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Science-Fiction

  • Car les temps changent – Dominique Douay

    Douay.jpgChaque année, c’est la même chose. A la Saint-Sylvestre, c’est l’heure du grand changement. Les cartes sont rebattues et la machine de la grande loterie est lancée. Place à une nouvelle vie pour chacun. On est projeté dans une nouvelle existence, avec une nouvelle personnalité et sans moyen de se rappeler de sa vie de l’année précédente. Personne ne semble savoir quelle est la logique derrière le grand changement, ni comment il opère vraiment. Le plus important est que vous pouvez au petit bonheur la chance vivre la vie d’un bienheureux ou celle d’un sans-abri en attendant une fortune différente l’année d’après.

    Cette mécanique bien huilée est seulement interrompue lorsque le protagoniste principal du livre se rend compte qu’exceptionnellement, il n’a pas été affecté par le grand changement et qu’il se souvient de qui il a été l’année précédente. Débute alors un processus double pour lui, une entreprise de dévoilement de la réalité véritable du grand changement et la recherche d’une échappatoire à un univers qui se révèle finalement très étriqué.

    A partir de cette bonne idée de départ, Dominique Douay livre un roman plutôt prenant même s’il baisse parfois en intensité. Un roman qui est très perturbant par moments tant il bouleverse notre perception du réel. Avec le grand changement, Dominique Douay questionne ouvertement à l’échelle individuelle notre rapport au réel, notre inscription dans le temps, notre libre-arbitre, et à l’échelle globale, la propagande, la manipulation des masses, le contrôle des libertés. On peut néanmoins regretter que le traitement de tous ces thèmes ne soit pas plus profond et plus riche et finalement ne soit pas plus développé que cela dans le propos, dans l’intrigue. C’est le cas d’autres éléments intéressants du livre comme par exemple les robots…

    Parfois un peu moins maîtrisé flou sur son axe pivot, le grand changement, le livre se montre malgré tout fluide, riche en sensations étranges et propose une lente dérive dans un Paris très original. La solitude du personnage principal face à sa condition d’unique être vraiment conscient de la réalité, son impuissance à aller contre la grande roue du changement génèrent une certaine mélancolie et le rendent attachant.

    Moins original et puissant que les précédents ouvrages de Dominique Douay.

    Un potentiel pas totalement exploité.

    OK.

  • Le paradoxe de Fermi – Jean-Pierre Boudine

    Boudine.jpgLe monde s’est effondré. Sa chute a commencé au début du XXIème siècle et a été inexorable. Une crise financière mondiale a débouché sur une crise systémique dont la civilisation mondialisée ne s’est jamais remise. L’humanité a sombré dans un chaos autodestructeur qui semble annoncer la fin de son espèce après une pénible agonie qui l’a vue retourner à l’âge de pierre… Tout cela est raconté par le personnage principal de Jean-Pierre Boudine, un survivant de cette apocalypse. Réfugié dans une grotte des alpes pour échapper à ses semblables ayant plongé dans la barbarie, il survit misérablement et raconte donc la disparition du monde tel que nous le connaissons.

    Le récit de l’apocalypse par Jean-Pierre Boudine se veut didactique. La quasi-totalité du livre est consacrée à relater de la manière la plus réaliste possible l’enchaînement des évènements qui a conduit à l’effondrement du monde. C’est une intention louable, mais c’est un mauvais choix romanesque. Tout peut être remis en question dans cette fin du monde qui peut paraître rapide, artificielle, trop mécanique et donc moins crédible. Son récit est bien trop didactique pour véritablement passionner et ne pas être long par moments. L’histoire du narrateur survivant en vient à n’être que superficielle sans réussir à passionner et à incarner cette apocalypse.

