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Fahrenheit 451 - Page 4

  • J'aurais voulu être égyptien - Alaa El Aswany

    Alaa Elaswany.jpgAprès l’immeuble Yacoubian, immense succès de librairie déjà chroniqué sur ce site, ce recueil de nouvelles est ma deuxième rencontre avec l’écrivain égyptien Alaa El Aswany. J’aurais voulu être égyptien se compose en fait d’une très longue nouvelle principale, Celui qui s’est approché et qui as vu, et de quelques autres très courtes nouvelles d’à peine quelques pages qui semblent simplement l’accompagner pour donner un peu d’épaisseur au recueil. Ce n’est malheureusement pas suffisant car J’aurais voulu être égyptien est un livre peu marquant et qui est rapidement oublié. L’ensemble est assez quelconque même si la nouvelle principale arrive un peu à se dégager.

    Le fait que la nouvelle principale ait été interdite de publication par l’office du livre égyptien pour cause d’insulte au pays ne suffit pas à lui accorder beaucoup de crédit. C’est une nouvelle qui est intéressante en raison de la véhémence que montre Issam, son personnage principal, à l’égard de son pays. La critique acerbe du pays et des maux qui le frappent sont instantanément saisissants. Cette détestation qu’a Issam, de lui-même et de l’Egypte, est contrebalancée par un amour inconsidéré de tout ce qui vient de l’occident. C’est un élément fort du récit qui est cependant handicapé par une certaine naïveté du récit dans sa conduite, dans ses situations et dans ses dialogues. La figure d’Issam est néanmoins attachante par sa folie, son désespoir et son jusqu’au-boutisme. Il est dommage qu’elle ne puisse pas plus se développer et s’épaissir à travers la nouvelle. Tout cela est très juste…

    Les autres nouvelles, très brèves, apparaissent parfois comme des ébauches convoquées là faute de mieux. Souvent en lien avec l’enfance ou l’adolescence, apparaissant parfois comme des souvenirs du romancier égyptien, elles sont parfois cocasses, avec une petite touche morale, sans que cela ne suffise. Il n’y a pas de véritable art de la chute, ni assez d’habileté stylistique ou narrative pour que ces nouvelles s’imposent.

    Bof. Passer son chemin.

  • Entre amis – Amos Oz

    Entre amis Amos Oz.jpgJ’avais été moyennement convaincu par la boîte noire, prix fémina étranger en 1988 et premier ouvrage par lequel j’ai découvert Amos Oz. Je le suis beaucoup plus par ce recueil de nouvelles de l’écrivain israélien. Les huit nouvelles qui composent le recueil racontent la vie dans un kibboutz en Israël dans la deuxième partie des années 50. Avec beaucoup d’intelligence, de subtilité et un savoir-faire narratif évident, elles se renvoient les unes aux autres, s’entremêlent, associent les mêmes personnages, évoquent les mêmes histoires pour finalement composer une réalité unique, comme celle d’un roman.

    La description de la vie dans le Kibboutz via ces nouvelles permet de mettre en lumière les problématiques de la vie en petite communauté et les difficultés posées par la volonté de se conformer aux idéaux initiaux de cette entreprise. Vers quelle direction le kibboutz doit-il évoluer ? Quels principes doivent être assouplis et dans quels cas ? Quels sont les besoins qui doivent primer ? Comment encaisser les inévitables chocs et les conflits internes entre les membres de la communauté ? Autant de questions qui surgissent devant les différents protagonistes d’entre amis. Elles sont évidemment renforcées par ce contexte de promiscuité, de survie et d’utopie du kibboutz.

