03.12.2009
L’aîné des orphelins – Tierno Monenembo
En 1998, le festival de littérature Africaine de Lille, Fest’Africa, est à l’origine de Rwanda : écrire par devoir de mémoire. De quoi s’agit-il ? Le séjour en résidence au Rwanda pendant 2 ans – de 1998 à 2000 - de 10 écrivains africains. Pour voir, entendre, sentir, vivre et raconter le génocide Rwandais. Parmi les écrivains, Tierno Monenembo qui en a sorti un chef d’œuvre : l’aîné des orphelins.
C’est l’histoire de Faustin Nsenghimana adolescent de 15 ans, originaire de Nyamata que l’on prend en chemin alors qu’il rejoint Kigali après que le FPR ait repris le pays aux mains des impitoyables Interhamawhé et leurs leaders et alors que la colonne de réfugiés Hutus s’enfuit vers les pays voisins. Qui est vraiment Faustin et que lui est-il arrivé durant les jours où les machettes se sont abattues sur les crânes comme sur des noix de coco ? Où sont ses parents ? C’est le mystère savamment entretenu par Tierno Monenembo et qui est révélé uniquement à la fin du livre. Faustin n’est pas le Hutu qu’il paraît au début du roman, et la vérité qu’il a éclipsée de sa mémoire n’est pas celle que l’on pourrait soupçonner. La vérité est difficile bien sûr et elle jette une lumière différente sur le personnage principal lorsque le livre se referme.
Le brio de Tierno Monenembo se trouve dans son écriture. Il prend la voix de Faustin et raconte. Les pensées, les paroles de cet enfant de 15 ans que l’on sent malin, matois, menteur, turbulent, mais aussi marqué, transformé par ce qu’il a vécu, sont une merveille de style et de narration qui n’a rien à envier aux illustres prédécesseurs qui se sont glissés dans la peau d’un enfant pour raconter des choses difficiles, qui ne sont pas vraiment de leur âge. Le ton est énergique, le rythme vivant et le phrasé tout en oralité. Le sourire et le nœud au ventre se succède chez le lecteur qui ressent du plaisir et de la tristesse avec Faustin.
Les aventures de ce dernier le mènent à la délinquance puis finalement à la prison en passant par des heures glorieuses ou non dans un camp de jeunes prisonniers Hutus, dans un orphelinat tenu par une irlandaise, un squat de jeunes désœuvrés comme lui, un trou à rat qui lui sert de tanière et j’en passe. Ses histoires en disent beaucoup sur le Rwanda immédiat post génocide, un pays déstructuré, traumatisé qui a perdu ses repères, qui ne sait pas bien où il en est, qui essaie de rendre justice alors que, la prostitution, la pédophilie, la violence, la misère et le nihilisme règnent dans ses rues et dans ses entrailles.
C’est un des mérites de Tierno Monenembo d’évoquer cette période qui suit le génocide et qui n’est que rarement explorée par les romanciers. A travers le regard de son héros, on voit également venir la cohorte d’occidentaux – journalistes, humanitaires, aventuriers - qui étaient absents aux moments du drame et qui sont avides maintenant de tirer parti d’une manière ou d’une autre de la situation. En fait la période du génocide elle-même n’est surtout présente qu’à la fin du livre, lorsque le vécu de Faustin aux pires heures du génocide est conté.
Quand il ne parle pas de la période post-génocide, Faustin évoque son enfance et le souvenir de ce qu’était son village, sa famille, ses croyances. Alors terrible est la nostalgie, celle de celui qui a tout perdu. L’avant génocide n’est pas présenté de manière idyllique par Tierno Monenembo, bien au contraire, sont évoqués les nuages noirs qui s’amoncelaient sur le pays, les massacres commis lors des décennies précédentes, l’impossibilité de croire au déluge annoncé. Ces souvenirs restent emplis néanmoins dans l’esprit de Faustin du souffle de la vie avant l’odeur du sang et de la mort, de l’indicible. Il y a une drôlerie difficile à définir, dans les portraits que fait Faustin de son père, une espèce d’idiot bienheureux du village ou encore du sorcier Funga qui n’a cessé de jouer à Cassandre.
L’aîné des orphelins est une œuvre forte, qui marque le lecteur autant par le traitement des thèmes liés au génocide Rwandais, que par la lumière de Faustin son personnage principal. Le talent d’écrivain de Tierno Monenembo transpire dans la narration mais également dans une langue riche, inventive, souple, une habileté à toucher le lecteur et à jouer sur une large gamme de sentiments avec intelligence, subtilité. Très bon.
16:06 Publié dans Littérature Guinéenne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rwanda, génocide
23.06.2009
Sous l’orage - Seydou Badian
Benfa a décidé de marier sa fille Kany à Famagan, un riche marchand polygame de la ville. Seulement voilà, Kany n’est qu’une adolescente et elle a reçu de l’instruction. Elle ne veut pas abandonner ses études et n’a pas envie d’être mariée contre son gré et de cohabiter avec plusieurs autres épouses. Pire, elle aime Samou, un jeune homme de son âge. Le clash est inévitable entre Kany qui est soutenue par son jeune frère, lui aussi instruit, Birama et Benfa, leur père, qui a Sibiri son aîné de son côté. Mama Tènè, la mère de Kany se retrouve entre deux feux, sans pouvoir faire grand-chose.
Sous l’orage déroule de manière classique avec des thèmes qui sont incontournables dans la littérature africaine à la charnière des indépendances. Le choc de la tradition et de la modernité, noué autour de l’école et opposant les générations met en lumière des enjeux cruciaux, des questions auxquelles l’Afrique Subsaharienne cherche toujours d'une certaine façon la réponse de nos jours. Comment faire survivre les cultures ancestrales, les coutumes face à la modernité cannibale ? Quelle est leur place dans un monde en rupture avec tout ce qui a été ? Comment prendre en main son destin sans copier bêtement l’occident ?
L’originalité de Sous l’orage est de cristalliser tous ces thèmes autour du mariage forcé de Kany. La question de la liberté amoureuse devient centrale et le livre, les personnages s’articulent autour d’elle. Pour le reste le style est très classique et presque scolaire, les personnages ont parfois un aspect unidimensionnel et la fin est un peu précipitée. Pour ceux qui ne sont pas familiers de la littérature africaine, sous l’orage peut-être une bonne porte d’entrée, pour les autres, le livre paraîtra manquer de souffle, d’originalité au regard des nombreux autres classiques qui abordent les mêmes sujets.
11:34 Publié dans Littérature Guinéenne | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : tradition
17.06.2009
L’enfant noir - Camara Laye
Un classique de la littérature africaine assez décevant. L’auteur raconte son enfance en Guinée jusqu’à son départ pour la France. Roman d’apprentissage africain où les épisodes se succèdent sans réel impact. Ce n’est faute d’intérêt ou d’originalité, mais assurément de style. L’écriture est trop classique, scolaire, le ton un peu distant. Les passages importants de la vie de l’auteur apparaissent décolorés, parfois fades alors que l’on devine pourtant à l’affût tellement de choses intéressantes, une forte charge emotionnelle, une vraie nostalgie de la société traditionnelle. Il reste quelques passages touchants, la séparation avec la mère, la mort de l’ami, et quelques thèmes éternels des écrivains africains, l’acculturation, l’école, l’exil.
16:40 Publié dans Littérature Guinéenne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