    Le piège dans lequel tombe Jean-Pierre Boudine, est celui de sacrifier à l’explication de sa fin du monde, la création de personnages puissants, de péripéties ou d’intrigues fictionnelles solides pour la soutenir. Ce n’est pas possible après la route de Cormac Mc Carthy… Le récit de Jean-Pierre Boudine est en fait uniquement tendu vers un final bavard qui essaie de donner une réponse au paradoxe de Fermi. S’il n’y a pas eu de situation de premier contact jusqu’à aujourd’hui, c’est parce qu’à partir d’un certain niveau de développement technologique, les civilisations deviennent fragiles, avec une grande propension à s’autodétruire avant d’atteindre les étoiles. Une idée finalement pas si originale même si le récit a le mérite de pointer la fragilité de nos mondes que nous occultons bien souvent.

    Quelconque.

  • L’impasse-temps – Dominique Douay

    impasse temps.jpgEt si vous pouviez figer le temps ? Si vous aviez le pouvoir d’arrêter l’horloge, de geler le monde entier, les personnes et les choses ? Si vous pouviez ensuite évoluer dans cet univers de statues et agir comme bon vous semble, que feriez-vous vraiment ? C’est en tout cas le pouvoir qui tombe sans aucune explication dans les mains de Serge Grivat, un obscur et médiocre auteur de BD de province qui est de passage à Paris. Le soir même où il se fait plaquer par sa jeune maîtresse parisienne, il découvre une sorte de briquet qui lui donne donc ce pouvoir quasi absolu. Or depuis au moins Lord Acton, nous savons que « Le pouvoir tend à corrompre et le pouvoir absolu corrompt absolument »…

    Serge commence par une phase d’exploration et d’apprentissage de son pouvoir avant de rapidement céder à ses vils et bas instincts. Et c’est peu de dire que la pente qu’il emprunte est raide. Il ne fige le temps que pour son bon plaisir, pour voler et accumuler une somme astronomique, pour profiter et abuser des filles, pour s’en donner à cœur joie dans les plus bonnes adresses de Paris, pour dégrader les biens publics ou privés dans un esprit de vengeance, etc. En bref, rapidement, Serge ne s’autorise plus aucune limite. Ce briquet est une aubaine pour un individu qui était en fait un loser et qui n’y voit là que le moyen de prendre sa revanche sur la vie.

    Mais aurions-nous vraiment fait mieux ? Qui ne plierait pas le monde à sa volonté s’il en avait la possibilité ? L’impasse-temps est un roman grinçant qui met à nu notre combat permanent contre les pulsions les plus obscures de nos personnalités. Il y a quelque chose de fascinant et de gênant à la fois à suivre Serge dans ce qui ressemble à une fuite en avant. Jusqu’où peut-il aller, peut-il s’enfoncer ? Cette allégorie du pouvoir nous captive autant qu’elle nous révulse parce que nous voyons notre face sombre révélée et c’est assez subversif. «  Les incorruptibles sont peut-être ceux que personne n’a essayé de corrompre ». C’est un gros coup de pied dans la bienséance.

    Dominique Douay arrive à entraîner le lecteur dans la roue de Serge et à ne pas le perdre en route jusqu’au bout du livre. Il ne s’essouffle pas et dépasse une exposition classique pour atteindre son rythme de croisière. Il se passe à raison d’explications sur le pouvoir du briquet et ce n’est pas si dommageable qu’il emprunte une piste peu heureuse au sujet du prix « physique » à payer par Serge pour l’utilisation du briquet. L’essentiel est en effet ailleurs, pas nécessairement dans cet épilogue qui n’est pas forcément à la hauteur – mais quel dénouement aurait vraiment pu convenir ceci-dit ?

    Le plus important, c’est que Serge découvre que la revanche que lui offre ce pouvoir est une voie sans issue. Il ne lui donne pas la reconnaissance qu’il souhaite. Au contraire, il découvre au fur et à mesure l’usure du pouvoir, la lassitude d’une débauche devenue sa normalité. Il lui faut aller plus loin, toujours plus loin et c’est glauque. Surtout, il finit par s’enfermer dans l’immobilité, comprenant que celle-ci constitue le refuge vers lequel il a toujours eu envie de courir face aux incertitudes, lorsque les changements s’enchaînent, que les épreuves surviennent… Serge, ce perdant ordinaire, réalise en fait qu’il a besoin de ce pouvoir pour échapper à la vie. Triste.

    De la bonne S.F.

    Efficace.