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Fahrenheit 451 - Page 6

  • Tristesse de la terre : une histoire de Buffalo Bill Cody – Eric Vuillard

    Tristesse de la terre.jpgBuffalo Bill. C’est le type même de noms qui appartiennent à la mémoire collective, qui évoquent vaguement un cadre historique, sans qu’on ne sache la réalité qu’ils recouvrent vraiment. En l’occurrence, s’agissant de Buffalo Bill, ce sont des images de western, de cow-Boy, d’indiens et de Grand-Ouest américain qui émergent. Assez loin du triste récit que livre Eric Vuillard : la vie de Bill Cody, ancien employé des chemins de fer, redoutable chasseur de bisons devenu célèbre surtout pour son spectacle itinérant, le Wild West Show.

    Le Wild West Show, c’est une immense machinerie digne des spectacles les plus délirants de l’ère actuelle : des figurants à la pelle, des tonnes de matériel, du son et lumière de l’époque, du storytelling et des stars. Pendant près de deux décennies à la fin du XIXème siècle, ce sont des millions de spectateurs qui viennent assister à cette grande messe qui ne raconte rien d’autre que l’extermination des indiens d’Amérique. Sur le mode fun, société du spectacle et réécriture de l’histoire… Tragique.

    C’est l’intérêt de ce bref ouvrage. Raconter le travestissement de l’histoire et l’immense toile de kitsch qui a été jetée par le Wild West Show sur le génocide des indiens et de leur culture. A travers cette histoire, Eric Vuillard critique la folklorisation des indiens et le mensonge d’une histoire écrite par les vainqueurs… et les saltimbanques. C’est le règne du faux et du carton-pâte qui progressivement prend le pas sur la réalité, « éduque » ou « informe » les masses. Le spectacle de Buffalo Bill invente les célèbres cris d’indiens que nous avons tous imités dans notre enfance en frappant nos bouches sur nos paumes ; il transforme le massacre de Wounded Knee en bataille et fait des figurants indiens, des parodies d’eux-mêmes.

    L’histoire de Buffalo Bill telle que racontée par Eric Vuillard est d’autant plus intéressante que la légende américaine est dépeinte finalement comme elle aussi victime de son propre show. Triste destin que celui de ce héros de pacotille qui est en fait passé à côté de la grande histoire pour finalement être rattrapé par celle du show-business et du spectacle. C’est un portrait qui révèle le kitsch qui s’est abattu sur un homme qui finit par être prisonnier du monde de pacotille qu’il a créé.

    Plus inspiré que Congo, sans doute parce que plus centré sur un personnage, le finalement méconnu Buffalo Bill, et sur son show, Tristesse de la terre est aussi plus juste dans le ton adopté. Le récit paraît moins chétif face à la grande histoire et le propos plus saillant quand il évoque l’agonie des indiens, la folklorisation de leur culture à travers le spectacle du Wild West Show.

    Bon petit moment de lecture.

    PS : S’inscrit dans une petite mode du récit biographique ces dernières années dans la production littéraire française (Jean Echenoz …). Facilité pour éviter de se coltiner au défi de la pure fiction ?

  • Rosa Candida - Audur Ava Ólafsdóttir

    Ce livre a fait un peu de bruit il y a quelques années et alors que je viens de le terminer, je me demande encore pourquoi ? Audur Ava Olafsdottir nous fait suivre les aventures d’Arnljotur alias Lobbi, un jeune Islandais qui quitte son pays pour rejoindre un monastère étranger afin d’en faire revivre la mythique roseraie actuellement abandonnée. L’horticulture, c’est la passion de Lobbi, celle qu’il partageait avec sa mère récemment décédée dans un accident de voiture. Alors forcément, ce voyage a quelque chose de spécial, comme une tentative de renouer avec la disparue et de laisser son passé derrière lui. Seulement voilà, ce ne sont pas seulement son père et son frère jumeau handicapé que Lobbi quitte, mais aussi sa petite fille Flora Sol, née il y a à peine quelques mois suite à un petit quart d’heure de plaisir avec son amie Anna qui l’élève seule.

