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Fahrenheit 451 - Page 3

  • Dans la foule – Laurent Mauvignier

    dans la foule.jpgLe 29 mai 1985, stade du roi Baudoin à Bruxelles, la finale de la ligue des champions qui oppose les reds de Liverpool et la Juventus de Turin est le cadre d’une tragédie. Plus d’une trentaine de morts et plusieurs centaines de blessés suite à l’effondrement des grilles et d’un mur du stade séparant les supporters des deux camps sous la pression des hooligans anglais. C’est le fameux drame du Heysel qui est donc au cœur du roman de Laurent Mauvignier.

    On y suit un ballet d’une petite dizaine de personnages rapidement immergés au cœur de cette horreur liée au hooliganisme. D’un côté, il y a Jeff et Tonino, deux petites frappes du nord de la France qui arrivent à assister au match en subtilisant les billets de Gabriel et Virginie, joyeux drilles rencontrés par hasard. Fortune et infortune… De l’autre côté, il y a le petit dernier d’une famille de la classe ouvrière anglaise. Celui qui a pris la place normalement réservée à son père pour se retrouver avec ses deux frères du côté des supporters enragés. Et au milieu de tout ça, il y a Francesco et Tana, deux amoureux italiens en voyage de noces à qui ont été offertes des places pour le match.

    Le livre de Laurent Mauvignier est ambitieux, par son sujet, par ses personnages, son ballet narratif et par son souffle. Il peine néanmoins à convaincre pleinement et finit même par décevoir malgré de bonnes intentions et des passages forts. Plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, la tragédie du Heysel n’est purement abordée que d’un point émotionnel et échappe en grande partie au livre. Ce dernier est tellement arrimé aux personnages et à ce qui leur arrive que le Heysel n’est plus qu’un vague décor de fond. Ce ne serait pas tant un problème si une partie de ces personnages n’étaient pas un peu ratés…

    Si le jeune supporter des Reds est plutôt réussi et s’intègre bien dans le contexte du Heysel, c’est clairement moins le cas d’autres personnages. Certains manquent réellement d’épaisseur quand ce n’est pas d’intérêt ou de crédibilité comme le couple Gabriel et Virginie qui est particulièrement fade. Le livre aurait sans doute gagné à être plus économe en personnages, ce qui lui aurait aussi épargné de paraître un peu artificiel dans le ballet organisé entre les différents protagonistes. Les coïncidences qui régissent les contacts entre les différents personnages et articulent la progression du roman sonnent ainsi souvent faux.

    Le livre est ainsi un peu bancal, maladroit, bien trop long en conséquence de ces défauts et malheureusement baigné dans un léger excès de pathos qui ne lésine pas sur la redondance. Finalement, il s’éloigne du drame du Heysel et s’effrite dans des intériorités et des destinées peu maîtrisées de tous ces personnages.

    Pas convaincu.

  • L’apiculture selon Samuel Beckett – Martin Page

    Apiculture beckett.jpgAvec Martin Page, même si on garde souvent les mêmes ingrédients d’un ouvrage à l’autre, on passe facilement d’un grand plaisir et d’une certaine réussite à une frustration et à un entêtant sentiment de déception. Avec l’apiculture selon Samuel Beckett, on est plutôt dans cette deuxième catégorie malgré de bonnes intentions.

    Un jeune étudiant de retour d’un exil anglais en mal d’argent et en difficulté pour terminer sa thèse obtient un petit boulot improbable : aider Samuel Beckett à ranger ses archives alors même qu’un metteur en scène essaie de monter une de ses pièces en prison. C’est l’occasion pour le personnage principal de nouer une relation très singulière avec l’auteur d’En attendant Godot dont il fait un portrait très différent de celui qui est resté à la postérité.

    Loin d’être austère, le Samuel Beckett de Martin Page est en effet un excentrique qui ne se contente pas seulement de faire de l’apiculture mais également de quotidiennement philosopher de manière iconoclaste sur le quotidien, l’écriture, son œuvre et les petits riens du quotidien.

    Ce livre est empli de fantaisie, fait montre d’une certaine créativité mais est assez léger dans l’ensemble. Il se révèle en fin de compte plutôt ennuyeux malgré ses trésors d’inventivité et surtout très vain. Que reste-t-il de tout ça à la fin ? Que dit finalement Martin Page de Samuel Beckett et de son œuvre ? Rien de bien intéressant et de bien audible.

    Quelconque, insipide.

  • Dans le désert – Julien Blanc-Gras

    index.jpgLe succès de Julien Blanc-Gras s’explique sans doute par ce que la quatrième de couverture appelle sa bienveillante ironie, qu’il promène un peu partout sur le globe de livre en livre. Ce n’est pas un écrivain voyageur classique pas plus qu’un voyageur lambda du tourisme de masse. Il est quelque part entre les deux. A la recherche d’aventures mais sans tomber dans l’extrême ou dans la pose, il promène son air débonnaire et son regard critique acéré en touriste lucide, qui sait ne pas bouder les plaisirs simples de la découverte et de l’ailleurs.

    Dans le désert, écrit dans la veine de ses ouvrages précédents, fait plus particulièrement écho à Briser la glace, dans un jeu des contraires. Il propose de s’aventurer dans la péninsule arabique et plus particulièrement au Qatar et aux Emirats arabes unis – un peu au Bahreïn et à Oman – pour appréhender cette partie du monde qui charrie bien des fantasmes, des idées reçues et de l’incompréhension. Plus que de désert, il s’agit ici de gaz et de pétrole, d’islam et de tradition, d’argent et de culture, de passé et d’avenir.

    Dans le désert est un livre plaisant, qui ne ménage pas ses efforts pour décrire l’univers singulier de ces monarchies pétrolières. Riche en anecdotes et en situations cocasses ou ubuesques, il bénéficie de la plume franche, alerte et drôle de son auteur. Il arrive même à en dire beaucoup sur ces pays un peu mystérieux qui résistent à nos tentatives de compréhension ou d’assimilation. Pourtant, le livre s’avère être un demi-échec. Julien Blanc-Gras nous apprend finalement peu de choses sur cette zone du monde. Rien qu’un reportage léger à la télévision, une lecture en diagonale d’articles de presse ou même l’omniprésent bruit de fond de l’actualité n’ait suggéré ou révélé.

    Il manque un petit plus, un supplément d’âme présent dans la plupart de ses ouvrages et c’est peut-être un enseignement en soi du livre et une partie de ce qu’il a à dire. A de rares exceptions près, notamment dans les dernières pages, la rencontre avec les habitants de ces pays et leur réalités n’existe pas ou est ratée, lisse. Comme si Julien Blanc-Gras était un peu passé à côté de ces pays malgré lui, malgré tous ses efforts. Simplement parce que ces pays n’offrent pas beaucoup de prises, parce qu’ils nécessitent probablement une autre approche, un mode d’investigation différent, plus poussé. Il est bien plus facile d’y fréquenter les étrangers, les expatriés, qui il est vrai, y représentent la majorité des habitants…  

    OK.