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Littérature Egyptienne

  • Karnak – Naguib Mahfouz

    karnak mahfouz.jpgPublié en 1974, Karnak est un court roman de Naguib Mahfouz, prix Nobel de littérature égyptien de 1988. Il est construit autour du café éponyme, typique de certains cafés du Caire où les intellectuels commentaient incessamment l’actualité. Il raconte les désillusions qui ont traversé la société égyptienne dans les années soixante, après le coup d’état nationaliste de Gamal Abdel Nasser. Il dénonce de manière frontale les dérives du régime qui n’a pas su tenir les promesses de la révolution.

    Chacune des quatre parties de Café Karnak déroule le fil d’une Egypte qui s’est perdue à partir de quatre personnages. Qurunfula la superbe tenancière du café, ancienne danseuse orientale, est le symbole d’une Egypte passée qui n’est plus et qu’adulent encore ceux qui l’ont connue. Elle offre son aile à Ismaïl et à Zayna, deux jeunes amoureux dont l’histoire d’amour est violemment interrompue. Soupçonné d’appartenir aux frères musulmans, le premier est arrêté abusivement, torturé et forcé de devenir un indicateur quand la seconde est violée pour les mêmes raisons. Le tout étant organisé par Khalid, leur bourreau qui finit par être lui aussi victime de la machine de l’oppression d’un régime devenu un peu fou.

    Il y a une certaine naïveté touchante dans la manière dont Naguib Mahfouz met en scène ses personnages. Leur chute brutale est une illustration juste des failles du régime de Nasser. En peu de pages, un constat dur, amer et fataliste de cette Egypte est dressé. Ce n’est pas la défaite lors de la guerre de six jours qui peut l’atténuer. Naguib Mahfouz arrive à retranscrire avec simplicité l’atmosphère unique d’un café cairote. Le roman n’en est que plus vivant, bénéficiant déjà d’une narration qui fait surtout la part belle aux dialogues.

    Un roman encore actuel. Adapté au cinéma par Aly Badrakhan.

    OK.

  • La chambre n°12 et autres nouvelles – Naguib Mahfouz

    Chambre 12.jpgCe recueil est une création composée à partir de 18 nouvelles issues de d’autres recueils de l’écrivain égyptien prix Nobel de littérature 1988. L’ensemble dégage néanmoins une certaine unité, la plupart des nouvelles sont ainsi construites autour des thèmes récurrents de la vengeance, du meurtre, de la malédiction et de la déchéance.

    Elles dégagent toutes également une certaine atmosphère qui mêle chaleur, poussière, désert, ambiance de quartiers populaires et qui est empreinte d’un certain mysticisme. Elles constituent une vision kaléidoscopique de l’Egypte de la date de parution des différents recueils, entre 1962 et 1984.

    L’ensemble est varié et met en valeur le talent de Naguib Mahfouz pour aborder une multitude de thèmes, généralement autour de la vie de la cité et des valeurs traditionnelles, tout en se renouvelant dans les nouvelles. Celles-ci sont néanmoins plutôt inégales même si plusieurs d’entre elles sortent du lot et font montre d’un art recherché de la chute.

    Certaines nouvelles marquent par leur absurde, leur mise en lumière de la vanité des choses (La mosquée du quartier, Le seigneur et le maître, Handhal et le policier, une parole mal comprise, le désert…), d’autres par leur drôlerie ou leur caractère intrigant (La lettre, la rencontre, la chambre n°12…) alors qu’un peu moins de la moitié tombent à plat (le tueur, contre X, le rêve de minuit, la peur, vague de chaleur…).

    Possible porte d’entrée sur l’œuvre de Naguib Mahfouz.

    OK.

  • J'aurais voulu être égyptien - Alaa El Aswany

    Alaa Elaswany.jpgAprès l’immeuble Yacoubian, immense succès de librairie déjà chroniqué sur ce site, ce recueil de nouvelles est ma deuxième rencontre avec l’écrivain égyptien Alaa El Aswany. J’aurais voulu être égyptien se compose en fait d’une très longue nouvelle principale, Celui qui s’est approché et qui as vu, et de quelques autres très courtes nouvelles d’à peine quelques pages qui semblent simplement l’accompagner pour donner un peu d’épaisseur au recueil. Ce n’est malheureusement pas suffisant car J’aurais voulu être égyptien est un livre peu marquant et qui est rapidement oublié. L’ensemble est assez quelconque même si la nouvelle principale arrive un peu à se dégager.

    Le fait que la nouvelle principale ait été interdite de publication par l’office du livre égyptien pour cause d’insulte au pays ne suffit pas à lui accorder beaucoup de crédit. C’est une nouvelle qui est intéressante en raison de la véhémence que montre Issam, son personnage principal, à l’égard de son pays. La critique acerbe du pays et des maux qui le frappent sont instantanément saisissants. Cette détestation qu’a Issam, de lui-même et de l’Egypte, est contrebalancée par un amour inconsidéré de tout ce qui vient de l’occident. C’est un élément fort du récit qui est cependant handicapé par une certaine naïveté du récit dans sa conduite, dans ses situations et dans ses dialogues. La figure d’Issam est néanmoins attachante par sa folie, son désespoir et son jusqu’au-boutisme. Il est dommage qu’elle ne puisse pas plus se développer et s’épaissir à travers la nouvelle. Tout cela est très juste…

    Les autres nouvelles, très brèves, apparaissent parfois comme des ébauches convoquées là faute de mieux. Souvent en lien avec l’enfance ou l’adolescence, apparaissant parfois comme des souvenirs du romancier égyptien, elles sont parfois cocasses, avec une petite touche morale, sans que cela ne suffise. Il n’y a pas de véritable art de la chute, ni assez d’habileté stylistique ou narrative pour que ces nouvelles s’imposent.

    Bof. Passer son chemin.