    rosa_candida-2.(3).jpgSi cette intrigue a de la matière à exploiter à priori, il est bien triste de voir ce qu’en fait la romancière islandaise. Le voyage initiatique de Lobbi se révèle d’une grande pauvreté. Les pérégrinations de ce dernier en pays étranger ne présentent aucun intérêt et le potentiel d’un choc culturel est mis de côté. Cela pourrait ne pas être gênant si le voyage jusqu’au monastère n’occupait pas la moitié du livre, ni si la suite arrivait à donner le change. Sauf qu’une fois arrivé au monastère, la reprise en main du jardin et le sujet de l’horticulture s’avèrent creux et sont rapidement évacués pour laisser place à l’histoire entre Lobbi, Anna et leur fille. Là encore, rien ne fonctionne vraiment, tant une grande partie de l’ensemble est prévisible. On se retrouve donc avec des thèmes qui sont en réalité peu ou mal exploités et qui ne sont pas aidés par la narration.

    La romancière islandaise n’a cesse d’enchaîner les scènes insignifiantes, de peu d’intérêt tout au long du livre. La noyade sous un flot de détails et de micro-évènements est vraiment proche. Un grand ennui frappe ainsi le lecteur qui est assommé par la répétition ou par le caractère interminable de certains moments, comme les appels de Lobbi à son père ou l’évocation des recettes de cuisine. C’est long et narré sur un ton candide, faussement poétique, qui n’aide pas le livre en lui donnant un côté parfois guimauve et artificiel qui contamine même les personnages. A part Lobbi qui arrive plus ou moins à sortir son épingle du jeu, les personnages secondaires sont parfois unidimensionnels et échouent à gagner en épaisseur ou en aspérités.   

    Enfin, il y a quelque chose de religieux qui ne dit pas clairement son nom dans ce livre. Ce n’est pas seulement la présence du monastère et des moines ou les visites de Lobbi et Flora Sol à l’église. C’est quelque chose de plus général, une atmosphère spirituelle omniprésente qui essaie de rajouter du mystère et de la profondeur à Rosa Candida mais qui finit surtout par être gênante. 

    Aucun intérêt.

  • Nagasaki - Eric Faye

    nagasaki-913549.jpgNagasaki est un récit simple et linéaire. Shimura-San, un vieux garçon d’une cinquantaine d’années, un peu maniaque, englué dans un quotidien morne et triste, se rend compte que quelque chose cloche dans son petit pavillon de province dans la ville de Nagasaki. Des objets sont déplacés, de la nourriture disparaît. Rien de bien significatif mais tout de même de quoi le rendre méfiant. Et si quelqu’un s’introduisait chez lui pendant ses heures de travail ? L’installation d’une webcam dévoile un fait improbable : une femme, finalement arrêtée, a vécu pendant une année chez lui sans qu’il ne s’en rende compte.

    Inspiré d’un fait divers survenu en 2008 au Japon, ce bref récit d’Eric Faye est bâti sur une histoire assez incroyable qui ne peut qu’interpeller. Eric Faye arrive d’abord à instaurer un certain climat d’étrangeté et un suspens relatif qui nourrissent le mystère autour de la présence de l’intruse. Il se concentre ensuite sur le bouleversement ressenti par Shimura-San : comment accepter le fait d’avoir eu une intruse pendant un an à son domicile ? Comment désormais se sentir chez soi dans sa propre demeure ? Le sentiment de viol que ressent Shimura-San, son malaise, sont assez compréhensibles.

    Nagasaki n’en demeure pas moins un récit quelconque. Le décor japonais relève à peine de l’esquisse, cadre qui permet aux personnages de ne pas être complètement évanescents. Le portrait de Shimura-San, axé sur la solitude et la banalité est sans relief. Celui de son intruse, qui pourrait mettre en lumière les phénomènes d’exclusion dans la société japonaise, n’évoque le sujet que de bien loin et préfère de pseudos révélations finales sur son passé qui restent finalement exploitées.

    Un livre facile à lire, légèrement troublant, mais plutôt pauvre. Le parti pris de la grande sobriété narrative et stylistique accouche d’une œuvre qui n’arrive pas à dépasser le simple fait divers et s’avère sans impact. Grand prix du roman de l’académie française en 2010 pour ceux que ça intéresse.

    Vite lu, vite oublié.