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Fahrenheit 451 - Page 6

  • L’ombre du vent – Carlos Ruiz Zafon

    apprentissage,amour,franquisme,littérature,amitiéDans le Barcelone d’après seconde guerre mondiale, Daniel Sempere, un adolescent, est conduit par son libraire de père au cimetière des livres oubliés, le siège d’une confrérie d’amateurs d’œuvres oubliées. C’est là que Daniel découvre l’Ombre du vent de Julian Carax, le livre qui va changer sa vie. Julian Carax et son œuvre deviennent progressivement une obsession pour Daniel qui est confronté aux mystères d’une existence singulière. Qui est vraiment ce Julian Carax qui a disparu entre la France et Barcelone, hanté par un amour maudit et une œuvre infructueuse à laquelle semble en vouloir particulièrement un mystérieux individu ?

    Énorme carton de librairie bâti sur le suspense autour du dévoilement de la vie de Julian Carax et son impact sur celle de Daniel Sempere, l’ombre du vent est un livre très décevant qui souffre de nombreux défauts rédhibitoires. Il faut réellement s’armer de courage pour aller au bout de ce pavé de plus de six cents pages. Tout d’abord, cela demande de supporter le style ampoulé et bien trop maniéré de Carlos Ruiz Zafon qui, quand il n’est pas simplement trop tape-à-l’œil, alourdit le récit et dessert les personnages. Ces derniers sont par ailleurs plutôt construits à la truelle. Ils sont presque tous caricaturaux, manquant de nuances et de crédibilité, à l’image de Fermin Romero Torres, un vagabond au grand cœur, à la langue bien pendue et au passé trouble, qui est littéralement insupportable… Tout comme ces accès de bons sentiments et de guimauve qui parfois débordent du livre.

    En fait, l’ombre du vent ne fonctionne pas vraiment parce que sa mécanique est lourde, pataude. Les rebondissements du livre sont un peu théâtraux quand ils ne sont pas prévisibles. Le parallèle entre Daniel Sempere et Julian Carax est plutôt bien mené mais est un peu grossier. L’avancée dans l’intrigue est laborieuse parce que Carlos Ruiz Zafon utilise des ficelles trop visibles et se lance sans maîtrise dans un mélange de genres. Le livre s’avère ainsi un peu brouillon en étant à la fois roman d’apprentissage, roman policier, roman d’amour, etc. et en essayant de mâtiner tout ça de fantastique, de mystère et du contexte historique de la guerre d’Espagne et du franquisme.

    Quelconque. Sans intérêt.

  • Ravel – Jean Echenoz

    ravel.jpgRavel fait partie du « cycle des vies imaginaires », des biographies libres que Jean Echenoz a écrites entre 2006 et 2010, qui comprend également Des éclairs sur Nikola Tesla et Courir sur Emil Zatopek.

    Autant j’avais passé un agréable petit moment de lecture sans prétention avec le léger Courir, autant je suis passé à côté de ce Ravel qui m’est apparu transparent, manquant de densité et d’intérêt. La faute sans doute au parti-pris de Jean Echenoz de se concentrer uniquement sur les dix dernières années de la vie de l’illustre compositeur. La perspective d’ensemble de l’existence d’Emil Zatopek choisie pour Courir me semble plus appropriée pour permettre de saisir la destinée de ces personnages illustres qui est souvent fascinante par l’oscillation entre des périodes de grandeur et de décadence.

    Ce parti pris est d’autant plus dommageable que Jean Echenoz ne se fixe pas vraiment sur des moments-clés qui interviennent durant ces dix dernières années de la vie de Ravel. C’est la période de la tournée américaine à succès de Ravel. Celle durant laquelle il compose le Boléro, une des œuvres les plus jouées au monde depuis sa création. Celle aussi de son déclin cérébral. Tout cela est bien présent dans la petite centaine de pages du livre mais sans qu’on en garde grand-chose. Il n’y a pas de focus, pas d’accroches, rien qui marque. Comme si le livre coulait, insipide vers la mort de son sujet.

    Qu’est-ce que Jean Echenoz veut nous dire sur Ravel ? Sur son œuvre ? Le portrait d’un homme assez solitaire mais paradoxalement mondain à sa façon et souffrant d’insomnie n’est pas assez abouti. La mise en scène du génie qui perd sa tête et sa musique tombe également à plat. Le tout étant probablement noyé dans des détails, des anecdotes sans intérêt qui semblent surtout servir à meubler les pages entre les différents moments de vie empilés du compositeur.

    Reste alors l’écriture de Jean Echenoz ? Légère, dotée de sa propre petite musique, celle-ci n’arrive néanmoins pas à envoler le récit et à faire passer un certain ennui. Le souffle du romancier, qui est si bien calé sur celui du champion olympique Zatopek dans Courir, a ici du mal à faire revivre les dernières années de Ravel ou sa musique.

    Plutôt raté.

  • L’or – Blaise Cendrars

    L'or.gifL’or, c’est la merveilleuse histoire du général Suter, l’homme qui a été ruiné…par la découverte de l’or sur ses terres. Une incroyable destinée frappée du sceau de l’ironie dont s’est saisi Blaise Cendrars en 1925 pour écrire un récit d’aventures captivant et mordant qui est devenu un classique.

    Originaire de Suisse, Suter s’est enfui de son pays alors qu’il avait à peine la trentaine, abandonnant femme et enfant pour l’Amérique. C’est le début d’une improbable success story qui le mène de toutes sortes de petits boulots à la fortune. C’est lorsqu’il se tourne vers l’ouest américain, en Californie, sur des terres encore sauvages, au cœur de conflits sanguinaires entre les indiens, les mexicains et les aventuriers de toutes sortes, que Suter devient presque l’homme le plus riche du monde. En 1848, il est propriétaire de territoires immenses sur lesquels prospère une véritable industrie agricole qui génère d’énormes revenus.

    Tout cela s’effondre pourtant brutalement à la découverte d’or sur ses terres et à la fameuse ruée vers l’or qui s’ensuit. Le petit empire de Suter périclite alors sous l’assaut des hordes de dizaines de milliers d’aventuriers qui dévastent l’œuvre de sa vie. C’est le début d’une descente aux enfers pour le général Suter qui n’accepta jamais cette catastrophe et qui se lança dans une vaine quête de réparation judiciaire. Une obsession de plus de trente ans qui sabota le reste de son existence, emportant tous ses biens, sa famille retrouvée en cours de route et même sa raison. Triste et abasourdissant.

    Si la biographie du général Suter est en soi déjà assez originale pour fournir la matière d’un récit héroïque, passionnant et riche en rebondissements, il faut reconnaître que Blaise Cendrars la raconte magistralement. L’or est une petite merveille de mécanique littéraire qui s’illustre ainsi par son rythme et son souffle. Tout est dans l’écriture et dans la construction. Les chapitres courts et denses s’enchaînent sans répit dans une atmosphère d’épopée tragique. Blaise Cendrars sait ménager ses effets et accroche ou secoue le lecteur à l’aide de phrases courtes, incisives qui font mouche. La vérité, brutalement, en quelques mots, nue et sèche. L’or est un plaisir de lecture également grâce à ce ton qui oscille entre l’empathie, l’ironie pour mieux illustrer le caractère unique et malheureux de la destinée du général Suter.  

    Petit bijou. A lire.