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Nouvelles

  • Le rapporteur et autres récits – Carlos Liscano

    Le-rapporteur-et-autres-recits.jpgJ’avais été séduit par Le fourgon des fous et La route d’Ithaque, les 2 précédents romans de Carlos Liscano que j’ai découverts il y a quelques années. Je le suis moins par ce recueil de nouvelles. La plupart portent pourtant en elles les thèmes principaux de l’œuvre de l’écrivain uruguayen ou renvoient à son  histoire personnelle tourmentée. Y sont donc évoquées directement ou par allusion, l’oppression d’un individu par un régime autoritaire mais aussi la confrontation à la précarité entre autres. Ces nouvelles n’en demeurent pas moins globalement inabouties ou un peu brouillonnes, parfois comme des œuvres encore à l’état embryonnaire.

    A quelques exceptions près, je suis resté sur ma faim sur l’art de la nouvelle de Carlos Liscano. Le rapporteur et autres récits n’est pas la meilleure illustration de l’art de la chute, ni du condensé du récit et du sens qu'exigent la nouvelle. Il y a malgré tout une certaine variété dans la mesure où l’écrivain uruguayen s’essaie à différentes formes de textes courts (monologue, fable, récit, journal…). Ce n’est pas suffisant pour convaincre malgré des atmosphères absurdes, parfois un peu kafkaïennes.  On sent à plusieurs reprises que l’auteur s’est amusé à écrire ces histoires courtes et qu’il essaie de jouer avec son lecteur sans complètement y arriver.

    Juste pour ressortir une nouvelle: le rapporteur, principal récit (en volume au moins) qui donne son titre au recueil, ressemble surtout à un brouillon des autres œuvres de Carlos Liscano évoquant ses années de prison et de torture sous la dictature uruguayenne.

    Pas vraiment convaincant.

    Passons.

  • L’Iguifou, nouvelles Rwandaises –Scholastique Mukasonga

    Iguifou.jpgCes nouvelles de Scholastique Mukasonga sont un parfait écho à son livre Inyenzi ou les cafards. Elles auraient pu prendre place dans ce dernier, s’intercaler entre quelques chapitres de l’autobiographie de l’auteur pour donner encore plus de chair –si c’est possible - à son récit. Bien entendu il n’est pas besoin d’avoir lu Inyenzi ou les cafards pour reconnaître la valeur et l’intérêt de ces nouevlles.

    Dans la nouvelle éponyme, l’Iguifou, Scholastique Mukasonga raconte la faim, celle d’une enfant au bord de la défaillance tout simplement parce qu’elle n’a pas assez à manger. Cette faim dont elle nous dit les tourments a pour cadre, la période durant laquelle l’auteur a vécu en tant que déportée ethnique dans la région de Nyamata au Rwanda à la fin des années 50.

    La nouvelle, la peur, essaie de traduire ce que c’est que de vivre dans la peau d’un Tutsi, de ressentir la peur, de vivre avec elle constamment vissée à ses entrailles, parce qu’à tout moment, on peut être la victime d’un Hutu. Après tout, on n’est jamais que des Inyenzi ou des cafards. Scholastique Mukasonga dit comment la peur marque, conditionne envahit tout l’espace mental et reste quelque part nichée dans la mémoire, peut-être pour toujours. Elle en profite aussi pour dire les exactions qui sont à l’origine de cette peur vorace.

    Le malheur d’être belle est à mes yeux, la nouvelle la moins intéressante. Elle raconte l’histoire d’Helena, une fille Tutsi, maudite d’une certaine façon en raison de sa beauté et qui connaît une trajectoire glauque vers les limbes, à base d'exil, de prostitution, d'exactions. Un destin à la Hubert Selby Jr – remember Tralala in Last exit to Brooklyn - façon Rwanda, dimension ethnique en plus.

    Le deuil est une nouvelle qui renvoie à la dernière partie du livre Inyenzi ou les cafards. Elle raconte comment Scholastique Mukasonga a fait face au génocide et au deuil qu’il implique, alors qu’elle était loin de chez elle. Les tourments du deuil et du retour au pays, pour ses morts, ceux dont les noms sont inscrits sur la feuille de papier, c'est la substance de cette nouvelle.

    La gloire de la vache est une nouvelle qui raconte l’importance de la vache dans la culture Tustsi, et donc la tristesse de ces derniers lorsqu’ils se sont retrouvés exilés à Nyamata sans leurs troupeaux. Comme amputés d’une partie d’eux-mêmes, de leur histoire. Le souvenir des vaches a hanté les déportés. Ils ont essayé de transmettre à leur descendance, ce pan de leur culture lié aux vaches. Où l’on comprend que d’une certaine façon, c’était une première mort, une attaque contre leur culture que de priver ces hommes de leur vaches.

    Un recueil de textes qui marquent par une voix qui dit avec simplicité et force, la douleur, la peur, le mal, le deuil, le souvenir.

  • Dernier noël de guerre – Primo Lévi

    Le-dernier-noel-de-guerre.jpgCe recueil a été constitué de nouvelles de Primo Lévi qui ne font pas partie d’autres recueils mais qui sont parues dans ses œuvres complètes au titre de pages éparses. Et le moins que l’on puisse dire après lecture de ces textes courts est qu’ils sont de natures différentes et donc forcément inégaux.


    Pour commencer par les nouvelles qui me sont apparues comme les moins intéressantes et les moins réussies, je vais évoquer les interviews d’animaux. Primo Lévi se glisse dans la peau d’un journaliste qui interviewe une girafe, une taupe, une araignée ou encore une bactérie logée dans l’intestin humain. En quelques mots : l'humour tombe à plat et ce que ces nouvelles ont à nous dire sur les hommes et leur société est souvent banal, provoque un certain ennui et un profond désintérêt. C’est vraiment dommage que ces nouvelles occupent une place importante dans le recueil.


    Les nouvelles d’inspiration vaguement fantastique, ou encore teintées de science-fiction forment le deuxième contingent du recueil. Si En une nuit possède un certain mystère que je recommande d’explorer et que le Buffet ou encore Etat civil ont des touches plaisantes d’humour et de décalage, Les fans de Spot de Delta Cep s’avère être une nouvelle ratée. Ces nouvelles sont globalement peu marquantes et pas d’une folle originalité.


    Les nouvelles en forme de souvenirs de Primo Lévi sont les plus réussies. La fin du gars de Marineo ou encore la chair de l’ours sont des textes qui portent une certaine intensité, un propos intéressant et font montre d’un art narratif plus captivant à défaut d’originalité. Il n’est pas non plus surprenant que la nouvelle la plus aboutie et la plus marquante du recueil soit celle qui donne son titre à ce dernier. Dernier noël de guerre est un témoignage poignant et fort dans la veine de ceux qui ont fait la notoriété de Primo Lévi – Si c’est un homme, la trêve


    Ce recueil de nouvelles assez décevant peut relancer la question de la valeur des œuvres de Primo Lévi hors témoignages incontournables et capitaux concernant son expérience des camps de la mort.