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Fahrenheit 451 - Page 3

  • L’ordre du jour – Eric Vuillard

    Lordre-du-jour.jpgL’ordre du jour est dans la lignée des derniers ouvrages d’Eric Vuillard comme Congo ou Tristesse de la terre. C’est un récit basé sur des recherches documentaires. Il nous propose donc de revivre la période qui précède la seconde guerre mondiale en se concentrant sur deux points. Le premier concerne l’implication du milieu des affaires allemand dans la folie hitlérienne au nom du sacro-saint business et des bénéfices. Le second porte sur les dessous de l’annexion de l’Anschlüss qui semble avoir plus relevé du coup de bluff que ne le disent les livres d’histoire.

    Il est toujours intéressant d’en apprendre plus sur cette période sombre de l’histoire et Eric Vuillard s’efforce de jeter une lumière nouvelle sur la période nazie précédant la seconde guerre mondiale. Il s’appuie sur une minutie dans la description des évènements et la recherche de détails qui auraient échappé au grand public. Il faut néanmoins avouer que c’est plus compliqué que pour Tristesse de la terre qui parlait de Buffalo Bill, moins bien connu. La compromission du milieu des affaires avec le nazisme n’est pas vraiment un secret et les éléments révélés sur l’Anschlüss ne sont pas forcément essentiels pour les profanes. A trop vouloir chercher l’envers du décor et le détail, Eric Vuillard devient ennuyeux par séquences.

    L’ordre du jour s’inscrit dans une veine que l’auteur poursuit depuis quelques livres et qui n’est pas suffisamment convaincante. Il manque souvent à ces histoires, un peu de profondeur, de la richesse et du souffle. Ces récits brefs, se contentent donc de faits et d’un ton un peu tragi-comique qui met l’histoire à distance et s’en servent sans forcément la servir. Une fois la méthode connue, l’ennui, le pantouflage ne sont pas très loin. Pour quelques faits historiques d’importance ou pas, il faut quand même enchaîner des pages d’une d’une narration transparente.

    Le problème de ce livre est en fait, même pour un récit, il manque tout simplement d’un peu plus de littérature...

    Quelconque.

    Prix Goncourt 2017...

  • Un chemin de tables – Maylis de Kerangal

    kerangal.jpgL’enthousiasme modéré que j’ai eu pour Réparer les vivants, énorme succès de librairie, est confirmé avec ce petit livre. Il faut préciser qu’un chemin de tables fait partie de la collection Raconter la vie des éditions seuil. Lancée à l’initiative de l’intellectuel Pierre Rosanvallon, cette collection permet d’ouvrir une fenêtre sur la vie, le métier des autres. En l’occurrence, Maylis de Kerangal porte son regard sur la vie dans le milieu de la restauration et plus particulièrement via la trajectoire d’un jeune chef.

    Le cahier des charges de cette collection est parfaitement rempli avec ce chemin de tables. En bonne élève, Maylis de Kerangal restitue plutôt bien les réalités du milieu de la restauration, loin des émissions culinaires qui pullulent à la télé, loin de toute idéalisation et avec une excellente appropriation du vocabulaire, de la matière de ce milieu et du métier de chef ou de restaurateur. Ce n’est pas un métier, ni un monde faciles qu’elle raconte. Il y a quelque chose de dur et d’un peu radical dans ces vies en cuisine.

    Ceci dit, le portrait du jeune chef Mauro faite par son amie la narratrice est un peu trop tendre. C’est un restaurateur un peu trop idéal, pétri de grandes ambitions, qualités et avec un parcours un peu trop lisse d’où ne ressortent pas assez, ou alors trop faiblement, les ombres, les contrastes, les failles, les compromissions. C’est donc très bien de faire cette sorte de reportage qui essaie de rendre quelque chose d’un métier – une spécialité maintenant de Maylis de Kerangal avec Réparer les vivants, Naissance d’un pont ? – mais qu’en ressort-il au final ? Qu’en reste-t-il ?

    Pas grand-chose. Un portrait sympathique, la peinture d’une profession très rapide et vaguement sociale, une petite musique de la cuisine, mais pas beaucoup de littérature.

    Transparent.

  • L’art de revenir à la vie – Martin Page

    Martin page.jpgVoilà plusieurs années que je n’avais pas lu Martin Page. Je n’avais pas été complètement emporté par certaines de ses productions et l’avais un peu lâché en route. J’en gardais néanmoins un excellent souvenir en pensant à Comment je suis devenue stupide ou encore à une parfaite journée parfaite, c’est sans doute la raison pour laquelle je me suis attaqué à ce dernier opus malgré le grand risque que présentait à mes yeux son intrigue : un auteur de 41 ans venu à Paris pour rencontrer une productrice décidée à adapter un de ses livres découvre fortuitement une machine à remonter le temps qui lui permet de rencontrer à plusieurs reprises dans les années 80 son moi de 12 ans avec lequel il entame une relation compliquée.

    Oui, l’histoire était clairement casse-gueule, il y avait là une énorme occasion de se planter et pourtant Martin Page a réussi à ne pas le faire et à livrer un roman plaisant, intelligent et qui ne manque pas d’humour et ne cède pas à la nostalgie facile. Il y a dans ce livre tout ce qui me plaît chez lui. D’abord, une grande inventivité dans les situations et les personnages qui sont un peu improbables : il suffit de penser à son ami Joachim ou  la productrice Sanaa, à sa machine à remonter le temps ou encore aux péripéties liées à son contrat de travail avec Sanaa. Ensuite, la légèreté d’une écriture qui est très plaisante, subtile, un peu détachée et qui épouse parfaitement le propos du livre. Enfin, l’intelligence et la tendresse avec laquelle il se penche sur son double adolescent pour dire son inadaptation, sa difficulté à vivre et ses rêves secrets.

    L’art de revenir à la vie n’est pas un chef d’œuvre mais c’est un livre maîtrisé, sans longueurs, inventif et agréable. C’est simple mais touchant, juste et en plus Martin Page s’en sort avec le dénouement.

    Bon moment de lecture.