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Fahrenheit 451 - Page 8

  • Scènes de vie villageoise – Amos Oz

    Amos Oz.jpgScènes de vie villageoise a en fait été écrit quelques années avant Entre amis le précédent recueil de nouvelles d’Amos Oz que j’ai lu. Il est ainsi la matrice de ce recueil de nouvelles que j’avais grandement appréciées. Les deux livres partagent ainsi de nombreuses choses : une même structure, une même ambition et un même talent.

    Les huit nouvelles de scènes de vie villageoise se déroulent ainsi dans le même village de Tel-Ilan, dont elles en font indirectement le portrait. Ce village de pionniers qui précède la création d’Israël, n’est plus qu’une petite communauté de quelques habitants qui accompagnent tant que mal sa transformation d’espace rural en lieu de villégiature. Les personnages dessinent chacun une facette du village et ne cessent de se croiser au cours des différentes nouvelles pour constituer ainsi une sorte de roman choral centré sur Tel-Ilan.

    Le tout forme également une petite comédie humaine qui ne prend Israël et son histoire que comme toile de fond, certes bien présente, préférant se concentrer sur les problématiques plus courantes de la vie des habitants du village. La plupart des personnages révèlent une certaine solitude et vivent une situation de confusion qui les perturbent, les angoissent et mettent à mal le lecteur. Qu’est-il arrivé au neveu de Gili Steiner qui n’est jamais venu ? Où est passé la femme du maire du village ? Comment va s’en sortir l’agent immobilier Yossi Sasson ? Etc.

    Une dureté se dégage de toutes ces nouvelles qui manient le non-dit, la souffrance et la perte avec beaucoup de finesse dans un décor de village perdu. La proximité avec les personnages permet de sentir et de vivre leur errance dans leur vie et dans le village, les sentiments à fleur de peau. Mentions spéciales aux nouvelles « Les proches », « Attendre », « Les étrangers », « Chanter ».

    OK. Un peu inégal, une préférence pour Entre amis.

  • Baïkal-Amour – Olivier Rolin

    Baikal amour.jpgLe Baïkal-Amour, c’est l’autre transsibérien, cinq mille kilomètres de voies ferrées qui commencent en réalité avant le lac Baïkal et qui finissent bien après le fleuve amour, à la fin du continent eurasiatique. C’est donc un long trajet qui est entrepris par Olivier Rolin dans la Russie profonde. Pendant plusieurs semaines, l’auteur de Tigre en papier, infatigable voyageur, traverse cet immense territoire entre passé et présent, histoire et géographie, description et réflexion.

    Il y a un amour irrationnel de la Russie chez Olivier Rolin qui transpire de Baïkal-Amour. A travers ce voyage, il part un peu à la recherche de l’âme slave, cette chimère qui n’a cesse d’agiter tous les passionnés de la Russie. Olivier Rolin décrit un monde diablement et doublement rude, âpre, dans lequel il croit trouver l’explication du caractère des russes.

    D’un côté, c’est une nature hostile qu’il dévoile tout au long de son périple. Un climat glacial qui est combiné à des paysages monotones, entre steppes, taïga et étendues d’eau gelées qui s’étendent sur d’énormes distances. De l’autre côté, ce sont des villes et des villages qui ont essaimé le long du rail lors de la construction de cette ligne et qui sont à quelques exceptions près en totale déréliction. C’est un monde délabré, désenchanté, marqué par les stigmates de l’histoire qui remontent toujours à la surface.

    Pendant son voyage, Olivier Rolin s’attache à raconter l’entreprise titanesque et inhumaine qu’a été la construction chaotique de ce chemin de fer qui s’est étendue sur plusieurs décennies. Elle a été souvent l’œuvre des prisonniers des goulags, les fameux Zeks dont les destins, les fantômes émaillent le livre. Olivier Rolin en profite donc pour faire un peu d’histoire et un peu d’actualité. Par petites touches, sans être pesant, toujours pour scruter cette âme russe profonde qui semble si loin de Moscou ou de Saint- Pétersbourg et qui suinte les regrets de l’ère soviétique et d’un autre monde.

    Olivier Rolin chemine sur cette ligne BAM en suivant, et en rappelant à notre mémoire, d’illustres écrivains prédécesseurs que sont entre autres Anton Tchekhov et Varlam Chalamov. Le premier évoquait déjà une Russie impitoyable alors qu’il allait visiter un bagne sur l’île de Sakhaline à la fin du XIXème siècle alors que le second a raconté la vie des zeks dans ses récits de la Kolyma. Parlant de ces auteurs qui l’accompagnent, Olivier Rolin médite sur le voyage, la littérature et sur la Russie avec un certain flegme et une lucidité un peu amère qui sont plutôt plaisants.

    Intéressant et agréable.

  • Karnak – Naguib Mahfouz

    karnak mahfouz.jpgPublié en 1974, Karnak est un court roman de Naguib Mahfouz, prix Nobel de littérature égyptien de 1988. Il est construit autour du café éponyme, typique de certains cafés du Caire où les intellectuels commentaient incessamment l’actualité. Il raconte les désillusions qui ont traversé la société égyptienne dans les années soixante, après le coup d’état nationaliste de Gamal Abdel Nasser. Il dénonce de manière frontale les dérives du régime qui n’a pas su tenir les promesses de la révolution.

    Chacune des quatre parties de Café Karnak déroule le fil d’une Egypte qui s’est perdue à partir de quatre personnages. Qurunfula la superbe tenancière du café, ancienne danseuse orientale, est le symbole d’une Egypte passée qui n’est plus et qu’adulent encore ceux qui l’ont connue. Elle offre son aile à Ismaïl et à Zayna, deux jeunes amoureux dont l’histoire d’amour est violemment interrompue. Soupçonné d’appartenir aux frères musulmans, le premier est arrêté abusivement, torturé et forcé de devenir un indicateur quand la seconde est violée pour les mêmes raisons. Le tout étant organisé par Khalid, leur bourreau qui finit par être lui aussi victime de la machine de l’oppression d’un régime devenu un peu fou.

    Il y a une certaine naïveté touchante dans la manière dont Naguib Mahfouz met en scène ses personnages. Leur chute brutale est une illustration juste des failles du régime de Nasser. En peu de pages, un constat dur, amer et fataliste de cette Egypte est dressé. Ce n’est pas la défaite lors de la guerre de six jours qui peut l’atténuer. Naguib Mahfouz arrive à retranscrire avec simplicité l’atmosphère unique d’un café cairote. Le roman n’en est que plus vivant, bénéficiant déjà d’une narration qui fait surtout la part belle aux dialogues.

    Un roman encore actuel. Adapté au cinéma par Aly Badrakhan.

    OK.