28.12.2009

Ma Mercedes est plus grosse que la tienne – Nkem Nwanko

mercedes.jpgDans ma mercedes est plus grosse que la tienne, il ne s’agit pas tant d’une mercedes que d’une Jaguar, celle d’Onuma, enfant prodigue de retour au village. A vrai dire n’importe quelle voiture de luxe (ou pas) aurait pu faire l’affaire pour ce qu’elle est censée représenter : la réussite sociale. La voiture demeure encore de nos jours un élément clé de la société occidentale. De par son importance dans l’économie, mais plus encore dans la symbolique, en tant que représentation de la modernité triomphante, du miracle de la technologie, de l’accomplissement de la liberté individuelle, notamment contre les contraintes d’espaces et de temps, mais aussi en tant que prolongation de l’égo de son possesseur. Imaginez alors son impact dans les sociétés traditionnelles africaines et plus particulièrement dans un village du fin fond du Nigéria…

 

Onuma est un jeune homme doué qui a quitté le village pour Lagos où son intelligence naturelle, plus que les études finalement négligées, en a fait un chargé de relations publiques. Son retour au village à bord de sa Jaguar est l’occasion pour Nkem Nwanko d’aborder la question centrale du matérialisme au sein des structures traditionnelles – élargissement possible à l’occident. L’importance, la valeur d’Onuma est liée à sa voiture. Grâce à elle il est le centre d’attraction du village, c’est un homme admiré, adulé, respecté et qui est tenu en haute estime. Toute l’attention du village est concentrée sur lui qui est un mirage de la prospérité et de l’élévation sociale et culturelle.

 

Nkem Nwanko livre une sorte de parabole dont la morale est cruelle pour Onuma. L’objet de sa puissance se trouve être aussi celui de sa perte. Ou comment la Jaguar finit dans un ravin et devient une source d’ennuis financiers qui provoquent la chute d’Onuma. Ce dernier dont la valeur est attachée à la voiture se retrouve aliéné par ce bien matériel. Son prestige dépend de la Jaguar dont il ne peut se passer. Or un enchaînement malheureux de déboires et de pépins, une concordance fatale de mauvais choix l’éloignent chaque fois un peu plus de son objectif : récupérer son bolide et restaurer son aura.

 

La déchéance d’Onuma est progressive et sa fin pathétique. Elle n’est pas seulement une dénonciation du matérialisme triomphant et la culture de l’apparat. Elle met aussi en lumière les travers de certaines mœurs, certaines coutumes du village même si c’est aussi une attaque en règle contre l’individualisme triomphant et le mépris des non urbains. L’exploration psychologique du personnage d’Onuma est intéressante à maints égards. Il représente une figure de l’Africain qui n’est pas si commune en littérature. On peut éventuellement rester sur sa faim en ce qui concerne Lagos telle que perçue par Onuma ou encore regretter que les enjeux politiques du village qui apparaissent opportunément à un moment du livre ne soient pas exploitées de manière un peu moins simples.

 

Pathétique, riche en péripéties, ma mercedes est plus grosse que la tienne est un livre qui vaut néanmoins le détour.

17.06.2009

Les termitières de la savane - Chinua Achebe

termitière.JPGJ’étais impatient de lire un ouvrage de Chinua Achebe, maintenant que c’est fait, j’avoue être un peu déçu. Le livre veut nous montrer les mécanismes et la réalité du pouvoir tyrannique dans un pays en Afrique, à travers l’histoire d’un groupe d’amis dont l’un Ikem est devenu un poète et un journaliste intransigeant, l’autre Chris, commissaire à l’information et enfin un autre tout simplement le dictateur. Quel est donc le problème avec cette tragédie ? Pas l’écriture, ni les personnages, ni le sujet. C’est la manière dont le tout est conté, des passages importants sont rapidement traités quand on traîne sur des faits moins importants. Il y a aussi une discontinuité difficile à expliquer qui ôte beaucoup de sa force au livre et aux évènements racontés, à leur enchaînement. En fait, on reste sur sa faim, sentant à chaque fois un manque car le livre semble évasif. Dommage. J en ai peut etre trop attendu...

