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Littérature Malienne

  • Les noces sacrées (Les dieux du Kouroulamini) – Seydou Badian

    noces_sacrees.jpgQue sont donc venus faire Monsieur Besnier et sa fiancée Mlle Beaune dans ce dispensaire au fin fond de l’Afrique ? Qu’attendent-ils du docteur, seul Africain admis au cercle des blancs dans cette circonscription ? S’ils ont fait un si long chemin depuis l’Europe, c’est parce qu’ils souhaitent qu’avec l’aide du docteur, Monsieur Besnier soit délivré de l’emprise de N’tomo. Qui ça ? N’tomo, le grand masque que Besnier s’est procuré lors de son précédent passage en Afrique en tant que chef de subdivision à la compagnie des grands travaux. Il se trouve en effet, que le pauvre blanc n’a plus la paix de l’esprit depuis qu’il a fait sien ce masque sacré. Problème, le docteur, à qui Monsieur Besnier et Mlle Beaune s’en remettent, est en bisbille avec sa culture, ses traditions.

    Noces sacrées est un livre engagé. Avec cette œuvre, Seydou Badian entreprend clairement de réhabiliter une certaine identité africaine et de valoriser des cultures, des coutumes, des croyances ancestrales, qui ont immensément souffert face à la colonisation et au caractère prosaïque de la modernité technologique. N’tomo, quelque part, punit l’occident en tourmentant monsieur Besnier et permet à l’Afrique de prendre une revanche sur l’histoire. C’est une intention louable de la part de Seydou Badian et cela ne peut évidemment lui être reproché. Seulement, il se trouve que les bonnes intentions ne suffisent pas et que Noces sacrées est malheureusement un récit handicapé par bien des faiblesses.

    Ainsi que déjà noté à la lecture de Sous l’orage, le style de Seydou Badian n’est pas des plus marquants. Il est plutôt plat malgré une indéniable richesse lexicale et une maîtrise formelle de la langue. L’auteur malien n’arrive pas à subjuguer son récit par sa langue pas plus que par sa construction romanesque. En effet, Noces sacrées s’avère être d’un simplisme relatif. Les personnages sont plutôt de caractères uniformes et binaires. Ils ne semblent que servir les oppositions d’idées que développe Seydou Badian. Une impression de naïveté de certaines situations et réactions découle de tout ceci – le béguin entre le docteur et Mlle Beaune est quasi ridicule dans sa mise en scène - et pénalise fortement l’œuvre. Ce d’autant plus que les rebondissements apportés à l’intrigue dans le final peuvent apparaître un tantinet artificiels.

    L’intérêt de Noces sacrées réside surtout dans la description d’une mythologie articulée autour du masque N’tomo. C’est une immersion nourrie de la réflexion de l’auteur, par le biais de ses personnages, sur des thèmes classiques de la littérature africaine des indépendances comme l’acculturation, l’identité, l’administration et la société coloniale, la pénétration de la religion catholique ou encore le conflit entre modernité et tradition.

    Noces sacrées est une déception, surtout au regard de la réputation de l’œuvre et de l’auteur. Une œuvre qui peine à convaincre sur le plan littéraire et qui souffre d’un prosélytisme bien trop détectable.

    Moyen.

  • La malédiction du lamantin – Moussa Konaté

    lamantin.jpgUn polar malien qu’est ce que ça peut bien donner ? C’est avec entrain et  curiosité que je me suis plongé donc dans mes premières aventures avec le commissaire Habib et le jeune inspecteur Sosso. Et je dois avouer que mon avis est plus que mitigé.

