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Science-Fiction

  • Des milliards de tapis de cheveux – Andreas Eschbach

    Des-milliards-de-tapis-de-cheveux.jpgDes milliards de tapis de cheveux est un super page-turner qui arrive à tenir son lecteur en haleine au sujet d’un étonnant mystère qui est au centre de son intrigue. Pourquoi depuis plusieurs siècles, des hommes tissent-ils de père en fils des tapis de cheveux pour orner le palais d’un empereur dont les rumeurs annoncent la chute ? Pour le savoir, il faut aller au bout de ce roman de facture très classique qui fait néanmoins preuve d’une certaine habileté dans sa construction.

     Chacun des chapitres est une brique savamment rajoutée à l’édifice de ce mystère. D’abord pour le mettre en place puis pour le dévoiler progressivement. A chaque chapitre, un nouveau personnage est introduit : un rouage de cette planète ou de l’empire, une facette de ce monde imaginé et dessiné par Andreas Eschbach. Chaque chapitre est ainsi presqu’une petite histoire autonome qui entretient pourtant des liens avec le chapitre précédent et toute l’œuvre.

    Jolie petite mécanique de suspens dotée d’un certain sense of wonder qui fait mouche, des milliards de tapis de cheveux ne s’embarrasse pas des personnages qui passent comme des étoiles filantes. Pas la place pour de la psychologie ou pour leur donner un peu plus d’épaisseur que cela. Ils sont au service du mystère des tapis de cheveux. Pas non plus vraiment de la place pour l’écriture, on est plutôt à la recherche d’une certaine efficacité. Pour le reste on repassera. Andreas Eschbach ne fait pas non plus dans la finesse en ce qui concerne l’enchaînement de son histoire qui avance à coups de sabots pas toujours très fins et avec des ficelles parfois trop visibles.

    Au final ? Un petit clin d’œil, un peu d’humour pour conclure ce grand mystère difficile à deviner. Des milliards de tapis de cheveux n’a en fait pas grand-chose à nous dire mais c’est un ouvrage assez imaginatif, avec une idée plutôt originale et qui est assez bien ficelé pour qu’on ne voie pas passer le temps.

    Gros succès de librairie.

    Divertissant sans plus.

  • Ceres et Vesta – Greg Egan

    ceres vesta.jpgCérès et Vesta sont deux astéroïdes et planètes naines situées dans la ceinture de Kuiper aux confins de notre système solaire. Elles constituent le cadre de ce court roman de Greg Egan. Colonisées par les humains dans un futur indéterminé, elles vivent l’une grâce à l’autre en se fournissant de la roche contre de la glace. Cet équilibre à priori harmonieux est cependant mis à mal par des remous sur Vesta. A l’initiative d’une minorité remuante, une partie de ses citoyens, les Sivadier, se voit infliger une taxe supplémentaire en raison d’une participation jugée limitée de ses ancêtres à la colonisation de l’astéroïde. Transformés en citoyens de seconde zone, persécutés, une partie des Sivadier mène des actions de résistance alors que l’exil clandestin vers Cérès s’avère être de plus en plus l’unique voie de secours. Peu importe si le voyage pour atteindre l’accueillante voisine est long - trois ans -, périlleux - au milieu des astéroïdes -, effectué dans des conditions difficiles et que Vesta se met à les poursuivre.

    Ce petit récit de Greg Egan a quelque chose de très actuel et d’universel. Il est facile de faire une analogie entre la situation des habitants de Vesta et les problèmes de migrants, en Europe, aux Etats-Unis ou ailleurs. Il en va de même pour la stigmatisation d’une partie de sa population par Vesta. Cette contemporanéité fait la force d’un texte qui dénonce clairement toutes les formes de ségrégation et qui met en scène avec une certaine habileté le dilemme moral que pose l’accueil de ces réfugiés via le personnage d’Ana, une habitante de Cérès placée aux premières loges de cette situation épineuse. L’humanisme mis en avant par Greg Egan et l’avertissement face aux résurgences des extrémismes dans un cadre légal parlent au lecteur. Si le propos est juste, le récit plutôt bien mené, avec des péripéties qui s’enchaînent assez facilement, Cérès et Vesta souffre un peu de son format court. Les personnages sont tout de même à peine ébauchés et n’incarnent pas assez le propos de Greg Egan. L’habillage hard science-fiction est en revanche bien trop développé pour un récit si bref. D’autres éléments auraient gagné à être plus développés que le charabia futuriste.

    Vite lu, plutôt intelligent. OK.

  • La ménagerie de papier – Ken Liu

    La-menagerie-de-papier.jpgConvaincu par L'Homme qui mit fin à l'histoire, je me suis laissé tenter par ce recueil composé de 19 nouvelles de Ken Liu, auteur multi récompensé par les prix les plus prestigieux de la science-fiction.

    Le résultat est très inégal avec quelques nouvelles excellentes (comme La ménagerie de papier, Renaissance, Mono no aware, Le peuple de Pélé...) qui côtoient des productions plus ordinaires et même quelques écrits sans intérêt ou ratés (Emily vous répond, Nova Verba, Mundus Novus, la forme de la pensée…). Il faut néanmoins souligner l’ambition de Ken Liu qui s’essaie sans complexe à la plupart des thèmes de la science-fiction, en y insérant une bonne dose de créativité et un art plutôt maîtrisé de la narration. Quelques éléments de culture asiatique accompagnent ces nouvelles pour ne rien gâcher à l’affaire. Il est dommage que certaines nouvelles confinent au banal en raison d’une trop grande brièveté ou d’un manque de matière quand ce n’est pas d’une réelle originalité.

