16.06.2009
Le testament espagnol - Arthur Koestler
Arthur Koestler se rend en Espagne durant la guerre civile. La république est assiégée, étouffée par la progression des forces nationalistes de Franco soutenues par l’Italie et l’Allemagne. Le journaliste anglais d’origine hongroise dresse un portrait saisissant et pathétique de la résistance républicaine, de ce pays déchiré. Il raconte aussi la prise de Malaga, la fuite des milliers de gens, les massacres, l’horreur de cette guerre avec un réalisme prenant. Nul besoin de pathos, d’excès, Koestler est juste et fait mouche à chaque phrase. Seulement voilà, sa témérité va lui jouer un sale tour puisqu’il est captivé à Malaga et emprisonné, puis condamné à mort pour sympathie communiste et pour quelque règlement de compte avec un général franquiste. Commence alors un autre livre, sur l’emprisonnement. Koestler passe trois mois dans une prison à Séville et arrive à en tirer l’essence de l’enfermement. Son obsession, sa tentation de la vérité dénude le face à face de l’homme isolé avec lui-même, l’attente, la peur au ventre parce que le couperet de la fusillade n’est pas loin, les états d’âme, et bien plus. Là encore, la lucidité, le sens de l’observation et la pertinence de la réflexion de Koestler font de cet ouvrage un chef d’œuvre. Koestler est un auteur incontournable du vingtième siècle parce qu’il a eu une prise directe avec les principaux évènements terribles, qu’ils les a digérés et que surtout il les a rendus avec un talent qui mérite hommage et louange.
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09.06.2009
La lie de la terre - Arthur Koestler
Je suis un inconditionnel d’Arthur Koestler, admiratif devant cette existence et cette œuvre empreintes des turbulences du vingtième siècle. Chacun de ses livres est un combat contre les démons idéologiques et les souffrances physiques et mentales qu’ils ont imposé à la quasi-totalité de la planète. A chaque fois, je suis bluffé par l’intelligence du récit, la profondeur de l’analyse psychologique, et la justesse des réflexions, le tout enveloppé dans une écriture sobre et subtile non dénuée d’humour et de dignité malgré l’apreté du propos. Il s’agit ici d’un fait de la seconde guerre mondiale relativement passé sous silence. Durant le conflit, tous les étrangers de France – la même chose s’est sans doute produite dans tous les pays – ont subi diverses exactions et persécutions qui ont fait d’eux la lie de la terre. Arthur Koestler raconte donc une année de son existence, symbolique de ce qu’ont vécu ces indésirables, qui pour la plupart étaient des opposants aux fascismes européens. Arrêté dès la déclaration de guerre de la France à l’Allemagne, il va connaître toutes sortes de péripéties qui vont le mener au camp du Vernet, fleuron du camp de concentration et de travail à la Française. Mais le livre dépasse cette expérience pour raconter aussi l’attente de la guerre, les tracasseries administratives, la déliquescence de la France et de son armée, l’exode après la défaite, l’armistice, la désertion et l’errance des soldats notamment en attendant la démobilisation, les tentatives de fuite vers l’étranger, plus particulièrement les Etats-Unis et l’Angleterre. Impossible de synthétiser cette mine d’informations, d’expériences, d’existences. Il suffit seulement de parler de photographie unique de cette période, selon l’angle d’un pestiféré. C’est fort, intelligent et parfois simplement touchant ou magnifique – les pages sur Mario. Je pourrais être intarissable sur ce livre mais je me contenterai d’un seul mot : indispensable.
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28.05.2009
Hier - Agota Kristof
C’est un roman qui me laisse une impression mitigée. Il m’est impossible de dire que je l’ai aimé ou qu’il m’a convaincu. Les passages oniriques m’ont plutôt laissé de marbre et j’ai eu du mal à croire aux coincidences et à certains rebondissements. Souvent, je me suis dis qu’on ne faisait que passer à côté, frôler des choses essentielles. Il y a une désagréable sensation de manque de profondeur. Et pourtant, ce livre a quand même quelque chose, peut-être le ton résigné, abattu de l’auteur, une tristesse que l’on sent infinie. Les personnages sont frappés par l’exil et traînent ainsi une fracture interne dont la douleur est palpable. Peut-être que les autres œuvres de l’auteur en livrent plus et de meilleure manière ?
