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Fahrenheit 451 - Page 2

  • L’homme est un grand faisan sur terre – Herta Müller

    Faisan.jpgL’homme est un grand faisan sur terre ? Le titre de ce bref roman d’Herta Müller mais aussi une sorte de dicton prononcé deux fois par les personnages. Cette succession de chapitres très courts met en scène un village de la Roumanie communiste d’avant la guerre froide que certains habitants tentent de fuir pour échapper à un quotidien difficile et creux, baignant dans l’absurde.

    Indéniablement louable sur le papier, cette intrigue se fracasse sur la réalité du roman d’Herta Müller. Dépourvu de réelle continuité narrative, l’homme est un grand faisan sur terre se contente d’empiler péniblement une quantité de faits microscopiques et inintéressants pour faire progresser une intrigue qui n’est qu’un prétexte. Les personnages sont à peine esquissés autour de quelques obsessions et nagent péniblement dans ce magma qui sert d’histoire principale.

    Sous couvert d’une poésie qui ne saute pas spontanément aux yeux, Herta Müller multiplie les phrases courtes, se complaît dans un minimalisme et un certain hermétisme qui masquent l’indigence de ce livre. C’est avec beaucoup de pénibilité que l’on avance dans l’homme est un grand faisan sur terre. Grande est la tentation de l’abandonner en cours de route tant celui-ci brasse du néant malgré la dénonciation implicite du régime soviétique de Ceaucescu et une ambiance plutôt grisâtre, angoissante et pesante.

    Vide. Immense déception.

    Prix Nobel de littérature 2009.

  • Tehila – J.S. Agnon

    C_Tehila_8908.jpegJe ne connaissais pas le prix Nobel de littérature 1966, l’israélien J.S Agnon. C’est chose faite avec Tehila, un texte très court sur le testament d’une vie, le personnage éponyme à la destinée marquée du sceau de la fatalité et de la tragédie. C’est ce qu’on découvre progressivement par le biais de personnages intermédiaires et plus particulièrement lors du dénouement du livre alors même que le portrait de cette vieille femme de 104 ans fait par le narrateur est solaire et épatant.

    Tehila est un beau portrait de femme qui sent néanmoins un peu la naphtaline. C’est un texte qui est émouvant en même temps qu’il est un tout petit peu mièvre. Le destin de cette vieille femme est long à accoucher en dépit de la brièveté du texte. Il faut dire qu’il partage un peu la vedette avec les flâneries de ce narrateur, double de J.S. Agnon, dans la vieille ville de Jérusalem. A noter aussi que Tehila est un texte très empreint d’une religiosité qui lui confère un aspect parfois poétique quand il n’est pas rébarbatif.

    Le contexte historique est à peine effleuré dans le récit, or il est celui d’une Palestine encore sous mandat britannique, avant la création de l’état d’Israël et avec des tensions déjà omniprésentes avec les arabes. Le sujet principal étant plutôt les différences entre certains courants du judaïsme qui influent négativement sur la destinée de Tehila.

    Je suis passé à côté de ce texte qui ne m’a en fait pas donné envie d’aller plus loin avec J.S. Agnon.

    Plutôt insipide.

  • Manger l’autre – Ananda Devi

    Manger l'autre.jpgElle n’a pas de nom. Juste un corps obèse et en expansion. Depuis ses dix kilos à la naissance jusqu’à plus de deux cents kilos à l’adolescence. Grosse. Excessivement. A en faire fuir sa mère. A en provoquer la curiosité morbide et le déchaînement de la violence verbale de tout le monde autour d’elle. Phénomène de foire qui nourrit le cyclone des médias sociaux et qui se retrouve quasiment seul. A l’exception d’un père qui ne cesse de nourrir ce corps, d’en nier la réalité derrière d’étranges subterfuges, probablement rongé par un sentiment de culpabilité ? Quel futur pour pareille jeune fille ? Quelle perspective d’amour, d’estime de soi, d’épanouissement ?

    Ananda Devi frappe fort avec ce livre qui est une fable gênante sur notre époque. Son livre dispose de plusieurs niveaux de lecture sans pour autant se perdre dans une inutile complexité. Manger l’autre est un roman clair, limpide et direct qui attaque certaines de nos obsessions contemporaines dans la chair. Avec ce personnage hors normes, Ananda Devi parle bien sûr du corps qui est essentiel dans une société de l’apparence et du spectacle. Elle évoque évidemment la grossophobie et le malaise autour de la question du poids dans une civilisation de l’excès.

    C’est ce que symbolise son personnage principal, notre société de l’opulence, du gaspillage, de la surproduction et de la surconsommation. Le trop plein, le gavage imposé par une société néolibérale, consumériste, hors de contrôle, qui n’a plus rien à faire du bien être, de l’équilibre et de son environnement, devenue ivre de sa mécanique d’excès, d’engloutissement et de débordement. L’image est d’une justesse glaçante et perturbante. Qui peut arrêter cette boulimie dont les sociétés développées sont victimes ? Probablement pas les sociétés en voie de développement, encore sociétés du manque et qui peuvent être symboliquement représentées par la jumelle fantôme de cette héroïne qui est son double inversé, spectre anorexique qui a été dévoré pour initier cette logique de la démesure.

    Cette lecture peut être doublée d’une autre liée à l’inflation des égos et au culte du narcissisme (Christopher Lasch) qui ont trouvé une nouvelle dynamique avec l’apparition des réseaux sociaux. Le désir excessif de plaire, de se mettre en scène tout comme les comportements grégaires et la logique du lynchage sont parfaitement mis en scène par la romancière mauricienne. Cette dernière souligne les effets pervers des réseaux sociaux tout en insistant sur notre complicité et notre passivité qui nourrissent ces nouvelles divinités avides de boucs émissaires, de victimes sacrificielles.

    Une fable moderne, percutante et perturbante, servie par une langue richen charnelle, incarnée.

    Bien.