    Un recueil qui est recommandable, riche et porteur de pépites, sans pour autant emporter totalement l’adhésion.

     

    Pour le détail des nouvelles, dans le désordre :

     Renaissance : Excellente nouvelle sur un choc de civilisations entre la Terre et une autre civilisation autour de la personnalité. Une manière originale d’interroger les notions de conscience, de mémoire, de pardon. Nouvelle très inventive.

    La Ménagerie de papier : Nouvelle d’une grande beauté, qui donne son titre au recueil. Quelque part entre le fantastique et l’intime, cette nouvelle décrit une trajectoire individuelle marquée par la différence culturelle, l’intégration, l’apprentissage et la recherche identitaire.

    Avant et après :  L’exemple d’une nouvelle avec une idée forte sur l’avant et l’après d’un évènement majeur mais qui souffre finalement de sa brièveté ainsi que d’une exécution quelconque à travers un monologue intérieur finalement très pauvre.

    Emily vous répond : Dans la lignée de la nouvelle Avant et après, celle-ci est trop courte et trop banale pour arriver à traiter correctement son sujet : l’amour à une ère où il est possible de provoquer une amnésie sélective chez l’individu (idée empruntée à Eternal sunshine of a spotless mind ?)… Le choix de prendre la forme d’un courrier du cœur n’est sans doute pas idéal. La chute laisse insensible.

    Mono No Aware : Superbe nouvelle, dotée d’une grande intensité dramatique et émotionnelle et qui bénéficie de l’insertion réussie d’éléments de la culture traditionnel japonaise. Comment sauver une mission spatiale d’évacuation au prix de grands sacrifices.

    Le Golem au GMS : Nouvelle finalement plutôt faible basée sur un dialogue entre une petite fille et un Dieu. Elle est pénalisée par un humour et une ironie qui fonctionnent à peine. Le traitement original du thème du golem souffre par exemple de la comparaison avec la nouvelle Soixante-douze lettres de Ted Chiang…

    Les algorithmes de l’amour : Nouvelle assez poignante sur la perte d’un être cher. L’absence de point de vue novateur sur le thème du robot n’en altère pas la qualité.

    Nova Verba, Mundus Novus : Une nouvelle trop brève qui laisse sur la faim et qui n’exploite pas assez les possibilités autour du langage et de la découverte.

    Faits pour être ensemble : Une nouvelle finalement très conventionnelle et en deçà des enjeux que peut représenter l’emprise du big data et d’une compagnie dans le style d’un des GAFA sur les existences individuelles. 

    Trajectoire : Nouvelle plutôt convaincante et originale sur le thème de l’immortalité et de ses conséquences. Elle bénéficie d’un personnage principal et d’un angle intéressants. Les thèmes de la mémoire, de la longévité, de la parenté sont abordés avec intelligence et subtilité.

    La Peste : Une des meilleures nouvelles très brèves de ce recueil. Elle est percutante et arrive en peu de pages à évoquer une forme d’apocalypse, une évolution originale de l’humanité et le thème de l’incommunicabilité et de l’altérité.

    L'Erreur d'un seul bit : Nouvelle assez faible sur la croyance dans la religion. Un peu trop longue, la nouvelle se perd dans un charabia informatique et reste assez plate.

    Le peuple de Pélé : Très bonne nouvelle sur le mode d’une brève épopée d’exploration spatiale humaine, avec un zeste de politique. Elle bénéficie d’une bonne exécution de son idée centrale et d’un final fort. Intelligent.

    L'Oracle : Sur le thème de la prédestination et de la précognition, une nouvelle assez classique mais plutôt bien écrite et plaisante qui vaut le détour.

    Les Vagues : Nouvelle finale un peu brouillonne sur l’acceptation de la mortalité et l’évolution de l’espèce humaine vers une autre forme radicalement différente. Les personnages n’arrivent pas à porter cette nouvelle qui est en définitive désincarnée.

    La Plaideuse : Nouvelle de bonne facture, en mode enquête policière originale et incluant des éléments de culture asiatique. Plaisante, sans plus.

    Le Journal intime : La lecture du journal intime de son mari bouleverse la vie de Laura. Nouvelle assez faible qui n’arrive pas à dire quelque chose de pertinent ou d’original autour du couple, de la perte de repères et de confiance. Un peu artificielle.

    La Forme de la pensée : Une des longues nouvelles du recueil. Un raté malgré la grande ambition de Ken Liu. Un condensé pas assez original et maîtrisé autour de la rencontre avec une espèce à l’intelligence radicalement différente. La réflexion autour du langage n’est pas brillamment illustrée et la profonde remise en question de l’humanité reste évasive. Déception.

    Le Livre chez diverses espèces : Idée plutôt intéressante et résumée dans le titre de la nouvelle. Une certaine inventivité et de l’amusement autour du livre et donc de la pensée, du langage et de la mémoire. Rien d’inoubliable non plus…