22.06.2009
Pays sans chapeau - Danny Laferrière
C’est l’histoire d’un retour au pays, la fin d’un exil de vingt années. Danny Laferrière rentre en Haïti. Retrouvailles avec sa mère, ses amis, sa terre, ses fantômes et sa langue. Il y a beaucoup d’émotion, toute en retenue dans le contact entre l'écrivain et tout ce qui constitue son univers à Haïti. Il y a le pays qu'il a laissé et celui qu'il retrouve. Celui qu'il rêve et celui qui existe. Tout n'est pas rose dans ce retour qui a parfois une saveur acidulée - n'est ce pas le propre même du retour ? On a toujours autant de plaisir à retrouver l'humour, le style direct, très oral de Danny Laferrière, qui fait de chaque anecdote une pépite qui nous apostrophe, nous arrache un sourire ou plus. Il n’a rien perdu de son mordant car son regard sur son propre pays, son expérience, sur le folklore vaudou, sur la misère, l'état déplorable de son pays demeure lucide et pertinent. C’est un cocktail réussi d’émotion, d’humour, de plaisir sous le rude soleil hallucinogène d’Haïti. Agréable.
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09.06.2009
La grenade dans la main de ce jeune nègre est-elle une arme ou un fruit ? - Danny Laferrière
Danny Laferrière est inimitable dans sa façon d’interpeller le lecteur, de lui parler directement. C’est ce style unique, vivant entre humour, ironie et lucidité qui produit cette agréable sensation à la lecture. On est en sa compagnie, immédiatement plongé dans ses mots, dans son histoire. Dans ce livre, il brosse un portrait de l’Amérique, des notes saisies ci et là, assemblées, qui forment son voyage au cœur de cette nation pas comme une autre. C'est aussi un voyage en lui-même, sa vie, ses angoisses, ses désirs. Le résultat est original, sans concession, à la façon de Danny Laferrière. L’Amérique est passée à la moulinette étrange de cet écrivain atypique pour livrer dans le Kaléidoscope, un visage contrasté, unique, au-delà du mythe, entre le racisme, la blonde, la soif de succès, la violence, la télé, le sexe, la littérature, la négritude etc. C’est irrésistiblement jubilatoire.
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13.05.2009
Bicentenaire - Lyonel Trouillot
Haïti, quelques jours avant le bicentenaire de l’indépendance de l'île, une manifestation capitale contre le pouvoir dictatorial en place se prépare. Lucien, étudiant idéaliste en sera, pour aller jusqu'au bout de ses convictions et de son destin. Il va défier le pouvoir et hurler à sa face les valeurs de la démocratie. Son destin est au bout de cette manifestation.
Les longues phrases de Lyonel Trouillot ont de la chair, elles envolent le lecteur dans un tourbillon de mots qui procure un plaisir gourmand de la langue. La réalité de l'île d'Haïti est intimement présente dans l'esprit du lecteur grâce à cette langue orale, vivante, qui donne caractère et consistance aux personnages, émotions et couleurs à l'intrigue. Ce livre ne traite pas uniquement des récents évènements de Haïti (le chaos et la chute d'Aristide), il voit plus loin. Lyonel Trouillot aborde à travers l’histoire violente de la petite île, et celle de son personnage et de sa fameuse manifestation, les thèmes de la contestation politique, la lutte, pour la démocratie et la justice, contre la pauvreté, envers et contre tout. C'est un livre sur les espoirs, l'idéalisme, sur les rêves déchus, la faillite de la révolte et des idées, sur la voie juste pour résister à toute la folie de cette île et de la force brute du pouvoir politique. Pour survivre.
Tous ces thèmes baignent dans une nostalgie rampante d'un passé ou d'un ailleurs meilleur, dans une atmosphère de fatalité, de grand chaos, dans un grand désespoir qui flottent autour du héros et de ses mots, de ses croyances, de son histoire familiale tragique. Lyonel Trouillot joue habilement du trio formé par le héros, sa mère et son frère, de leurs contradictions et oppositions, pour faire peser encore plus lourdement son dur constat de misère et de fatalité. Il le développe de manière tout aussi intense à l'échelle de la famille pour lui donner ainsi une résonnance supplémentaire. La noirceur et la fatalité sont au coeur de ce livre, un noyau voué à une explosion finale. Avec discrétion et subtilité, ce livre à la matière riche tutoie la grande littérature. A lire.
14:51 Publié dans Littérature Haitienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : révolution, fatalité

