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Fahrenheit 451 - Page 3

  • Rosa Candida - Audur Ava Ólafsdóttir

    Ce livre a fait un peu de bruit il y a quelques années et alors que je viens de le terminer, je me demande encore pourquoi ? Audur Ava Olafsdottir nous fait suivre les aventures d’Arnljotur alias Lobbi, un jeune Islandais qui quitte son pays pour rejoindre un monastère étranger afin d’en faire revivre la mythique roseraie actuellement abandonnée. L’horticulture, c’est la passion de Lobbi, celle qu’il partageait avec sa mère récemment décédée dans un accident de voiture. Alors forcément, ce voyage a quelque chose de spécial, comme une tentative de renouer avec la disparue et de laisser son passé derrière lui. Seulement voilà, ce ne sont pas seulement son père et son frère jumeau handicapé que Lobbi quitte, mais aussi sa petite fille Flora Sol, née il y a à peine quelques mois suite à un petit quart d’heure de plaisir avec son amie Anna qui l’élève seule.

    rosa_candida-2.(3).jpgSi cette intrigue a de la matière à exploiter à priori, il est bien triste de voir ce qu’en fait la romancière islandaise. Le voyage initiatique de Lobbi se révèle d’une grande pauvreté. Les pérégrinations de ce dernier en pays étranger ne présentent aucun intérêt et le potentiel d’un choc culturel est mis de côté. Cela pourrait ne pas être gênant si le voyage jusqu’au monastère n’occupait pas la moitié du livre, ni si la suite arrivait à donner le change. Sauf qu’une fois arrivé au monastère, la reprise en main du jardin et le sujet de l’horticulture s’avèrent creux et sont rapidement évacués pour laisser place à l’histoire entre Lobbi, Anna et leur fille. Là encore, rien ne fonctionne vraiment, tant une grande partie de l’ensemble est prévisible. On se retrouve donc avec des thèmes qui sont en réalité peu ou mal exploités et qui ne sont pas aidés par la narration.

    La romancière islandaise n’a cesse d’enchaîner les scènes insignifiantes, de peu d’intérêt tout au long du livre. La noyade sous un flot de détails et de micro-évènements est vraiment proche. Un grand ennui frappe ainsi le lecteur qui est assommé par la répétition ou par le caractère interminable de certains moments, comme les appels de Lobbi à son père ou l’évocation des recettes de cuisine. C’est long et narré sur un ton candide, faussement poétique, qui n’aide pas le livre en lui donnant un côté parfois guimauve et artificiel qui contamine même les personnages. A part Lobbi qui arrive plus ou moins à sortir son épingle du jeu, les personnages secondaires sont parfois unidimensionnels et échouent à gagner en épaisseur ou en aspérités.   

    Enfin, il y a quelque chose de religieux qui ne dit pas clairement son nom dans ce livre. Ce n’est pas seulement la présence du monastère et des moines ou les visites de Lobbi et Flora Sol à l’église. C’est quelque chose de plus général, une atmosphère spirituelle omniprésente qui essaie de rajouter du mystère et de la profondeur à Rosa Candida mais qui finit surtout par être gênante. 

    Aucun intérêt.

  • Nagasaki - Eric Faye

    nagasaki-913549.jpgNagasaki est un récit simple et linéaire. Shimura-San, un vieux garçon d’une cinquantaine d’années, un peu maniaque, englué dans un quotidien morne et triste, se rend compte que quelque chose cloche dans son petit pavillon de province dans la ville de Nagasaki. Des objets sont déplacés, de la nourriture disparaît. Rien de bien significatif mais tout de même de quoi le rendre méfiant. Et si quelqu’un s’introduisait chez lui pendant ses heures de travail ? L’installation d’une webcam dévoile un fait improbable : une femme, finalement arrêtée, a vécu pendant une année chez lui sans qu’il ne s’en rende compte.

    Inspiré d’un fait divers survenu en 2008 au Japon, ce bref récit d’Eric Faye est bâti sur une histoire assez incroyable qui ne peut qu’interpeller. Eric Faye arrive d’abord à instaurer un certain climat d’étrangeté et un suspens relatif qui nourrissent le mystère autour de la présence de l’intruse. Il se concentre ensuite sur le bouleversement ressenti par Shimura-San : comment accepter le fait d’avoir eu une intruse pendant un an à son domicile ? Comment désormais se sentir chez soi dans sa propre demeure ? Le sentiment de viol que ressent Shimura-San, son malaise, sont assez compréhensibles.

