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Science-Fiction

  • Sous d’autres soleils – Mike Resnick

    sous d'autres soleils.jpgMike Resnick a écrit un livre que je considère comme un chef d’œuvre : Kirinyaga. Science-fiction et Afrique, un mélange que peu avaient osé jusque-là et que l’écrivain américain a réussi avec une justesse et une finesse rares. A tel point que cela est devenu sa marque de fabrique et lui a rapporté moult récompenses littéraires. C’est sur ce créneau donc que repart Mike Resnick avec ce recueil de huit nouvelles.

    Ce qu’il y a de plus intéressant dans ce recueil, c’est probablement la parole de Mike Resnick, présente dans la préface (Pourquoi l’Afrique ?) et en préambule de chacune des nouvelles. Il explique ce lien si spécial qu’il a avec l’Afrique ainsi que la genèse de chacune de ses nouvelles. Ces passages relativement intéressants permettent de bien réaliser que Mike Resnick ne parle que d’une certaine Afrique, souvent celle des safaris et des traditions, loin de l’Afrique moderne et en mouvement. C’est aussi l’occasion d’être un peu lassé par l’immodestie de l’écrivain qui ne cesse par ailleurs de rappeler tous les prix et toutes les nominations de chacune de ses nouvelles.

    Pourtant, il se trouve que Sous d’autres soleils n’est pas toujours convaincant. Entre facilités et faiblesses, sentiment de déjà vu et manque de subtilité, très peu de nouvelles arrivent à sortir du lot même si elles se fondent sur quelques bonnes idées. Il y a une volonté qui est salutaire, de proposer un regard original sur l’Afrique, de coller à son histoire et à ses problématiques, mais qui n’est pas toujours suffisante. Surtout quand les bons sentiments sont un peu trop perceptibles.

    Très inégal et plus que moyen au final malgré de rares éclats. Très loin de Kirinyaga.

    Dommage.

     

    Pour le détail des nouvelles :

    Le dieu pâle : La confrontation entre les dieux africains ancestraux et le nouveau dieu des occidentaux. Une nouvelle très courte, assez convenue dans sa dénonciation des méfaits du Dieu chrétien. Quelconque.

    Epatant ! : Une sorte d’uchronie avec un Théodore Roosevelt qui essaie de reprendre le Congo aux belges et d’apporter la démocratie à l’ancienne colonie. Parfois drôle, plutôt inventive, essayant de coller à la personnalité de l’ancien président US. Une nouvelle un peu longue et un peu vaine.

    Mwalimu et la quadrature du cercle : Mike Resnick part d’un fait historique peu connu, une fanfaronnade d’Idi Amin Dada envers Julius Nyerere, pour imaginer un improbable combat de boxe entre les deux dirigeants africains. Improbable, raté et vain.

    La fine équipe : La nouvelle la plus faible du recueil. Une histoire de sorciers et de Dieux sans intérêt et mal écrite.

    Bibi : Une nouvelle intéressante qui aborde le thème du sida et qui choisit un angle assez original et osé. Elle n’est pas complètement maîtrisée et n’exploite pas tout son potentiel mais est au-dessus de bien d’autres nouvelles du recueil.

    L’exil de Barnabé : Une relecture des fleurs pour Algernon, façon Mike Resnick. Une bonne idée de départ et une nouvelle assez touchante qui souffre néanmoins de la comparaison avec l’original..

    Les Quarante-trois dynasties d'Antarès : Une nouvelle plutôt juste qui critique en réalité le tourisme de masse et qui jette un regard triste sur les empires africains déchus. OK sans être très originale.

    Sept vues sur la gorge d'Olduvaï : Une nouvelle de science-fiction de facture classique qui revient sur le caractère et la destinée de l’homme, depuis les cavernes jusqu’à la conquête d’autres mondes et sa disparition. La nouvelle recèle quelques bonnes idées et est plutôt bien exécutée…

  • Des milliards de tapis de cheveux – Andreas Eschbach

    Des-milliards-de-tapis-de-cheveux.jpgDes milliards de tapis de cheveux est un super page-turner qui arrive à tenir son lecteur en haleine au sujet d’un étonnant mystère qui est au centre de son intrigue. Pourquoi depuis plusieurs siècles, des hommes tissent-ils de père en fils des tapis de cheveux pour orner le palais d’un empereur dont les rumeurs annoncent la chute ? Pour le savoir, il faut aller au bout de ce roman de facture très classique qui fait néanmoins preuve d’une certaine habileté dans sa construction.

