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Littérature Egyptienne

  • J'aurais voulu être égyptien - Alaa El Aswany

    Alaa Elaswany.jpgAprès l’immeuble Yacoubian, immense succès de librairie déjà chroniqué sur ce site, ce recueil de nouvelles est ma deuxième rencontre avec l’écrivain égyptien Alaa El Aswany. J’aurais voulu être égyptien se compose en fait d’une très longue nouvelle principale, Celui qui s’est approché et qui as vu, et de quelques autres très courtes nouvelles d’à peine quelques pages qui semblent simplement l’accompagner pour donner un peu d’épaisseur au recueil. Ce n’est malheureusement pas suffisant car J’aurais voulu être égyptien est un livre peu marquant et qui est rapidement oublié. L’ensemble est assez quelconque même si la nouvelle principale arrive un peu à se dégager.

    Le fait que la nouvelle principale ait été interdite de publication par l’office du livre égyptien pour cause d’insulte au pays ne suffit pas à lui accorder beaucoup de crédit. C’est une nouvelle qui est intéressante en raison de la véhémence que montre Issam, son personnage principal, à l’égard de son pays. La critique acerbe du pays et des maux qui le frappent sont instantanément saisissants. Cette détestation qu’a Issam, de lui-même et de l’Egypte, est contrebalancée par un amour inconsidéré de tout ce qui vient de l’occident. C’est un élément fort du récit qui est cependant handicapé par une certaine naïveté du récit dans sa conduite, dans ses situations et dans ses dialogues. La figure d’Issam est néanmoins attachante par sa folie, son désespoir et son jusqu’au-boutisme. Il est dommage qu’elle ne puisse pas plus se développer et s’épaissir à travers la nouvelle. Tout cela est très juste…

    Les autres nouvelles, très brèves, apparaissent parfois comme des ébauches convoquées là faute de mieux. Souvent en lien avec l’enfance ou l’adolescence, apparaissant parfois comme des souvenirs du romancier égyptien, elles sont parfois cocasses, avec une petite touche morale, sans que cela ne suffise. Il n’y a pas de véritable art de la chute, ni assez d’habileté stylistique ou narrative pour que ces nouvelles s’imposent.

    Bof. Passer son chemin.

  • L’immeuble Yacoubian – Alaa El Aswany

    20331.jpgPlus qu’un immeuble, Alaa El Aswany évoque l’Egypte de la fin du XXème siècle à travers l’histoire de certains des habitants du mythique Yacoubian, au Caire. C’est un roman polyphonique avec des personnages choisis pour représenter plusieurs facettes du pays dans un ballet au tempo crescendo, avec une atmosphère empreinte de nostalgie du passé, de mal-être du présent et d’inquiétude pour le futur.

    Voici donc le vieil et intrépide séducteur Zaki Dessouki. Mémoire d’une Egypte qui n’est plus, cosmopolite, ouverte et tolérante, le riche homme cherche l’amour alors que d’autres en veulent à son argent. Il faut dire qu’on en manque cruellement dans les couches populaires. La plantureuse Boussaïna Sayed en sait quelque chose, elle qui est obligée pour aider sa famille et travailler, de subir les assauts des mâles désirants qui abusent de leur pouvoir. Si seulement l’amour du jeune Taha El Chazli pouvait lui suffire et préserver son innocence. Seulement voilà, cet élève brillant est freiné dans ses rêves par la corruption et le poids de son ascendance sociale. Comment ne pas être frustré par pareille injustice ? Comment ne pas se jeter dans les bras de ces Cheikhs qui vantent le Djihad ? C’est qu’ils n’ont au moins pas tort quand ils crachent sur une société corrompue qui permet à des personnages comme le Hadj Azzam d’investir le champ politique, de s’élever encore plus avec des trafics en tous genres, des magouilles économiques et électorales au sein d’un régime dictatorial aux mains sales et ensanglantées. Argent, amour et religion, la sainte trinité au cœur des relations entre Hatem Rachid et Abou et tous les personnages.

    La force du roman d’Alaa El Aswany est d’être quelque part une mini saga qui s’appuie sur des ressorts classiques – amour, argent, ambition, famille, trahison, religion, etc. – pour captiver le lecteur et dénoncer en même temps les maux qui gangrènent la société égyptienne – corruption, népotisme, islamisme rampant, sexisme… Alaa El Aswany n’hésite pas  à évoquer l’homosexualité, le priapisme ou d’autres questions brûlantes en terres d’Islam de manière directe. Malgré tout l’immeuble Yacoubian n’est pas vraiment un chef d’œuvre et un sentiment d’inachevé est ressenti quand le livre se referme.

    Si on a l’impression qu’il manque quelque chose au livre malgré le plaisir de lecture, c’est d’abord parce que l’ensemble est tout de même assez convenu, assez prévisible dans ses mécaniques et ses intentions. A vrai dire, il y a un léger manque de complexité, pas dans les intrigues et leur enchevêtrement qui sont maîtrisés, mais dans les sujets abordés. Parfois on a l’impression qu’on ne va pas assez loin. Il y a peut-être aussi un peu trop de personnages de sorte qu’on n’a pas toujours la sensation qu’ils sont creusés et ils restent pour certains plutôt lisses. La faute à cette légère ambiance eau de rose qui est parfois présente, façon saga justement, au happy end de certains personnages, à quelques situations qui auraient pu ouvrir des voies plus originales.

    Facile à lire, OK.