Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Littérature Egyptienne

  • Son excellence – Naguib Mahfouz

    Excellence Mahfouz.jpgSon excellence est une fable sur l’attente et sur l’ambition en même temps qu’un regard sur la tradition bureaucratique de l’Egypte. Elle raconte l’histoire d’Othmân Bayyoumi, un homme d’origine modeste qui s’extraie de son milieu et se fraie un chemin jusqu’aux plus hautes fonctions de l’administration à force d’ascèse et de travail acharné, ce quasiment au détriment de toute existence privée.

    Rien ne compte au final dans l’existence du personnage principal, à par cet objectif ultime vers lequel il est entièrement tendu, celui de devenir directeur général. Toute sa vie est ordonnée et en fait totalement rongée par le travail et par les exigences du monde bureaucratique égyptien. Le prix à payer pour cette ambition se révèle évidemment bien trop élevé pour un Othmân Bayyoumi qui finit par se confondre avec sa trajectoire professionnelle.

    « Un trop long sacrifice change le cœur en pierre » (W.B. Yeats) et Othmân Bayyoumi se déshumanise complètement au fur et à mesure qu’il évolue vers son objectif. Celui-ci étant par ailleurs plus une source de frustration que de satisfaction ou d’épanouissement. Naguib Mahfouz en profite pour faire un portrait acide de la bureaucratie égyptienne. C’est un univers légèrement kafkaïen, archaïque, gangrené par le népotisme, une sclérose, une certaine incompétence et capable de se transformer en désert des tartares (Dino Buzzati). Il distille un climat oppressant de désuétude, de lourdeur, de componction qui atteint aussi bien Othmân Bayyoumi que le lecteur…

    Simple, plutôt agréable à lire et efficace, doté d’un personnage principal plutôt fascinant et d’un certain regard distancié et ironique sur ce morceau spécifique de l’Égypte que constitue son administration publique, Son excellence est Un Mahfouz en mode mineur.

    OK.

  • Karnak – Naguib Mahfouz

    karnak mahfouz.jpgPublié en 1974, Karnak est un court roman de Naguib Mahfouz, prix Nobel de littérature égyptien de 1988. Il est construit autour du café éponyme, typique de certains cafés du Caire où les intellectuels commentaient incessamment l’actualité. Il raconte les désillusions qui ont traversé la société égyptienne dans les années soixante, après le coup d’état nationaliste de Gamal Abdel Nasser. Il dénonce de manière frontale les dérives du régime qui n’a pas su tenir les promesses de la révolution.

    Chacune des quatre parties de Café Karnak déroule le fil d’une Egypte qui s’est perdue à partir de quatre personnages. Qurunfula la superbe tenancière du café, ancienne danseuse orientale, est le symbole d’une Egypte passée qui n’est plus et qu’adulent encore ceux qui l’ont connue. Elle offre son aile à Ismaïl et à Zayna, deux jeunes amoureux dont l’histoire d’amour est violemment interrompue. Soupçonné d’appartenir aux frères musulmans, le premier est arrêté abusivement, torturé et forcé de devenir un indicateur quand la seconde est violée pour les mêmes raisons. Le tout étant organisé par Khalid, leur bourreau qui finit par être lui aussi victime de la machine de l’oppression d’un régime devenu un peu fou.

    Il y a une certaine naïveté touchante dans la manière dont Naguib Mahfouz met en scène ses personnages. Leur chute brutale est une illustration juste des failles du régime de Nasser. En peu de pages, un constat dur, amer et fataliste de cette Egypte est dressé. Ce n’est pas la défaite lors de la guerre de six jours qui peut l’atténuer. Naguib Mahfouz arrive à retranscrire avec simplicité l’atmosphère unique d’un café cairote. Le roman n’en est que plus vivant, bénéficiant déjà d’une narration qui fait surtout la part belle aux dialogues.

    Un roman encore actuel. Adapté au cinéma par Aly Badrakhan.

    OK.

  • La chambre n°12 et autres nouvelles – Naguib Mahfouz

    Chambre 12.jpgCe recueil est une création composée à partir de 18 nouvelles issues de d’autres recueils de l’écrivain égyptien prix Nobel de littérature 1988. L’ensemble dégage néanmoins une certaine unité, la plupart des nouvelles sont ainsi construites autour des thèmes récurrents de la vengeance, du meurtre, de la malédiction et de la déchéance.

    Elles dégagent toutes également une certaine atmosphère qui mêle chaleur, poussière, désert, ambiance de quartiers populaires et qui est empreinte d’un certain mysticisme. Elles constituent une vision kaléidoscopique de l’Egypte de la date de parution des différents recueils, entre 1962 et 1984.

    L’ensemble est varié et met en valeur le talent de Naguib Mahfouz pour aborder une multitude de thèmes, généralement autour de la vie de la cité et des valeurs traditionnelles, tout en se renouvelant dans les nouvelles. Celles-ci sont néanmoins plutôt inégales même si plusieurs d’entre elles sortent du lot et font montre d’un art recherché de la chute.

    Certaines nouvelles marquent par leur absurde, leur mise en lumière de la vanité des choses (La mosquée du quartier, Le seigneur et le maître, Handhal et le policier, une parole mal comprise, le désert…), d’autres par leur drôlerie ou leur caractère intrigant (La lettre, la rencontre, la chambre n°12…) alors qu’un peu moins de la moitié tombent à plat (le tueur, contre X, le rêve de minuit, la peur, vague de chaleur…).

    Possible porte d’entrée sur l’œuvre de Naguib Mahfouz.

    OK.