23.06.2009
Piazza Bucarest - Jens Christian Grondhal
Voici Scott et Elena, deux portraits, deux solitudes qui se sont rencontrées et qui se sont manquées. C’est leurs vies que nous raconte le narrateur. Il est le fils adoptif de Scott. C’est donc normal qu’il commence par parler de l’existence de celui qui semble être plus un ami, qu’un père.
L’histoire de Scott le mène des Etats-Unis au Danemark. C’est un homme plutôt passif, prude et contemplatif. De ceux qui traversent l’existence sans bruit particulier, se laissant porter par les eaux, en retrait, loin de la course et de la folie du monde. A l’occasion d’un voyage de travail sous la Roumanie de Ceausescu, il rencontre Elena. Elle est sa guide lors de son bref séjour. Alors que ne se profile à l’horizon qu’une hypothétique coucherie sans avenir, Scott fait d’Elena la deuxième femme de sa vie après Vicky, la mère du narrateur. Dans un moment étrange de douce folie, il propose à Elena de l’épouser, uniquement pour le suivre à l’Ouest, pour qu’elle échappe à sa réalité étriquée. Entre donc en scène Elena, deuxième portrait. Cette femme mystérieuse bouleverse la vie de Scott et puis s’évanouit. Le narrateur part à sa recherche pour la comprendre. Quel peut-être le passé de cette femme, les raisons aussi qui l’ont poussée à agir ainsi qu’elle l’a fait ?
Piazza Bucarest est un livre intelligent qui aborde les questions de l’exil, de l’identité, de la quête amoureuse et du poids du passé dans notre existence. Les personnages de Jens Christian Grondahl sont profonds, denses, complexes. Leurs vies sont explorées, leurs sentiments révélés, leurs histoires déroulées avec une certaine distance et en laissant une part de mystère, d’inconnu jusqu’au bout. Il y a quelque chose de touchant et d’humaniste dans la manière dont l’auteur construit ses histoires, approche au plus près des personnages et de leurs vies. Il a une écriture douce amère qui porte une dose de mélancolie et de puissance dans ses réflexions et dans sa narration. Bon.
10:34 Publié dans Littérature Danoise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : solitude, exil, identité, amour
04.06.2009
La ferme africaine - Karen Blixen
Souvenirs d’Afrique d’une danoise émigrée dans une grande ferme du Kenya au début du vingtième siècle. Par petites touches, Karen Blixen nous raconte une quinzaine d’années vécues dans un monde tellement différent. Elle livre des portraits, des anecdotes, des histoires, des pensées, des analyses sur cette période. Evidemment, on se dit que cette Afrique là est presque morte, on grince un peu des dents à certaines expressions ou idées sur les indigènes qui sont datées ou révèlent un complexe de supériorité, mais ça n’a que peu d'importance. Ce livre est touchant de simplicité. Karen Blixen a une façon unique de parler de sa ferme, des paysages, de ses amis et des indigènes qui révèle beaucoup d’attachement et de tendresse. Cette femme a été profondément marquée, intriguée par l’Afrique et arrive à nous le faire ressentir sans artifices, avec sincérité. L’émotion est au rendez-vous.
09:11 Publié dans Littérature Danoise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.05.2009
Herman - Lars Saabye Christensen
Herman est un petit garçon sympathique et très imaginatif qui vit avec son père et sa mère, couple de la classe moyenne basse, en Norvège. Leur petit univers, fait de chaleur et d’habitudes, de petit bonheur non grandiloquent, vacille lorsqu’Herman se retrouve atteint d’une maladie rare qui le rend chauve. C’est l’heure de l’apprentissage de la différence, du regard des autres, de la pitié, de la difficulté de la singularité. Herman passe à l’âge adulte par le biais de sa maladie. Le personnage est assez attachant, très léger et fort en même temps. Il y a en lui une colère et un mystère qui le font vivre. C’est tout aussi valable pour les autres personnages du livre. La fantaisie que l’auteur met dans la famille d’Herman, dans ses pensées et dans son univers sont assez agréables et permettent aux pages de s’enchaîner. Sinon c’est un livre assez classique, sans grandes surprises, un peu long parfois, pas très loin du mélo dans les grands sentiments et certainement destiné à s’évanouir dans la mémoire en dépit d’un charme qui fonctionne par à coups. Pour un public plus jeune.
21:28 Publié dans Littérature Danoise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13.05.2009
Bruits du coeur - Jens Christian Grondahl
C'est une histoire autour de l'amour et du désir, un livre sur le coeur et ce que disent, ce que cachent ses battements. Jens Christian Grondahl s'appuie sur une histoire d'amitié forte entre le narrateur et Adrian pour explorer diverses variations de la musique du muscle vital. Au fur et à mesure qu'il dévoile cette amitié complexe et intrigante, se révèlent deux vies différentes et torturées qui illustrent plusieurs facettes des thèmes classiques de l'amour, du désir et du désir mimétique. Ce sont deux vies entières, qui se frôlent, se touchent, s'éloignent, s'emmêlent, de l'enfance à la maturité, qui défilent dans un tourment captivant d'émotions et de sentiments, de choix, de chutes et d'ascensions qui usent progressivement les coeurs. Les personnages secondaires et les rebondissements viennent pourtant relancer à chaque fois les coeurs et l'intérêt du lecteur, propulsant le livre vers le dramatique.
Nous avançons dans nos vies en nous livrant souvent aux aléas des démons changeants et avides qui ont élu domicile dans nos coeurs. Plutôt que de raconter le livre, je préfère insister sur le bonheur de lecture. C'est une réussite par sa tonalité mélancolique, sa profondeur triste qui séduisent spontanément d'autant plus que le style est un mélange réussi de limpidité et d'intensité. Il y a un vrai travail d'écriture et de création qui appuie et bénéficie à la fois du solide matériau de l'intrigue, de la finesse dans l'analyse psychologique de Jens Christian Grondahl, des personnages à fort vécu, avec un stock conséquent d'histoires, des surprises. On tient là un bon livre, très convaincant dans la forme comme dans le contenu. L'auteur cherche avec nous à comprendre à travers ces vies qu'il expose, les bruits, les mouvements profonds du coeur. Juste et plaisant.
15:21 Publié dans Littérature Danoise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : amour, désir

