne manque pas d’humour et ne cède pas à la nostalgie facile. Il y a dans ce livre tout ce qui me plaît chez lui. D’abord, une grande inventivité dans les situations et les personnages qui sont un peu improbables : il suffit de penser à son ami Joachim ou  la productrice Sanaa, à sa machine à remonter le temps ou encore aux péripéties liées à son contrat de travail avec Sanaa. Ensuite, la légèreté d’une écriture qui est très plaisante, subtile, un peu détachée et qui épouse parfaitement le propos du livre. Enfin, l’intelligence et la tendresse avec laquelle il se penche sur son double adolescent pour dire son inadaptation, sa difficulté à vivre et ses rêves secrets.

    L’art de revenir à la vie n’est pas un chef d’œuvre mais c’est un livre maîtrisé, sans longueurs, inventif et agréable. C’est simple mais touchant, juste et en plus Martin Page s’en sort avec le dénouement.

    Bon moment de lecture.

  • Bêtes sans patrie – Uzodinma Iweala

    9782757868287.jpgDans un pays d’Afrique qui n’est jamais nommé, dans une guerre qui n’est jamais expliquée et dont les détails ou même les grandes lignes demeurent obscures, l’enfant Agu est brutalement expulsé de la réalité de sa petite vie villageoise pour devenir un enfant soldat. Son monde s’est évanoui d’un coup pour céder place à un autre plus cruel, plus violent, plus horrible, plus inhumain.

    Son père mort, sa mère et sa sœur disparues, Agu suit le commandant et sa troupe d’enfants soldats. Il essaie de se faire au quotidien difficile d’enfant soldat, entre violence, faim, inconfort et pillages, massacres, actes insoutenables. Il essaie de se lier d’amitié avec d’autres enfants soldats comme lui, de ne pas se laisser dévorer par la culpabilité et le mal être tout en se souvenant par intermittences de ce que fut sa vie avant cette malédiction.

    Uzodinma Iweala a écrit un livre fort sur les enfants soldats, sur l’absurdité et l’horreur de leur condition. Il a réussi à faire d’Agu, son enfant soldat à l’âge indéterminé, un personnage fort et attachant qui symbolise cette tragédie qui a culminé à la fin des années 90 et qui perdure encore. Il a également réussi un tour de force linguistique en donnant une voix à Agu qui s’exprime dans un anglais pidgin, oral, vivant, imagé, cassé, boiteux, rapiécé et truffé de fautes – bien servi en français par la traduction d’Alain Mabanckou.

    Malgré toutes ses qualités, le livre m’apparaît néanmoins plutôt en deçà du Allah n’est pas obligé d’Ahmadou Kourouma qui est précurseur. Allah n’est pas obligé me semble encore plus brillant que bêtes sans patrie, aussi bien dans la maîtrise narrative, dans le propos sur les enfants soldats qu’au niveau de l’inventivité langagière et la recherche de l’oralité. La contextualisation du parcours de Birahima lui donne une force et un intérêt encore plus grand. Bêtes sans patries souffre donc de la comparaison avec Allah n’est pas obligé mais se révèle meilleur que Johnny chien méchant d’Emmanuel Dongala.

    OK.

  • Opération Sweet Tooth – Ian Mc Ewan

    Opération sweet tooth.jpgL’Angleterre des années 70 d’Edward Heath et d’Harold Wilson, avant l’avènement de Margaret Thatcher. Déconfiture économique, conflits sociaux et semaine de trois jours… En pleine guerre froide, dans un contexte difficile, les services secrets de sa majesté décident de mener la guerre culturelle contre le communisme et son attrait intellectuel en finançant discrètement de jeunes écrivains. C’est la jeune, belle et insouciante Serena Froome qui est chargée par le MI5 de cette mission secrète auprès du jeune écrivain Tom Haley. Sauf que patatras, elle tombe amoureuse de lui et tout ne se passe pas comme prévu.

    Ian McEwan excelle dans la restitution d’une époque et de son atmosphère. Opération Sweet Tooth n’y fait pas exception avec l’Angleterre des années 70. Celle-ci se trouve aussi bien incarnée dans cette intrigue qui se nourrit un peu à la grande histoire que dans la biographie et les parcours des personnages principaux et secondaires et particulièrement Serena Froome. Cette jeune femme à peine sortie de l’adolescence et qui découvre le monde professionnel mais aussi l’amour après ses études universitaires démontre la capacité du romancier anglais à construire des personnages épais et des histoires complexes en prenant son temps.

    D’une lenteur relative, le roman d’Ian McEwan est autant un roman d’apprentissage de la vie, de l’éveil à la conscience politique et de la confrontation aux ambiguïtés du quotidien et des sentiments, qu’un roman d’amour, un pastiche de roman d’espionnage, une peinture sociale des seventies et une réflexion sur la création littéraire. En cela, il est d’une réelle richesse qui empêche l’intérêt du lecteur de faiblir même si par moments, le livre semble manquer de rythme et présenter une facture un peu trop classique. La maîtrise narrative d’Ian McEwan est néanmoins incontestable dans un livre qui utilise avec assez de justesse les concours de circonstances et interpelle sur le rôle du mensonge et de la manipulation dans notre existence, dans notre quotidien et dans la littérature plus que dans les activités d’espionnage…

    Calibré. OK.