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Littérature Péruvienne

  • Le rêve du Celte – Mario Vargas Llosa

    poster_150946.jpgLorsque l’on commence le livre de Mario Vargas Llosa, Roger Casement est au soir de sa vie. Emprisonné, il attend un recours en grâce qui lui permettrait d’échapper à l’échafaud et qui ne viendra pas. C’est le fil rouge entre lesquels s’intercalent les chapitres sur l’existence de ce gentleman à la trajectoire originale.

    Le celte, c’est Roger Casement, que Mario Vargas Llosa sort des recoins obscurs de la grande histoire. Qu’a donc ce personnage de remarquable pour que le récent prix Nobel de littérature s’intéresse à lui ? C’est une figure humaniste, anticoloniale, antiimpérialiste iconoclaste. Irlandais de père protestant et de mère catholique, c’est en Afrique d’abord, puis en Amérique latine ensuite que Roger Casement va progressivement se forger une conscience de l’identité irlandaise, mieux une ambition, puis une action au service de l’indépendance de ce pays. Mario Vargas Llosa met en scène avec talent le cheminement singulier de cet homme qui dénonça, au service de la couronne britannique, les abus du système colonial au Congo, puis au Pérou.

    Voilà, chose admirable durant cette époque trouble et idéalisée des grands explorateurs de la fin du XIXème siècle et des grands entrepreneurs, à l’ère du capitalisme rapace émergeant, Roger Casement est un juste. Horrifié par le sort fait aux autochtones, il dénonce le moteur à bananes (Albert Londres), les méfaits des grandes puissances à l’heure du partage de l’Afrique. C’est avec la même énergie, au détriment de sa santé physique qu’il s’échine à faire la lumière sur l’exploitation éhontée des indiens dans la production de caoutchouc au Putumayo. Rien ne nous est épargné de la cruauté, des sévices, des systèmes pervers que découvre Roger Casement. Une des forces du roman de Mario Vargas Llosa, c’est d’ailleurs la richesse et la profondeur du contexte historique.

    Le romancier péruvien arrive à reconstituer un univers, peuplé de figures comme Joseph Conrad, habité par le souffle épique de l’aventure avec par exemple Henry Morton Stanley parti à la recherche de  David Livingstone, gangrené par l’omniprésent appât du gain avec entre autres la figure entrepreneuriale de Julio Cesar Arana. C’est un marigot historique peu ragoûtant dont Roger Casement sort avec le dégoût de l’oppression et la soif de justice et libertés pour tous les colonisés et opprimés. L’analogie avec l’Irlande alors sous la botte de l’Empire est le chemin tracé d’un destin tragique embarqué dans la lutte d’indépendance.

    Le roman devient crépusculaire quand Mario Vargas Llosa montre un Roger Casement de plus en plus radicalisé. Tout ce qu’il a vu sur les autres continents le pousse à ne pas accepter d’autres solutions que la voie armée pour ceux qui sont exploités et dominés. Son parcours est alors paradoxal. Tout en empruntant la voie d’une réappropriation culturelle (il apprend le gaélique, etc.), Roger Casement délaisse la couronne qu’il a servie toute sa vie, les voies légales, diplomatiques qu’il a utilisées avec un succès certes relatif au Congo et au Pérou, pour le chemin sinueux de la violence, de la trahison, de l’association à la belliqueuse Allemagne en pleine Grande guerre. L’insurrection irlandaise de la semaine de pâques qu’il rêvait en apothéose marquera le début de sa fin.

    C’est le portrait remarquable d’un humaniste tourmenté dans sa vie privée, par des instincts qui seront utilisés contre lui, que fait Mario Vargas Llosa dans le rêve du celte. C'est presqu’une entreprise de réhabilitaton. Avec savoir-faire, le romancier péruvien creuse des interrogations sur la domination de l’homme par l’homme, sur l’émancipation des peuples à travers le parcours et l’œuvre de Roger Casement.

    Maîtrisé, efficace, passionant. 

  • Tours et détours de la vilaine fille - Mario Vargas Llosa

    vilaine fille.jpgIl n’y a que Mario Vargas Llosa pour parler d’amour et de passion dans un livre avec un tel lyrisme en ce début de XXIème siècle sans passer pour un auteur pour filles ou à l’eau de rose. Tours et détours de la vilaine fille est un livre qui paraît échappé de la vague romantique XIXème siècle. dans ce qu'il a d'absolu, d'intense, de tragique et  aussi de kitsch.

