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Littérature Chinoise

  • Le vieil homme a de plus en plus d’humour – Mo Yan

    le maitre.pngMaître Ding est ouvrier dans une usine de fabrication de machines agricoles depuis 43 ans lorsqu’il est brutalement licencié à quelques mois de la retraite. Comment faire pour subvenir à ses besoins et conserver sa dignité maintenant qu’il est sans emploi ? Le maître Ding va passer par une phase de déprime et un désarroi compréhensibles avant de voir la fortune lui sourire. La chance du maître Ding, ce sera une vieille caravane abandonnée qu’il va transformer en chambre de passe avec l’aide d’un de ses fidèles compagnons de l’usine.

    Ce très court roman de Mo Yan, sous ses airs à ne pas y toucher, est une critique de la Chine contemporaine déguisée en petit récit ou conte. La scène d’ouverture est à ce titre exemplaire. Des employés d’une usine licenciés sans ménagements, livrés à eux-mêmes, qui doivent en plus subir le cynisme de dirigeants ploutocrates qui n’ont aucune considération pour eux, et qui en appellent à leur dignité. Voici la Chine du capitalisme triomphant, tout puissant, qui abandonne ses meilleurs ouvriers sur l’autel du profit. La critique est aussi dirigée vers l’état, pas vraiment providence, qui laisse faire et est de surcroît incapable de permettre au maître Ding de survivre.

    Mo Yan s’applique ainsi à détruire les images d’Épinal concernant la Chine sans se lancer dans un livre à thèse. Pour montrer à quel point la Chine est loin de certains clichés et a embrassé le capitalisme, il retourne sa situation initiale au profit du maître Ding. Ironiquement, ce dernier devient à son tour un entrepreneur après la découverte de la caravane abandonnée et se met à accumuler du capital. Les valeurs traditionnelles que le maître met en avant et ses réticences par rapport à son commerce bien particulier cèdent finalement rapidement face à l’appât du gain. C’est même un stratège qui essaie d’améliorer son offre que l’on découvre progressivement. Le maître Ding a finalement réussi à s’adapter et à survivre en bon disciple du capitalisme.

    Ecrit dans une langue claire et simple, le livre de Mo Yan est d’une lecture rapide et vaguement agréable qui ne laisse néanmoins pas un souvenir impérissable. Une fois la critique capitaliste mise en œuvre, le livre patine un peu jusqu’à son dénouement abrupt et quelque peu artificiel. Le maître Ding n’a finalement pas tant de choses à dire ni à montrer sur cette Chine tombée dans le capitalisme.

    Un livre au final peu marquant qui finit assez facilement aux oubliettes.

  • Trouée dans les nuages – Chi Li

    550104.jpgMariés depuis 15 ans, Jin et Xeng forment un couple harmonieux et enviable. Ils constituent un idéal de la classe moyenne supérieure chinoise. Ils travaillent tous les deux dans un centre de recherche universitaire et font figure de collègues exemplaires. Seule ombre au tableau, l’impossibilité d’avoir un enfant. C’est du moins ce que l’on est porté à croire avant cette invitation à une soirée entre anciens étudiants qui marque le début du feu destructeur.

    Question d’ailleurs, comment se fait-il que cet élément déclencheur soit complètement délaissé par Chi Li ensuite ? On n’en saura pas vraiment plus sur l’origine de cette missive. Elle comportait pourtant une menace délibérément ignorée par Jin de manière incompréhensible. Qui l’a écrite ? Pourquoi ? Comment Xeng a-t-elle été approchée et informée de certains éléments biographiques de Jin ? Cette ellipse est assez regrettable au regard de la dimension tragique des échanges entre les époux mais aussi du dénouement.

    Chi Li a décidé de se concentrer sur les secrets qui pourrissent depuis longtemps dans les racines de ce couple modèle qui, subitement, est plongé dans une tourmente sans issue. Il n’y a rien à dire, sur ce point là, l’auteur chinois va loin, même très loin. C’est glauque, violent, vicieux, extrême et torturé. Les pages dans lesquelles sont concentrées les révélations sur les histoires des deux protagonistes constituent effectivement un coup de poing dans l’estomac du lecteur. C’est une succession d’estocades qui n’en finissent pas de meurtrir Jin et Zeng dans un paroxysme de violence réciproque et destructrice, d’abord psychologique puis à la fin carrément physique.

    Seulement voilà, une fois dépassé le caractère énorme de ces chocs, révélations multiples, on reste un peu sur sa faim. La conclusion du livre semble un peu bâclée, précipitée et par contraste fait apparaître l’entrée en matière encore plus longue qu’elle ne l’est. Alors que le livre est assez court, il y a étonnement des passages peu convaincants comme les sujets de conversation du couple avec leurs collègues. En fait, Trouée dans les nuages rate la mise en scène de la normalité et le maintien des apparences du couple alors que gronde l’orage chaque soir. Avant l’avalanche des révélations, le face à face du couple manque d’un quelque chose malgré le suspens entretenu et la critique en creux de la société chinoise (persistance de mentalités traditionnelles, arrivisme, opposition ville-campagne, omniprésence de l’état). 

    Pas vraiment convaincu.