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Littérature Israélienne

  • Scènes de vie villageoise – Amos Oz

    Amos Oz.jpgScènes de vie villageoise a en fait été écrit quelques années avant Entre amis le précédent recueil de nouvelles d’Amos Oz que j’ai lu. Il est ainsi la matrice de ce recueil de nouvelles que j’avais grandement appréciées. Les deux livres partagent ainsi de nombreuses choses : une même structure, une même ambition et un même talent.

    Les huit nouvelles de scènes de vie villageoise se déroulent ainsi dans le même village de Tel-Ilan, dont elles en font indirectement le portrait. Ce village de pionniers qui précède la création d’Israël, n’est plus qu’une petite communauté de quelques habitants qui accompagnent tant que mal sa transformation d’espace rural en lieu de villégiature. Les personnages dessinent chacun une facette du village et ne cessent de se croiser au cours des différentes nouvelles pour constituer ainsi une sorte de roman choral centré sur Tel-Ilan.

    Le tout forme également une petite comédie humaine qui ne prend Israël et son histoire que comme toile de fond, certes bien présente, préférant se concentrer sur les problématiques plus courantes de la vie des habitants du village. La plupart des personnages révèlent une certaine solitude et vivent une situation de confusion qui les perturbent, les angoissent et mettent à mal le lecteur. Qu’est-il arrivé au neveu de Gili Steiner qui n’est jamais venu ? Où est passé la femme du maire du village ? Comment va s’en sortir l’agent immobilier Yossi Sasson ? Etc.

    Une dureté se dégage de toutes ces nouvelles qui manient le non-dit, la souffrance et la perte avec beaucoup de finesse dans un décor de village perdu. La proximité avec les personnages permet de sentir et de vivre leur errance dans leur vie et dans le village, les sentiments à fleur de peau. Mentions spéciales aux nouvelles « Les proches », « Attendre », « Les étrangers », « Chanter ».

    OK. Un peu inégal, une préférence pour Entre amis.

  • Entre amis – Amos Oz

    Entre amis Amos Oz.jpgJ’avais été moyennement convaincu par la boîte noire, prix fémina étranger en 1988 et premier ouvrage par lequel j’ai découvert Amos Oz. Je le suis beaucoup plus par ce recueil de nouvelles de l’écrivain israélien. Les huit nouvelles qui composent le recueil racontent la vie dans un kibboutz en Israël dans la deuxième partie des années 50. Avec beaucoup d’intelligence, de subtilité et un savoir-faire narratif évident, elles se renvoient les unes aux autres, s’entremêlent, associent les mêmes personnages, évoquent les mêmes histoires pour finalement composer une réalité unique, comme celle d’un roman.

    La description de la vie dans le Kibboutz via ces nouvelles permet de mettre en lumière les problématiques de la vie en petite communauté et les difficultés posées par la volonté de se conformer aux idéaux initiaux de cette entreprise. Vers quelle direction le kibboutz doit-il évoluer ? Quels principes doivent être assouplis et dans quels cas ? Quels sont les besoins qui doivent primer ? Comment encaisser les inévitables chocs et les conflits internes entre les membres de la communauté ? Autant de questions qui surgissent devant les différents protagonistes d’entre amis. Elles sont évidemment renforcées par ce contexte de promiscuité, de survie et d’utopie du kibboutz.

    Ce qu’il y a de formidable dans ces nouvelles, c’est qu’elles dépassent ce contexte spécifique du kibboutz pour finalement parler plus généralement de la vie et de sujets aussi simples mais essentiels tels l’amitié, la mort, l’adultère, le désir, l’envie, etc. Comment réagir lorsque votre fille de dix-sept-ans se met à sortir avec votre ami, un séducteur qui a trois fois son âge ? (Entre amis) Comment résister à l’attraction d’une femme forte qui est son amour secret d’enfance alors qu’on est marié ? (La nuit) Comment faire face à la mort prochaine d’un père qui a perdu la tête et qui se trouve si loin du kibboutz ? (Papa) Comment supporter la souffrance de son fils et la tristesse de son couple si ce n’est en étant le pitre du kibboutz ? (Un petit garçon)…