    Le premier amour de Ricardo au moment de ses premiers émois à Miraflores au Pérou sera le seul de son existence : la vilaine fille. Le livre est tout autant l’histoire d’une passion éternelle que le portrait d’une femme avide d’argent. Car la vilaine fille qui va revenir à fréquence régulière dans la vie de Ricardo est une femme vénale, une petite tigresse sans cœur qui n’a d’autre ambition que d’acquérir la fortune à travers un mariage. La nina mala est une femme sans pitié qui n’a cure des sentiments et Ricardo, l'amoureux transi, ne fait pas exception. Il est une constante dans sa vie dont elle semble apprécier l’honnêteté mais pour lequel elle ne peut abandonner son vice ou sa nature. La folle passion de Ricardo, maladive et tragique à bien des égards, ne lui suffit pas.

    Et pourtant ce dernier souffre pour obtenir la vilaine fille, il ne rechigne à aucun sacrifice, aucune douleur n'est assez grande pour assouvir sa soif de cette fille. Tout au long de son existence, de ses voyages, de ses expatriations, la vilaine fille n'est pas loin, quelque part dans son cœur, au fond, quelque part dans son existence, à la marge. L’intérêt de cette histoire tient d’ailleurs d’abord au portrait de cette héroïne hors du commun puis à cette passion surannée.

    Comme souvent avec Mario Vargas Llosa, le Pérou et son histoire sont présents das le livre. L'élégance de la narration, et le rythme emportent le lecteur. On est quelque fois à la limite du kitsch et quelques aventures sont parfois prévisibles ou un peu trop étirées. Mais peu importe, il y a une telle fraîcheur dans ce livre, une telle passion, quelque chose de si fou et de si attirant qu’on se laisse gagner par le jeu des deux protagonistes, par le lyrisme de Mario Vargas Llosa et on plaint Ricardo qui semble atteint du fameux mal du siècle (mélancolie) et on déteste la fascinante nina mala. Bon moment de lecture. Plaisant.

  • Tante Julia et le scribouillard - Mario Vargas Llosa

    tante julia.jpgTante julia est une jeune divorcée, la mi-trentaine, qui revient au pérou pour se trouver un mari après des années en Bolivie. Peut-elle imaginer que ce sera le jeune Varguitas, son neveu par alliance de 18 ans, qui ne gagne même pas encore sa vie et rêve de devenir écrivain ? Rien, rien ne résiste à cet amour fou qui nait progressivement puis explose en faisant fi des conventions, des différences d'âge, de personnalités, de centres d'interêt, des difficultés financières et des pressions sociales et familiales. Ce n'est pas seulement beau et pur comme un roman à l'eau de rose, c'est fort, intelligent et subtil comme un petit chef d'oeuvre.

    Mario Vargas Llosa se joue des clichés avec cette histoire d'amour impossible qui croît dans le secret, puis contre les difficultés, les oppositions, avant de fleurir dans une escapade folle de rebondissements, des péripéties qui la consacrent et clament une victoire du romanesque, de l'épique sur l'attendu, le préjugé, la fade normalité. Autour de ces deux tourtereaux gravitent des personnages consistants qui les aident à faire survivre leur amour mais qui donnent aussi une couleur très locale au roman.

    Le roman se contenterait de tout ça qu'il serait bon, mais il est excellent parce que Mario Vargas Llosa fait de Varguitas, un ambitieux de l'écriture. Il peut ainsi aborder les thèmes chers à tout écrivain: la vocation, la peur de l'echec, la vie d'artiste et ses mille misères financières et la reconnaissance arttistique. Surtout, il arrive à mettre en contact Varguitas et son ambition de l'écriture avec un personnage unique: Pedro Camacho, auteur de génie de feuilletons radios qui enchantaient l'amerique latine de cette époque. Pedro Camacho est en quelque sorte une caricature de l'ambition littéraire totale, absolue, de la postérité, de la pérennité de l'oeuvre et du succès. Il permet de poser certaines questions sur l'art et l'écriture et de jouer d'une certaine opposition avec Varguitas.

    Mario Vargas Llosa devient tout simplement brillant lorsque tout au long du roman, il décide d'intercaler des chapitres qui sont des exemples de ces feuilletons radios typiques d'amerique du sud et qui sont écrits par Pedro Camacho. Mario Vargas Llosa les parodie un peu tout en soulignant l'importance du phénomène. La fin de l'auteur Pedro Camacho et la lente désagrégation de ses feuilletons au fur et à mesure des chapitres est un pic d'inventivité et une métaphore sur la mort, la valeur d'une oeuvre, la vie d'un artiste, l'obsession d'un certain absolu. Que dire de plus de cette oeuvre qui très vite nous emporte sur ses longues phrases souples ? Que c'est un miracle de narration dans lequel la langue riche et habile ondule, oscille entre la suggestion, la légèreté et l'exagération, l'emphase pour notre plus grand plaisir.

    Brillant.