    L’intrigue se déroule donc à Kokrini, près de Bamako, dans la communauté des Bozos. Après une nuit d’orage exceptionnellement violente, le corps du chef Kouata et celui de sa coépouse Nassoumba sont retrouvés au matin. Ont-ils réellement été foudroyés par la volonté du génie Maa le lamantin, divinité protectrice des Bozos ? Si oui pourquoi ? C’est l’occasion pour le commissaire Habib et son apprenti de pénétrer dans l’univers culturel des Bozos. Au menu, l’apprentissage des mythes fondateurs de cette ethnie de pêcheurs, la rencontre avec leurs croyances et leurs coutumes. Il y a bien dans le passé des Bozos une histoire qui permet de donner corps à la croyance à la vengeance du Dieu lamantin dans l’affaire qui occupe notre duo d’enquêteurs.

    C’est le point fort du polar à la sauce Moussa Konaté, ce côté exploration culturelle. On y apprend beaucoup sur les Bozos et plus généralement sur la société malienne. Le conflit intergénérationnel et même celui entre modernité et tradition sont ainsi bien présents. Au nom du respect des aînés, on essaie d’empêcher le commissaire de mener son enquête. On n’hésite pas non plus à critiquer sa rationalité, son refus d’adhérer aux croyances communes, de ne pas s’écraser devant la chape du contrôle social. Le personnage de Sodjè est aussi symbolique d’un courant qui traverse les pays de l’Afrique noire, à la recherche d’une certaine authenticité, d'une traditionnalité. Quelques passages révèlent aussi la corruption par exemple, ou encore la coexistence de la religion musulmane avec l’animisme, les séquelles du choc de la rencontre avec l'occident.

    Malheureusement cette immersion en milieu Bozo et au Mali souffre de nombreux défauts. D’abord le ton didactique de Moussa Konaté. Si on peut s’en accommoder étant donné qu’il explique une autre culture, force est de reconnaître qu’il donne un côté un peu professoral et peu seyant au polar. Plus généralement, c’est le ton même des conversations entre certains personnages qui donne au livre une certaine lourdeur ou un aspect factice. C’est d’autant plus dommage que le commissaire Habib, le jeune inspecteur Sosso ou d’autres personnages ont parfois des profils simplistes.

    A cela j’ajoute aussi que l’enquête même de la malédiction du lamantin souffre également de quelques défauts. Ce n’est pas grave que le suspens soit diffus, ce que compense le côté ethnographique. En revanche, le rythme du livre est assez inégal, parfois mal maîtrisé et l’enquête est bouclée avec une facilité relative. Elle peut même sembler bâclée.   

    Au final, la malédiction du lamantin me laisse quand même sur ma faim. A voir si je me laisse tenter par d’autres aventures du commissaire Habib, mais c'est mal barré. 

  • La mort de Chaka - Seydou Badian

    book_cover_la_mort_de_chaka_226_250_400.jpgLa mort de Chaka est une pièce de théâtre qui met en scène la fin du légendaire despote et conquérant Zulu. Les généraux de Chaka n’en peuvent plus de la soif expansionniste et sanguinaire de leur chef. S’ils craignent d’être massacrés en s’opposant aux désirs de leur chef, ils ne sont pas assez téméraires pour aller jusqu’au bout de leurs idées et mener le complot jusqu’à son terme, c'est-à-dire l’exécution de Chaka. Ayant eu vent de la défection de ces généraux qui n’ont plus soif de victoires, Chaka est freiné dans son désir de les mettre à mort par un de ses fidèles lieutenants. La conséquence directe sera sa mort. Peu importe, à la fin, il aura remporté sa dernière grande bataille qui avait poussé justement les généraux à bout. Et surtout, avant de mourir, il annonce l’arrivée de l’homme blanc et de toutes les misères pour ceux qui l’ont tué.

    Cette pièce est assez brève et me laisse sur ma faim. Le contexte historique n’est pas assez mis en valeur et les personnages sont assez peu recherchés, la situation est simple et assez peu fouillée. Les thèmes ne sont pas particulièrement développés, de la trahison e politique, jusqu’à la satiété de l’ambition, la mort de Chaka ne semble valoir que pour ses derniers instants et la prophétie de Chaka. Bof.