11:44 Publié dans Littérature Hongroise, Littérature Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.05.2009
Etre sans destin - Imre Kertesz
L’expérience du camp de concentration vécue par Imre Kertesz diffère de celle de Primo Levi, pas seulement en raison des parcours ou péripéties différents mais aussi en raison du ton et de l’objectif. Avec Etre sans destin, on suit Imre Kertesz depuis la déportation de son père au service du travail obligatoire, puis la sienne, jusqu’à la liberation de Buchenwald. Une année durant laquelle il va passer dans differents camps, Auschwitz, Buchenwald et Zeits. L’intérêt de ce livre tient à la narration qui volontairement arrive à reproduire la pensée, la facon d’être d’un jeune homme de quinze ans, une espèce de naiveté et d’insouciance qui se mêle à un détachement, à cette facon d’être que l’on a uniquement à l’adolescence au moment des grands changements, de la formation de l’être. L’expérience de la déportation s’inscrit dans une focale un peu plus large qui en fait un iconoclaste roman d’apprentissage - en milieu extrêmement hostile... Imre Kertesz ne tient pas impérativement à décrire la souffrance, ce n’est pas son objectif, pas non plus la vie dans les camps, meme si les deux sont bien evidemment présents et incontournables, non, ce qui lui importe, c’est d’insérer de la normalité et du bonheur dans tout cela, d’essayer d’expliquer – comme il le fait à la fin du livre au journaliste – que la normalité, une vie – avec tout ce que sous–entend ce mot – peut prendre place dans le camp. C’est juste un autre monde avec d’autres règles. Un monde qu’il refuse d’oublier, de sublimer, juste considéré à sa vraie valeur, comme l’experience la plus formatrice pour lui. Néanmoins la sensation tirée du livre est un peu moins dense, forte, la réflexion parfois pâtit des intentions. Etre sans destin est différent des autres livres sur le même sujet. Intéressant.
13:45 Publié dans Littérature Hongroise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : shoah
14.05.2009
Croisade sans croix - Arthur Koestler
Arthur Koestler est un témoin capital du XXème siècle. Impossible de faire l’impasse sur cet auteur. Dans croisade sans croix, il se lance dans une étude subtile et profonde des motivations qui ont entraîné des millions de gens dans le carcan du communisme.
Peter Slavek, le personnage principal, est le symbole de toute une génération qui a rêvé tout haut à l’aide de cette idéologie d’un monde meilleur, différent, plus juste, avant de se heurter à la réalité plus obscure, plus cruelle, plus opportuniste du parti communiste et du stalinisme. Réalité, désillusion qui ne les ont pas totalement dépossédés de leur rêve d’un autre monde. On comprend à travers l’analyse psychologique poussée de Peter, la puissance, le charme du communisme, du combat idéaliste, ses racines profondément ancrées dans l'histoire personnelle et le passé de chacun. Cette foi s'appuie souvent sur un ressort très intime, émotionnel.
L’habileté d'Arthur Koestler consiste aussi à confronter son personnage à des idéologies contraires par le biais de personnages secondaires afin de mener la réflexion à son terme. Bernard représente ainsi le fascisme ou plus précisément le nazisme à l'état pur et Sonia avec ses idées de liberté, de déracinement, de jouissance préfigure un peu l’homme à venir, moderne, capitaliste, intégré dans la société de consommation, du loisir, du déplacement, du déracinement.
Croisade sans croix nous permet de saisir la difficulté d'évoluer dans cette époque au carrefour des vents contraires du fascisme, du communisme et du capitalisme. Une époque où le choix pesait lourd. Après, c’est du Arthur Koestler, l’immersion dans l’histoire, dans ses horreurs, de la solidité dans la construction romanesque, beaucoup d'intelligence et de convictions, une certaine élégance de style. Bien.
14:12 Publié dans Littérature Anglaise, Littérature Hongroise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : communisme, socialisme, foi

