23.06.2009
Un bébé pour Rosemary - Ira Lévin
Rosemary emménage avec son ami Guy dans un vieil immeuble New-yorkais dans les années 60. Ils font fi de la mauvaise réputation du lieu qui aurait abrité entre autres des rites de magie noire. Ce qui s'avère être un bon choix puisque Guy commence enfin à percer dans le cinéma en tant qu'acteur, que les voisins sont chaleureux, très attentionnés et surtout que Rosemary tombe rapidement enceinte.
Rosemary's baby est un livre très lent qui a un atout majeur pour lui: son atmosphère. Très vite, le lecteur ressent quelque chose de malsain autour de ce couple. Il y a comme une ombre qui rôde autour d'eux. Quelque chose cloche et dérange le lecteur qui arrive rarement à échapper à une sensation d'inconfort et de mauvais pressentiment. Le talent d'Ira Lévin est de ménager son suspens et de faire mariner son lecteur dans cette atmosphère progressivement plus oppressante.
Dans Rosemary's Baby, on est très loin de l’exubérance rédhibitoire ou de l’imaginaire foisonnant qui sont souvent accolés au fantastique. Le socle ici est bien réel et la narration de facture classique. Seulement voilà, le lecteur ne peut s'empêcher de se demander qui sont ces voisins trop attentionnés, voire envahissants ? Que veulent-ils vraiment, quelles sont leurs intentions ? Les soupçons sont omniprésents et l'inquiétude gagne concernant le couple. Qu'arrive t-il à Guy ? Et à Rosemary ? Et leur bébé ?
Il est vraiment dommage que le livre s'étire sur la fin et que le dénouement soit plutôt raté, peu convaincant. Cela met un grand bémol à ce qui est néanmoins une petite réussite dans le genre fantastique.
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13.05.2009
American gods - Neil Gaiman
Ombre sort de prison quelques jours plus tôt que prévu. Motif : sa femme, sa chère Laura, est morte dans un accident de voiture…le sexe de Robbie, son meilleur ami qui lui avait promis du travail dans sa salle de sport, dans la bouche. Que pouvait-il arriver de pire à Ombre à ce moment là sinon de s’engager auprès de Voyageur, un vieil excentrique qui a décidé de mener une homérique bataille d’un autre temps et d’un autre univers ?
Neil Gaiman a remporté avec American Gods les prix Hugo, Nébula, Locus et Bram Stoker parce qu’il a eu une idée de génie : que peuvent bien peser les dieux anciens, ceux des mythologies étrangères (scandinaves, africaines, asiatiques, indiennes), une fois ramenés sur la terre des Etats-Unis par les immigrants face aux nouveaux dieux qui ont émergé de la victoire de la technologie et de la civilisation moderne ? C’est une intuition brillante de saisir l’étiolement des mythes et fantaisies ancestraux qui se sont effondrés, ont été oubliés, et qui agonisent dans le kitsch avec la disparition des cultures qui leurs sont associées, des rites et des sacrifices. Odin, Kali, Ananzè et les autres sont devenus des hères embourbés dans la réalité quotidienne d’une Amérique sans pitié, survivant dans le souvenir de leur glorieux passé. Ils tentent dans un dernier sursaut de reconquérir un peu de leur lustre d’antan face aux nouveaux dieux qui peuplent l’Amérique, dans un conflit sanguinaire et cataclysmique qui semble inéluctable.
Neil Gaiman redonne vie aux dieux anciens qui deviennent des personnages complexes et tourmentés. Il les intègre ainsi que leurs mythologies dans une réalité multiple et fantastique. Il arrive à créer un univers mythologique unique doté de sa propre eschatologie qui tient en haleine le lecteur et donne sens à cette grande aventure. American Gods est riche de trouvailles comme les récits de fins de chapitre qui racontent les arrivées de différents immigrants avec leurs dieux et leurs croyances à travers toutes les vagues d’immigration des Etats-Unis. Et pourtant tout en étant un bon livre, il n’est pas le chef d’œuvre ultime proclamé. S’il est une réussite créative concernant les dieux et les mythologies anciennes, il est assez faible au sujet des dieux modernes. Il y a un déséquilibre visible entre le traitement des anciens dieux et des modernes. C’est comme si Neil Gaiman était impuissant à vraiment saisir les mythologies contemporaines ainsi qu’il l’a fait pour les ancestrales. A part Internet, la télévision et les médias – qui ne sont pas non plus très recherchés, ni intéressants – les dieux contemporains sont bien pâles et inexistants – Bois, Ville, etc. Cette dichotomie est d’autant plus gênante qu’elle fait perdre de la force et de la profondeur à ce combat de dieux qui ne devient plus qu’une affaire d’intérêts dont on extrait un peu moins de matière à réflexion sur les destinées, les transformations, les trajectoires des mythologies, cultures, sur l’immigration et les illusions modernes que l’on ne pourrait.
Il apparaît clairement qu’American Gods est plus une formidable machine narrative à suspens et à aventures même si quelques longueurs sont à déplorer. Le lecteur exigeant sera aussi moins enthousiaste que d’autres devant quelques facilités ou effets de manche dans l’intrigue, notamment dans le dénouement, avec les révélations sur Ombre, le village de Lakeside ou encore la grande bataille tant attendue. American Gods n’en demeure pas moins un solide ouvrage fantastique, avec d’excellentes idées et qui offre un plaisir de lecture certain.
10:35 Publié dans Fantastique, Littérature Anglaise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mythologie, matérialisme, americana

