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Fahrenheit 451 - Page 14

  • En l’absence de Blanca – Antonio Munoz Molina

    blanca.jpgMario est un fonctionnaire quelconque d’une petite ville de province d’Espagne. C’est un honnête homme, le prototype du bon gars de la classe moyenne. C’est le genre de personne à qui on pourrait facilement reprocher un manque d’ambition parce qu’il se contente de ce qu’il a, d’une vie simple centrée sur son travail, son foyer et un attachement aux valeurs traditionnelles. Un type comme Mario peut-il vraiment réussir à vivre avec Blanca ? Peut-il satisfaire une femme aussi belle, aux grandes aspirations, qui ne rêve que de grandeur et d’une vie d’artiste ? Peut-il suffire à une femme inconstante, un peu fragile, qui s’ennuie de la vie morne et paisible de la petite ville de Jaen ?

    Blanca est d’une certaine façon l’Emma Bovary d’Antonio Munoz Molina. Mario est un Charles Bovary passionnément amoureux de l’instrument de son tourment. Il est fasciné par une Blanca qu’il n’aurait jamais pensé pouvoir avoir, qui est bien au-delà de ses espérances par sa beauté. Sa vie ne tourne plus qu’autour de cette femme qu’il n’a cesse de désirer, qui le passionne, qui représente tout ce qu’il n’est pas, tout ce qu’il n’a pas. Il est prêt à tout pour elle et sa fantaisie. Par amour. Comment retenir une telle colombe ? Comment éviter qu’elle n’ait envie de partir avec un autre, vers un ailleurs, plus excitants ? Les affres de la jalousie ouvrent leurs trappes sous les pieds d’un pauvre Mario rongé par le doute.

    Dans ce court roman avec ses dix chapitres ciselés, Antonio Munoz Molina dévoile à partir de flash-backs une histoire d’amour asymétrique. Avec une certaine économie de moyens, il évoque la jalousie, la peur de perdre l’autre, de voir l’amour disparaître, au-delà même de l’adultère. Le drame affleure lorsqu’un autre pointe sous les traits de la personne aimée. L’incompréhension pointe le nez et souligne les différences entre les amoureux et la vanité de tous les sacrifices effectués.

    Première rencontre plutôt agréable avec Antonio Munoz Molina n attendant de mieux le découvrir.

    OK.

  • L’ambassadeur triste – Ananda Devi

    L'ambassadeur triste.jpgL’ambassadeur triste, ce sont onze nouvelles écrites par l’écrivaine mauricienne Ananda Devi et qui se déroulent pour la grande majorité d’entre elles en Inde. Chacune de ces nouvelles démontre un art maîtrisé de la nouvelle. En peu de pages, Ananda Devi arrive à installer une atmosphère prégnante, à tenir son lecteur en haleine, à dessiner des personnages épais, à faire valoir son sens de la chute et à dire quelque chose d’essentiel. Son savoir-faire est patent dans chacun de ces courts récits qui lui servent à parler de l’Inde.

    Elle y montre une connaissance fine du sous-continent et en parle avec beaucoup de subtilité et de justesse. Elle évoque ainsi l’Inde à travers le regard des étrangers - occidentaux ou non – ou des indiens eux-mêmes et parle aussi bien de la place des femmes dans cette société que de celle du corps dans nos vies ou encore de la violence du quotidien ou de l’extrême pauvreté.

    Parfois, elle se met en scène discrètement, transformant aussi ces nouvelles en journal de voyage d’un écrivain. C’est également une manière pour Ananda Devi de parler d’elle-même, de son activité de romancière mais surtout de son pays – l’île Maurice est en effet peuplée par environ deux-tiers d’indiens. Le tout est mené avec une férocité, une acidité et une ironie qui appuient l’intelligence du propos d’Ananda Devi et le plaisir de lecture.

    Un recueil solide, intelligent. Réussi.

    A découvrir.

  • Le chercheur de traces – Imre Kertesz

    le chercheur de traces.jpgDurant la seconde guerre mondiale, à l’âge de 15 ans, l’écrivain hongrois et prix Nobel de littérature 2002, Imre Kertesz a été déporté au camp d’Auschwitz puis transféré vers celui de Buchenwald. Rescapé de ces camps de concentration, il a construit une œuvre singulière autour de son expérience. Le chercheur de traces en fait partie, deuxième volet d’un triptyque qui comprend Etre sans destin et Le refus.

    Lire Imre Kertesz sur les camps de concentration n’est pas chose évidente et aisée. Son approche de cette expérience est assez différente d’autres auteurs qui ont écrit sur le sujet comme Primo Lévi ou Aharon Applefeld. Ainsi dans Etre sans destin, considéré comme son chef d’œuvre, l’écrivain hongrois livre une vision distanciée, teintée d’absurde de son passage dans les camps de concentration, n’hésitant pas à évoquer le bonheur qu’il a pu y éprouver par moments.

    Dans le chercheur de traces, c’est un homme sur lequel peu d’informations sont données qui revient dans une ville où il a séjourné dans le passé. Il est hanté par des souvenirs terribles sur lesquels il ne reviendra pas précisément. Pas plus sur ce qui l’emmène vraiment dans cette ville, sur ce qu’il cherche et sur ce qu’il veut. Il déambule dans un décor brumeux, inquiétant par moments, poursuivi par un malaise grandissant que renforce chaque rencontre inopinée.

    Le chercheur de traces est un livre du retour. Retour vers le camp de Buchenwald qui est subtilement évoqué, retour vers le passé et le passage dans les camps du narrateur. Que reste-t-il de tout ça en fin de compte ?  Alors que lui se révèle hanté par ses souvenirs, se montre incapable de raconter ce qu’il a vécu, ces lieux de ténèbres semblent frappés d’une certaine amnésie. Pire d’un certain travestissement qui n’a cesse de le heurter.

    C’est comme si les camps avaient cédé à l’empire du Kitsch. « Le kitsch, c’est la station de correspondance entre l’être et l’oubli. » écrit Milan Kundera dans l’insoutenable légèreté de l’être. Le narrateur du chercheur de traces constate donc que dans cette ville, le témoignage et la transmission de ce qui s’est passé sont abîmés et il se retrouve d’une certaine façon seul, impuissant et traumatisé par cette épreuve qui ne le lâche pas et qui l’éloigne de ses semblables.

    Le chercheur de traces est un livre étrange, un peu kafkaïen. Son atmosphère est quelque peu étouffante, gênante, renforcée par un flou volontaire autour du personnage principal, de son vécu, de sa quête et de son ressenti. C’est une œuvre presqu’entièrement construite dans l’implicite, dans le non-dit et qui interpelle autant sur la culpabilité du rescapé, que celle de tous les autres, sur la mémoire des camps et sur ce qu’on en fait.  

    Déroutant.