     Chacun des chapitres est une brique savamment rajoutée à l’édifice de ce mystère. D’abord pour le mettre en place puis pour le dévoiler progressivement. A chaque chapitre, un nouveau personnage est introduit : un rouage de cette planète ou de l’empire, une facette de ce monde imaginé et dessiné par Andreas Eschbach. Chaque chapitre est ainsi presqu’une petite histoire autonome qui entretient pourtant des liens avec le chapitre précédent et toute l’œuvre.

    Jolie petite mécanique de suspens dotée d’un certain sense of wonder qui fait mouche, des milliards de tapis de cheveux ne s’embarrasse pas des personnages qui passent comme des étoiles filantes. Pas la place pour de la psychologie ou pour leur donner un peu plus d’épaisseur que cela. Ils sont au service du mystère des tapis de cheveux. Pas non plus vraiment de la place pour l’écriture, on est plutôt à la recherche d’une certaine efficacité. Pour le reste on repassera. Andreas Eschbach ne fait pas non plus dans la finesse en ce qui concerne l’enchaînement de son histoire qui avance à coups de sabots pas toujours très fins et avec des ficelles parfois trop visibles.

    Au final ? Un petit clin d’œil, un peu d’humour pour conclure ce grand mystère difficile à deviner. Des milliards de tapis de cheveux n’a en fait pas grand-chose à nous dire mais c’est un ouvrage assez imaginatif, avec une idée plutôt originale et qui est assez bien ficelé pour qu’on ne voie pas passer le temps.

    Gros succès de librairie.

    Divertissant sans plus.

  • Ceres et Vesta – Greg Egan

    ceres vesta.jpgCérès et Vesta sont deux astéroïdes et planètes naines situées dans la ceinture de Kuiper aux confins de notre système solaire. Elles constituent le cadre de ce court roman de Greg Egan. Colonisées par les humains dans un futur indéterminé, elles vivent l’une grâce à l’autre en se fournissant de la roche contre de la glace. Cet équilibre à priori harmonieux est cependant mis à mal par des remous sur Vesta. A l’initiative d’une minorité remuante, une partie de ses citoyens, les Sivadier, se voit infliger une taxe supplémentaire en raison d’une participation jugée limitée de ses ancêtres à la colonisation de l’astéroïde. Transformés en citoyens de seconde zone, persécutés, une partie des Sivadier mène des actions de résistance alors que l’exil clandestin vers Cérès s’avère être de plus en plus l’unique voie de secours. Peu importe si le voyage pour atteindre l’accueillante voisine est long - trois ans -, périlleux - au milieu des astéroïdes -, effectué dans des conditions difficiles et que Vesta se met à les poursuivre.

    Ce petit récit de Greg Egan a quelque chose de très actuel et d’universel. Il est facile de faire une analogie entre la situation des habitants de Vesta et les problèmes de migrants, en Europe, aux Etats-Unis ou ailleurs. Il en va de même pour la stigmatisation d’une partie de sa population par Vesta. Cette contemporanéité fait la force d’un texte qui dénonce clairement toutes les formes de ségrégation et qui met en scène avec une certaine habileté le dilemme moral que pose l’accueil de ces réfugiés via le personnage d’Ana, une habitante de Cérès placée aux premières loges de cette situation épineuse. L’humanisme mis en avant par Greg Egan et l’avertissement face aux résurgences des extrémismes dans un cadre légal parlent au lecteur. Si le propos est juste, le récit plutôt bien mené, avec des péripéties qui s’enchaînent assez facilement, Cérès et Vesta souffre un peu de son format court. Les personnages sont tout de même à peine ébauchés et n’incarnent pas assez le propos de Greg Egan. L’habillage hard science-fiction est en revanche bien trop développé pour un récit si bref. D’autres éléments auraient gagné à être plus développés que le charabia futuriste.

    Vite lu, plutôt intelligent. OK.