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Fahrenheit 451 - Page 17

  • La moitié d’une vie – V.S. Naipaul

    la motié d'une vie.jpgLa quarantaine, la moitié d’une vie, une trajectoire originale, celle de Willie Chandran. Né en Inde d’un père brahmane et d’une mère de basse caste, Willie s’éloigne d’un pays où il souffre de sa condition inférieure qui ne lui offre que peu de perspectives pour l’Angleterre post deuxième guerre mondiale. Bénéficiant d’une bourse, il y part poursuivre ses études supérieures. L’occasion de se confronter à l’exil et aux épreuves de l’intégration, la possibilité de nombreuses expérimentations, notamment sur le plan sexuel, la chance de devenir quelqu’un d’autre, pas simplement un écrivain. Une opportunité que Willie Chandran saisit avant de suivre Ana, une de ses rares lectrices, métisse elle aussi, dans une colonie portugaise d’Afrique jusqu’à l’aube de son indépendance dans les années soixante-dix.

    La moitié d’une vie est un livre assez déroutant. Il se compose de trois parties et se déroule sur trois continents différents (Asie, Europe et Afrique) et à trois moments différents de l’existence de Willie Chandran (enfance, jeunesse étudiante et adulte). Il n’en conserve pas moins une unité autour des thèmes de l’exil, de l’adaptation, de la différence, du métissage, du choc des cultures et de l’identité. Durant la moitié de sa vie donc, Willie Chandran erre, un peu perdu entre deux puis plusieurs mondes, sans savoir exactement qui il est, ni ce qu’il veut vraiment. C’est un le problème du cul entre deux chaises qu’il ne résoudra jamais vraiment. Il est à la fois de plusieurs castes, de plusieurs cultures et de plusieurs modes de vies et cela semble être un obstacle à son plein accomplissement. Peut-être à cause de toute cette mixité en lui, Willie Chandran semble ne pas savoir ce qu’il veut et subit son existence, un peu baladé au gré de ce qui lui semble des opportunités pour essayer de supporter sa condition.

    Le personnage de V.S Naipaul est une création hybride qui lui permet d’explorer tous ses thèmes avec une certaine facilité. Willie Chandran n’est pourtant pas un de ces personnages attachants et aisé à appréhender. D’une véritable complexité, c’est un lâche qui n’arrive pas à complètement prendre sa vie en main et qui n’a en réalité cesse de trahir les autres et lui-même. Peut-être parce qu’il n’appartient vraiment, entièrement, à aucun cercle, aucune société. Il passe un peu à côté de sa vie alors que celle-ci évolue dans des contextes si différents et si originaux. Il permet tout de même à V.S Naipaul de dénoncer le système des castes de l’Inde, de démystifier l’Angleterre des années cinquante et de jeter un regard acide sur le petit monde pathétique et cruel d’une colonie avant sa chute.

    Le livre de V.S. Naipaul n’est pourtant pas totalement convaincant et souffre de certains défauts qui amoindrissent son impact et nuancent sa réception. Tout en économie et en ellipses, le récit de la vie de Willie Chandran manque parfois d’intensité au vu des thèmes abordés. Il y a une distance vis-à-vis de ce personnage principal si singulier qui n’est pas profitable au livre. Par ailleurs, ce dernier s’égare par moments sur des aventures ou des anecdotes insignifiantes et qui l’alourdissent au regard de la grande variété et densité des thèmes abordé. C’est dommage et l’ensemble finit par sembler un peu moins maîtrisé et moins disert sur l’essentiel.

    Au final, une impression mitigée pour un livre qui n’est pas évident à cerner.

    Intrigant.

     La moitié d’une vie a une suite : semences magiques.

  • J'aurais voulu être égyptien - Alaa El Aswany

    Alaa Elaswany.jpgAprès l’immeuble Yacoubian, immense succès de librairie déjà chroniqué sur ce site, ce recueil de nouvelles est ma deuxième rencontre avec l’écrivain égyptien Alaa El Aswany. J’aurais voulu être égyptien se compose en fait d’une très longue nouvelle principale, Celui qui s’est approché et qui as vu, et de quelques autres très courtes nouvelles d’à peine quelques pages qui semblent simplement l’accompagner pour donner un peu d’épaisseur au recueil. Ce n’est malheureusement pas suffisant car J’aurais voulu être égyptien est un livre peu marquant et qui est rapidement oublié. L’ensemble est assez quelconque même si la nouvelle principale arrive un peu à se dégager.