    Ce qu’il y a de formidable dans ces nouvelles, c’est qu’elles dépassent ce contexte spécifique du kibboutz pour finalement parler plus généralement de la vie et de sujets aussi simples mais essentiels tels l’amitié, la mort, l’adultère, le désir, l’envie, etc. Comment réagir lorsque votre fille de dix-sept-ans se met à sortir avec votre ami, un séducteur qui a trois fois son âge ? (Entre amis) Comment résister à l’attraction d’une femme forte qui est son amour secret d’enfance alors qu’on est marié ? (La nuit) Comment faire face à la mort prochaine d’un père qui a perdu la tête et qui se trouve si loin du kibboutz ? (Papa) Comment supporter la souffrance de son fils et la tristesse de son couple si ce n’est en étant le pitre du kibboutz ? (Un petit garçon)…

    Amos Oz arrive à parler de choses dures et tragiques avec beaucoup de finesse et de subtilité. Il est très juste dans la mise en scène de situations complexes, tendues qui révèlent l’essence des conflits à l’œuvre dans le kibboutz et chez ses personnages. Ces derniers sont vivants et marquants alors que chacune des nouvelles est finalement assez courte. Entre amis est une œuvre marquée par la solitude et la mélancolie qui s’efforce de jouer avec l’ironie et une pointe d’humour pour révéler le tragi-comique de l’existence.

    Excellent.

  • Des éclairs – Jean Echenoz

    echenoz_eclairs.jpgDernier volet du tryptique des romans biographiques du « cycle des vies imaginaires » de Jean Echenoz, après Ravel et Courir, Des éclairs est consacré à l’inventeur Nikola Tesla. Pour ceux qui ne le connaissent pas, cet homme, dont la vie est à cheval sur le XIXème et le XXème siècle, est le père du courant alternatif, un génie scientifique passionné par l’électricité qui est l’auteur de près de 300 brevets scientifiques. Visionnaire, il anticipe ainsi de nombreuses découvertes scientifiques parmi lesquelles le radar ou la télécommande par exemple …

    Sous le pseudonyme de Gregor, c’est donc la vie de Nikola Tesla que Jean Echenoz dévoile. Dans les grandes largeurs. Contrairement au parti-pris de Ravel, ce n’est pas uniquement une partie de l’existence du savant qui est mise en avant mais bien sa totalité. Ce qui est indispensable tant la trajectoire de Nikola Tesla est originale et passionnante. Elle se suffit en fait à elle-même, intrigante à souhait. C’est le destin d’un génie, d’un aventurier, d’un créateur né quelque part en Serbie qui vient s’accomplir aux Etats-Unis en révolutionnant la science et en bousculant ses collègues et ses contemporains parmi lesquelles l’illustre Thomas Edison. C’est une histoire de self-made man particulièrement intéressante car l’aspect scientifique prévaut sur l’aspect économique et dans la mesure où elle n’est pas linéaire mais sinueuse et en fin de compte partiellement marquée du sceau de l’échec et de la folie.

    L’intérêt du livre de Jean Echenoz est de s’appuyer sur ce matériau riche et passionnant pour donner un portrait d’homme assez captivant. Nikola Tesla n’est pas seulement un génie, c’est un personnage unique que Jean Echenoz arrive à embrasser. Il en dit la grandeur des ambitions et des intuitions, l’effervescence intérieure qui frise l’explosion, le sentiment de supériorité et la solitude qui ne sont pas loin de se muer en misanthropie ou en tout cas en distance avec la réalité prosaïque et ses contemporains. C’est un Nikola Tesla en nuances et surtout en failles qu’il construit au-delà de la légende. Un homme étrange, complexe, sombre, hanté par son génie et ses utopies, avide de lumière et parfois maladroit ou complètement à côté de la plaque.

    Jean Echenoz le raconte avec un peu d’humour, une distance et une certaine légèreté qui sont salutaires. Son récit est plutôt alerte, suivant le fil de l’existence de Nikola Tesla et celui du progrès scientifique de son époque avec assez de subtilité. Si le récit est un peu long sur la fin, notamment à cause des passages sur les pigeons, Des éclairs touche par moments par une espèce de mélange de fascination, de mélancolie et de tristesse qui l’habite. Il peut toutefois souffrir du fait d’être le troisième volet d’un tryptique dont le principe est maintenant connu.

    Un livre léger, plaisant, qui bénéficie du destin de cet incroyable personnage qu’est Nikola Tesla.

    OK.