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Fahrenheit 451 - Page 2

  • Son excellence – Naguib Mahfouz

    Excellence Mahfouz.jpgSon excellence est une fable sur l’attente et sur l’ambition en même temps qu’un regard sur la tradition bureaucratique de l’Egypte. Elle raconte l’histoire d’Othmân Bayyoumi, un homme d’origine modeste qui s’extraie de son milieu et se fraie un chemin jusqu’aux plus hautes fonctions de l’administration à force d’ascèse et de travail acharné, ce quasiment au détriment de toute existence privée.

    Rien ne compte au final dans l’existence du personnage principal, à par cet objectif ultime vers lequel il est entièrement tendu, celui de devenir directeur général. Toute sa vie est ordonnée et en fait totalement rongée par le travail et par les exigences du monde bureaucratique égyptien. Le prix à payer pour cette ambition se révèle évidemment bien trop élevé pour un Othmân Bayyoumi qui finit par se confondre avec sa trajectoire professionnelle.

    « Un trop long sacrifice change le cœur en pierre » (W.B. Yeats) et Othmân Bayyoumi se déshumanise complètement au fur et à mesure qu’il évolue vers son objectif. Celui-ci étant par ailleurs plus une source de frustration que de satisfaction ou d’épanouissement. Naguib Mahfouz en profite pour faire un portrait acide de la bureaucratie égyptienne. C’est un univers légèrement kafkaïen, archaïque, gangrené par le népotisme, une sclérose, une certaine incompétence et capable de se transformer en désert des tartares (Dino Buzzati). Il distille un climat oppressant de désuétude, de lourdeur, de componction qui atteint aussi bien Othmân Bayyoumi que le lecteur…

    Simple, plutôt agréable à lire et efficace, doté d’un personnage principal plutôt fascinant et d’un certain regard distancié et ironique sur ce morceau spécifique de l’Égypte que constitue son administration publique, Son excellence est Un Mahfouz en mode mineur.

    OK.

  • Rendez-vous à Crawfish creek – Nickolas Butler

    Rendez-vous-a-Crawfish-Creek.jpgJ’avais été séduit par Retour à Little Wing de Nickolas Butler. C’est avec plaisir que je le retrouve pour Rendez-vous à Crawfish Creek, un recueil de dix nouvelles qui s’inscrivent dans la continuité de son très bon roman. Chacune de ces nouvelles  évoque l’Amérique profonde que Nikolas Butler veut mettre au centre de son œuvre. Elles se passent toutes en milieu rural ou alors dans de modestes centres urbains, dans cette Amérique des grands espaces, des conditions climatiques rudes qui est peuplée de gens de conditions modestes qui galèrent avec un quotidien qui n’est pas des plus aisés.

    Il y a une homogénéité dans ces nouvelles qui sont des tranches de vie qui racontent un monde dur, violent, sans concession où les valeurs positives sont mises à mal, où les protagonistes s’échinent à prendre un peu de plaisir, à s’en sortir, à surnager en rêvant de lendemains meilleurs qui semblent bien lointains… Chacune de ces nouvelles sont de petites comédies humaines qui composent avec richesse une fresque aigre douce dont les points forts illustrent le talent de Nickolas Butler. L’écrivain américain est très doué pour installer rapidement des ambiances très visuelles et très immersives, au-delà des décors. Il esquisse rapidement des personnages bruts, solides et vrais, qu’il fait courir après des destins plutôt tristes autour des grands thèmes de l’amour, de l’amitié, la vengeance, la solitude, la filiation, etc.

    Nickolas Butler arrive à ciseler des nouvelles concrètes, sans fioritures, qui ne sont pas dépendantes de leurs chutes. Au plus près de ses personnages, il sait être prenant et percutant tout en racontant l’ordinaire et le ressenti de cette Amérique qui se sent décrochée, un peu paumée. Un peu de l’Americana.

    Quelques bijoux parmi ces dix nouvelles.

    Bon et plaisant.

  • Pourquoi les khmers rouges ? – Henri Locard

    pourquoi-les-khmers-rouges.jpgDe 1975 à 1979, le Cambodge a été le Kampuchéa démocratique sous la férule de l’Angkar, un groupe de révolutionnaires d’obédience communistes qui ont mis en place un des régimes les plus féroces du XXème siècle. Cette tragédie politique qui s’est soldée par l’extermination directe et indirecte d’environ 2 millions de personnes fait l’objet d’un remarquable travail par l’universitaire Henri Locard dans Pourquoi les Khmers rouges ?

    N’étant pas spécialiste des questions historiques et encore moins du Cambodge, je recommanderai néanmoins ce livre à tous ceux désireux d’en savoir plus sur le sujet. Henri Locard est d’une clarté d’expression qi rend la lecture de son livre accessible et compréhensible à tous. Il en va de même en ce qui concerne l’exposition des faits historiques et la réflexion qui l’accompagne.

    Construit comme une synthèse, Pourquoi les Khmers rouges apporte des réponses justes et argumentées à toutes les questions que l’on pourrait se poser à ce sujet sans omettre – sans s’attarder non plus – sur les points de vue divergents et sans dissimuler la complexité qui a présidé à la naissance à l’avènement, à la durée puis à la chute du régime de PolPot et de Nuon Chea.

    Henri Locard remonte aux racines des Khmers rouges, assumant une lecture qui part depuis l’indépendance du Cambodge jusqu’à aujourd’hui. Il intègre également les Khmers rouges aux contextes historique et géographique de la guerre froide et de l’Asie du Sud-Est. La spécificité du régime des Khmers rouges est aussi analysée en même temps qu’est effectué un portrait détaillé de son organisation et de ses figures principales.

    Il est particulièrement appréciable de découvrir sous la plume d’Henri Locard, le poids des soutiens extérieurs -  plus particulièrement celui du Grand Timonier – à ce régime, la nécessité d’être prudent avec la propagande Vietnamienne consécutive à leur chute, les dessous de la survie de l’Angkar jusqu’aux procès du début du XXIème siècle, la nécessité de manipuler avec prudence la notion de génocide au sujet des Khmers rouges.

    Un ouvrage complet, très documenté et mesuré qui donne une meilleure compréhension de cette immense tragédie.

    A lire.