    Le fait que la nouvelle principale ait été interdite de publication par l’office du livre égyptien pour cause d’insulte au pays ne suffit pas à lui accorder beaucoup de crédit. C’est une nouvelle qui est intéressante en raison de la véhémence que montre Issam, son personnage principal, à l’égard de son pays. La critique acerbe du pays et des maux qui le frappent sont instantanément saisissants. Cette détestation qu’a Issam, de lui-même et de l’Egypte, est contrebalancée par un amour inconsidéré de tout ce qui vient de l’occident. C’est un élément fort du récit qui est cependant handicapé par une certaine naïveté du récit dans sa conduite, dans ses situations et dans ses dialogues. La figure d’Issam est néanmoins attachante par sa folie, son désespoir et son jusqu’au-boutisme. Il est dommage qu’elle ne puisse pas plus se développer et s’épaissir à travers la nouvelle. Tout cela est très juste…

    Les autres nouvelles, très brèves, apparaissent parfois comme des ébauches convoquées là faute de mieux. Souvent en lien avec l’enfance ou l’adolescence, apparaissant parfois comme des souvenirs du romancier égyptien, elles sont parfois cocasses, avec une petite touche morale, sans que cela ne suffise. Il n’y a pas de véritable art de la chute, ni assez d’habileté stylistique ou narrative pour que ces nouvelles s’imposent.

    Bof. Passer son chemin.

  • Entre amis – Amos Oz

    Entre amis Amos Oz.jpgJ’avais été moyennement convaincu par la boîte noire, prix fémina étranger en 1988 et premier ouvrage par lequel j’ai découvert Amos Oz. Je le suis beaucoup plus par ce recueil de nouvelles de l’écrivain israélien. Les huit nouvelles qui composent le recueil racontent la vie dans un kibboutz en Israël dans la deuxième partie des années 50. Avec beaucoup d’intelligence, de subtilité et un savoir-faire narratif évident, elles se renvoient les unes aux autres, s’entremêlent, associent les mêmes personnages, évoquent les mêmes histoires pour finalement composer une réalité unique, comme celle d’un roman.

    La description de la vie dans le Kibboutz via ces nouvelles permet de mettre en lumière les problématiques de la vie en petite communauté et les difficultés posées par la volonté de se conformer aux idéaux initiaux de cette entreprise. Vers quelle direction le kibboutz doit-il évoluer ? Quels principes doivent être assouplis et dans quels cas ? Quels sont les besoins qui doivent primer ? Comment encaisser les inévitables chocs et les conflits internes entre les membres de la communauté ? Autant de questions qui surgissent devant les différents protagonistes d’entre amis. Elles sont évidemment renforcées par ce contexte de promiscuité, de survie et d’utopie du kibboutz.

    Ce qu’il y a de formidable dans ces nouvelles, c’est qu’elles dépassent ce contexte spécifique du kibboutz pour finalement parler plus généralement de la vie et de sujets aussi simples mais essentiels tels l’amitié, la mort, l’adultère, le désir, l’envie, etc. Comment réagir lorsque votre fille de dix-sept-ans se met à sortir avec votre ami, un séducteur qui a trois fois son âge ? (Entre amis) Comment résister à l’attraction d’une femme forte qui est son amour secret d’enfance alors qu’on est marié ? (La nuit) Comment faire face à la mort prochaine d’un père qui a perdu la tête et qui se trouve si loin du kibboutz ? (Papa) Comment supporter la souffrance de son fils et la tristesse de son couple si ce n’est en étant le pitre du kibboutz ? (Un petit garçon)…

    Amos Oz arrive à parler de choses dures et tragiques avec beaucoup de finesse et de subtilité. Il est très juste dans la mise en scène de situations complexes, tendues qui révèlent l’essence des conflits à l’œuvre dans le kibboutz et chez ses personnages. Ces derniers sont vivants et marquants alors que chacune des nouvelles est finalement assez courte. Entre amis est une œuvre marquée par la solitude et la mélancolie qui s’efforce de jouer avec l’ironie et une pointe d’humour pour révéler le tragi-comique de l’existence.

    Excellent.