    Nagasaki n’en demeure pas moins un récit quelconque. Le décor japonais relève à peine de l’esquisse, cadre qui permet aux personnages de ne pas être complètement évanescents. Le portrait de Shimura-San, axé sur la solitude et la banalité est sans relief. Celui de son intruse, qui pourrait mettre en lumière les phénomènes d’exclusion dans la société japonaise, n’évoque le sujet que de bien loin et préfère de pseudos révélations finales sur son passé qui restent finalement exploitées.

    Un livre facile à lire, légèrement troublant, mais plutôt pauvre. Le parti pris de la grande sobriété narrative et stylistique accouche d’une œuvre qui n’arrive pas à dépasser le simple fait divers et s’avère sans impact. Grand prix du roman de l’académie française en 2010 pour ceux que ça intéresse.

    Vite lu, vite oublié.

  • Le paradis, un peu plus loin – Mario Vargas Llosa

    paradis,utopie,socialisme,peinture,biographieLe paradis, un peu plus loin est un roman biographique qui raconte en parallèle la vie de Flora Tristan et de Paul Gauguin. Infatigable militante de la cause féministe et de l’amélioration de la classe ouvrière, Flora Tristan est une figure iconoclaste de la première partie du XIXème siècle qui puise l’énergie de ses combats dans un passé difficile. Elle est marquée par une enfance désargentée malgré des origines nobles et bourgeoises ainsi que par un mariage complètement désastreux. Paul Gauguin, le peintre avant-gardiste de la deuxième moitié du XIXème siècle, est son petit-fils. Après avoir échappé à une vie rangée et au métier de courtier, ce dernier traverse les courants de peinture de son époque, devient le chef de file de l’école de Pont-Aven, avant de prendre le large vers les îles polynésiennes qui transforment son existence et sa peinture.

    Deux destins liés par la filiation, qui ne se sont jamais connus, et qui prennent vie sous la plume de l’écrivain péruvien. Ce dernier essaie de se placer au plus près de ses deux protagonistes. Il n’hésite pas à les tutoyer, à les appeler par de petits noms, à les interpeller. Il fait tout pour donner vie à leurs réalités respectives qu’il restitue avec moult détails qui montrent un impressionnant travail documentaire. Pourtant, la magie ne prend pas complètement. Certes, on apprend beaucoup de choses sur Flora Tristan et Paul Gauguin, mais ce réel romancé est parfois un peu longuet et manque parfois d’énergie. La faute n’en incombe pas en tout cas à ces deux personnages hauts en couleur et fascinants mais plutôt à un Mario Vargas Llosa un peu cabotin, parfois hagiographique. Ce dernier est également piégé par une narration un peu répétitive surtout liée au parti pris de suivre le tour de France des ouvriers de Flora Tristan et de parfois s’éterniser dans les tourments un peu redondants des deux héros.

    Pour autant, il est difficile de condamner ce roman au titre si magnifique en raison de son essence marquée du sceau de l’utopie. C’est ce qu’il faut aller chercher dans Le paradis un peu plus loin, la mise en parallèle de deux rêves, de deux espoirs un peu contradictoires. Le paradis que cherche Paul Gauguin est derrière nous, dans le passé, même si c’est dans le lointain géographique qu’il va le chercher. C’est un Eden primitif qui ressourcerait le corps et la peinture, qui le sauverait de tous ses démons. Flora Tristan, elle, est à la recherche et essaie de construire un paradis à venir, qui est devant nous. C’est une utopie socialiste qui défend l’idée d’un monde meilleur, plus juste, plus égalitaire, plus éclairé pour tous. Deux rêves qui se font donc face à face, qui s’opposent et qui font l’intérêt de ce livre. L’un est individuel, égoïste, tout entier tourné vers la création et porte en creux les failles de Paul Gauguin : fou, malade, alcoolique, limite pédophile, englué dans une logique paternaliste avec les polynésiens. L’autre est collectif, centré sur les idées et l’amélioration du bien-être sans pour autant dissimuler les frustrations et crispations intimes d’une Flora Tristan.

    Livre du voyage, dans la France ouvrière, dans le Pérou en ébullition et dans la Polynésie du XIXème, le paradis un peu plus loin est surtout un livre sur l’utopie qui s’appuie, pas toujours de manière réussie, sur la biographie romancée des deux personnages historiques : Flora Tristan et Paul Gauguin..

    Un Mario Vargas Llosa plutôt en petite forme.