12.06.2009

Le monde s'effondre - Chinua Achebe

le monde s'effondre.jpgL'arrivee des occidentaux en Afrique a provoque l'effondrement d'un monde. C'est tout un univers qui a perdu sa coherence, son ame et une partie de sa richesse dans ce clash de l'histoire. Chinua Achebe localise cet effondrement dans un petit village nigerian et l'illustre en parallele avec l'histoire personnelle de l'un de ses habitants: Okonkwo, heros littéraire marquant.

Durant la premiere partie du livre (les deux-tiers), l'auteur fait naitre le monde de ce village, ses croyances, ses rites, ses us et coutumes, son passe. Le lecteur est baigne dans cette culture différente qu'il apprehende en compagnie d'Okwonko, cet homme au destin lie a celui du village. Un heros qui s'arrache a la boue de son destin normalement pauvre pour accéder a la richesse, au pouvoir, a la reconnaissance. Okwonko est comme son monde, coherent, viril, fort, riche, intense. Ils vont chuter ensemble, lézardés tout au long du livre avant le choc fatal avec l'occident. Le blanc est effectivement la bombe qui va tout faire exploser. Plus de place pour les coutumes, pour la continuite avec les ancetres, ici commence un nouveau chemin, une nouvelle histoire a laquelle Okwonko ne veut pas prendre part. Il est le symbole de la resistance de la tradition face a la modernité, de la reaction de ce monde ancien face a l'aventure de l'acculturation. Comment tout peut-il foutre le camp ainsi, aussi facilement ?

Le livre est d'une force et ''un caractere egal a celui de son personnage principal, il est riche d'aventures et de culture traditionnelle - quelque chose de tres précieux de nos jours. La vitalité de la langue, la vigueur du style naissent des personnages et de l'essence de la vie de ce village. Tout un savoir perdu et des interrogations legitimes qui hantent l'Afrique subsaharienne hantent, animent le livre. L'effondrement du monde decrit par Chinua Achebe est d'autant plus brutal, plus choquant que ce monde est arrogant, fort, vivant. C'est une faillite qui est a l'origine d'une tristesse qui d'abord latente, explose a la fin du livre. C'est toujours triste un monde qui meurt. 

29.05.2009

L'ivrogne dans la brousse - Amos Tutuola

p29_ul115_palme.jpgCe texte est d'une originalité folle, chose que je reconnais même si je ne l'ai pas apprécié et reste sceptique. Le narrateur est un ivrogne patenté qui, privé de son malafoutier (producteur de vin de palme) décédé, décide de partir à la recherche de ce dernier. Comment retrouver un mort ? En se lançant dans l'univers de la brousse, porte de l'imaginaire animiste riche en aventures, où pullulent rebondissements, mais aussi l'extraordinaire, le fantastique, le mystique, dans un déferlement de créatures et de mondes plus osés les uns que les autres.

Amos Tutuola restitue à sa façon un ensemble de contes et légendes de son Nigéria natal. Le problème se situe dans la construction. Les aventures sont collées les unes aux autres et se succèdent , s'enchaînent sans vrai liant. Il y a un sentiment désagréable d'empilement. Surtout un sentiment d'incohérence et finalement d'usure devant ce carambolage d'histoires où le merveilleux semble incontrôlé. Il est aussi dommage de s'apercevoir que la plupart des histoires de l'ivrogne pourraient prendre plus de consistance, de matière et de sens s'il n'y avait pas une espèce de course folle à l'écriture. Amos Tutuola vide un peu ces légendes de l'essentiel puisqu'il les abandonne clairement au mouvement, à l'action, à la surprise. Il y a un manque autour de ces délirantes aventures.

Enfin, ce livre doit se lire en version originale, je pense, sans vouloir remettre en cause le travail de traducteur de Raymond Queneau. Le style est déterminant, oral, argotique, essayant de suivre un rythme cadencé propre à l'ivrogne. Ainsi, abondent les redondances, les rappels, les tics, une façon unique de dire, de parler créée par l'auteur à laquelle personnellement j'avoue ne pas avoir été très sensible. Je reste donc avec mes doutes devant ce livre dépaysant qui me laisse une impression étrange, plutôt négative, malgré une réelle originalité et un vrai travail d'auteur sur la langue.