22.09.2009

L’étranger – L’homme qui rentre au pays – Alfred Schütz

31M4JYT338L__SS500_.jpgCe livre est composé de deux essais qui représentent deux faces d’une même problématique : l’intégration de l’individu dans une société. Alors que L’étranger se penche sur la situation d’un immigrant en terre inconnue, L’homme qui rentre au pays traite du retour au pays natal. Ecrits à la fin de la seconde guerre mondiale les deux essais peuvent être lus à la lumière de l’expérience personnelle du sociologue Alfred Schütz qui a fui sa Vienne natale et l’Hydre nazie pour s’installer aux Etats-Unis en 1940.

A travers l’étranger, Alfred Schütz plonge au cœur d’une problématique vitale pour nos sociétés à l’heure des migrations et des immigrations, du cosmopolitisme, du multiculturalisme et du mondialisme. Le mérite du court essai du sociologue autrichien est de schématiser les processus complexes d’intégration, d’assimilation à l’œuvre pour l’immigrant, mais plus généralement aussi pour tous ceux qui désirent pénétrer un groupe social spécifique. Toute la difficulté tient au fait que la culture est nature pour celui qui la possède. Il n’y fait plus attention, alors que l’étranger doit d’abord se défaire du point de vue extérieur que lui fait avoir sa propre culture et puis faire nature de la culture d’autrui. L’homme qui rentre au pays explique plutôt comment la culture, le « chez soi » d’un homme peut lui devenir étranger. Alfred Schütz prend régulièrement l’exemple du retour du vétéran de guerre au foyer pour souligner la logique propre au retour. Le détachement de sa culture, l’anomie qui peut résulter de l’assimilation d’une autre culture ou de l’éloignement de la sienne sont explicités. L’homme qui rentre au pays n’est plus le même, sa culture non plus. Un processus de réintégration est nécessaire pour qu’il cesse d’être un étranger et pour que tout lui redevienne naturel au sein de sa propre culture.

Si ces deux courts essais n’ont rien de révolutionnaire dans leurs propos aujourd’hui, c’est que, nous sommes bien souvent confrontés à ces deux situations en permanence soit parce que nous sommes fréquemment en contact avec des étrangers ou des hommes qui rentrent au pays, soit parce que nous sommes ces deux archétypes. En permanence. Ces idées sont devenues des évidences, développées dans de nombreuses œuvres littéraires depuis. Le livre d’Alfred Schütz a le mérite de clarifier de manière concise, précise les problématiques inhérentes à ces situations. En peu de phrases, la complexité et l’ambiguïté de l’aventure intérieure de l’étranger ou de l’homme qui rentre au pays sont explorées.

17.06.2009

L’absence - Peter Handke

absence.jpgQuatre personnages, une femme, un joueur, un soldat, un vieillard. Une étrange déambulation dans des paysages campagnards, entre rêve et réalité. Quelques discours abscons, mystérieux. L’absence est un livre étrange. Il s’échine à transmettre des sensations, des perceptions, une grande solitude par une atmosphère onirique et des personnages atypiques. Le problème est que le lecteur est largué. Très vite. Les mots s’enfilent dans le vide. On s’ennuie à l’extrême avec les interminables et méticuleuses descriptions qui constituent l’essentiel du roman. C’est une tentative de roman impressionniste qui ne fait pas mouche. On attend en vain d’accrocher. Peine perdue. Les discours des personnages ne font que nous plonger dans la perplexité. Heureusement que le livre est court et que l’on le referme bien vite avec une certaine incompréhension.

12.06.2009

Le joueur d’échecs - Stefan Zweig

zweig.jpgLe narrateur embarque pour une croisière avec à son bord Czentovic, le champion du monde d’échecs, être fruste, simple, cupide, vaniteux qu’il essaie de rencontrer, puis de battre au jeu. Aucune chance jusqu’à ce qu’intervienne le docteur B., un homme mystérieux, victime d’une expérience horrible menée par les nazis. La dernière nouvelle écrite par Zweig. On reconnaît sa signature. Deux histoires qui s’emboîtent pour donner un récit haletant et inquiétant autour des échecs. Une de ces passions déchirantes que Zweig aime décrire avec un talent unique. Que ce soit chez Czentovic, chez le mystérieux docteur B. ou même chez le narrateur, chez les spectateurs des différentes parties d’échecs, la passion des échecs est omniprésente, mené à un paroxysme et à une folie lorsqu’intervient finalement l’histoire et les affreux remous du national-socialisme. C’est peu de dire que l’on est entraîné le long des pages par la fascination de ces deux personnages atypiques, captivés par leur confrontation et surtout effrayés par le terrible secret du docteur B. Le joueur d’échecs est bien plus qu’une condamnation du régime nazi. Une œuvre symbolique de cet auteur littéralement génial.

29.05.2009

L'angoisse du gardien de but au moment du penalty - Peter Handke

pen.jpgJe n'avais pas été convaincu par le premier roman de Petre Handke que j'avais lu: l'absence. J'ai quand meme récidivé sans doute vaincu par les honneurs qu'il reçoit à tour de bras, par le titre du livre aussi. Mais disons le clairement, mis à part un certain génie du titre - voir sa bibliographie - on se demande bien ce qui peut faire crier au talent quand on lit Peter Handke. Argumentons.

Il n'y a pas d'intrigue dans ce livre, juste la déambulation d'un ancien gardien de but qui se croyant viré de son emploi, erre, étrangle une femme au passage et finit son parcours lors d'un match de foot durant lequel le goal arrête le penalty - mal tiré au demeurant...Je n'ai rien contre les auteurs qui se passent d'intrigue, seulement il faut trouver autre chose à la place, des pensées, des situations, n'importe quoi sauf l'alternative de Peter Handke, c'est à dire des descriptions interminables qui n'ont pas vraiment de sens, ne sont pas liées aux pensées du personnage, à quoi que ce soit. Dire pendant 150 pages que le héros a marché, a mis une pièce dans le juke box, a mangé, a bu un verre, est parti ici, est revenu, etc ce n'est que du vide, une entreprise ridicule. Que peuvent bien avancer les thuriféraires de Peter Handke ? Il déconstruit l'intrigue, le roman, etc ? D'accord, tout est deja déconstruit, il faudrait peut-être penser à construire quelque chose maintenant. Il est un maître de l'absurde ? Ce sont plutot leurs louanges qui paraissent absurdes. Je crois que l'absurde est censé démontrer quelque chose ou dénoncer, réveler. Les intentions de l'absurde de Peter Handke m'échappent totalement. Si c'est de l'absurde pour de l'absurde, soyons bref, je déteste ce genre d'entreprise. Et le style alors, argument fatal qui pourrait faire tenir tout ca, qui pourrait amener le débat vers l'ecriture ? Rien. Le moins que l'on puisse dire est que je ne me pâme pas devant le style de Peter Handke. Il ne génere qu'un ennui profond.

Pour conclure, je vais un peu me moquer de la quatrième de couverture qui parle d'itinéraire interieur au sujet d'un personnage sans intériorité véritable. Elle parle aussi de fausse allure de roman policier certainement à cause du meurtre négligemment jeté au milieu du roman. Enfin elle révèle qu'avec ce livre Peter Handke démontre sa maitrise. De quoi ai-je envie de dire ? Du néant ? Absolument.