    Amos Oz arrive à parler de choses dures et tragiques avec beaucoup de finesse et de subtilité. Il est très juste dans la mise en scène de situations complexes, tendues qui révèlent l’essence des conflits à l’œuvre dans le kibboutz et chez ses personnages. Ces derniers sont vivants et marquants alors que chacune des nouvelles est finalement assez courte. Entre amis est une œuvre marquée par la solitude et la mélancolie qui s’efforce de jouer avec l’ironie et une pointe d’humour pour révéler le tragi-comique de l’existence.

    Excellent.

  • Le garçon qui voulait dormir – Aharon Applefeld

    Applefeld.jpgIl y a un peu, voire beaucoup d’Aharon Applefeld dans ce garçon qui voulait dormir. L’histoire de l’auteur Israélien est célèbre. Enfui d’un camp de déportation, il a erré dans la forêt – épisode qui lui a inspiré le beau Tsili – avant de transiter par l’Italie et de rejoindre la future Israël. Comme le garçon qui voulait dormir que nous commençons à suivre lors de son étape italienne. A travers lui, Aharon Applefeld raconte le difficile retour à la vie des déportés. A peine sortis du cauchemar, ces derniers doivent penser à renaître, à se reconstruire alors que les fantômes du passé sont bien présents. Comment recommencer à vivre et quelle vie ? C’est l’interrogation fondamentale à laquelle ils sont confrontés.

    Pourquoi ne pas s’enrôler avec les jeunes de l’agence juive ? C’est le destin que choisit Erwin, le garçon qui ne voulait pas dormir. Ce choix n’est pas anodin. L’agence juive, c’est le pari d’une reconstruction physique et d’une réappropriation du corps meurtri et martyrisé à travers une préparation militaire. C’est donc aussi logiquement le choix de migrer vers la Palestine et la future Israël, d’aller se battre pour protéger les colons et participer à l’avènement du nouvel état. Enfin, c’est l’apprentissage d’une nouvelle langue, l’hébreu, et le renoncement à celles qu’il parlait jusque-là, l’allemand ou au Yiddish. Les aventures d’Erwin avec l’agence juive bouleversent lentement son existence qui bascule une fois de plus lorsqu’il est blessé au combat. Au-delà de la destinée de ce jeune homme qui se révèle de plus en plus passionnante au fil des pages et qui est symbolique d’une trajectoire vers la terre promise, c’est son aventure intérieure qui est placée au cœur du livre d’Aharon Applefeld.

    Depuis son retour de déportation Erwin ne cesse de dormir, souvent plongé dans un sommeil profond qui est en fait le lieu de son combat intérieur pour préserver sa mémoire et son identité face au traumatisme qu’il a vécu pendant la guerre et ceux qui viennent s’y greffer avec son enrôlement dans l’agence juive. Dormir, souvent, longtemps, si possible. Pour aller vers l’essentiel, retrouver en songe ses parents, vivre et discuter avec eux, les découvrir, les embrasser pleinement, les garder vivants. Pour se connecter au passé et atteindre une vérité sur lui-même afin d’éclairer son existence. Ces pages oniriques, un peu hallucinées, parfois brumeuses, arrivent par moments à être d’une grande justesse mais aussi d’une profonde tristesse. La shoah n’est jamais directement mentionnée même si elle est bien présente. Le sentiment de perte exsude des pages lorsque dans ses rêves notamment Erwin se focalise sur le combat pour acquérir une nouvelle langue et oublier celles du passé. C’est un processus violent : perdre une partie de soi-même, s’exiler un peu loin de son ancienne vie, renoncer à un outil désormais corrompu par la tragédie.

    En dépit de quelques passages un peu pâteux, le garçon qui voulait dormir est un livre atypique et profond sur la shoah, sur l’après déportation et aussi sur la naissance d’Israël.