19.06.2009

Murambi - Boris Boubacar Diop

murambi.jpgJ'ai pris ce livre avec appréhension. La fiction peut-elle atteindre la réalité ? J'ai lu auparavant sur le même sujet, Jean Hatzfeld. Quelle problématique, quelles voix nouvelles peut-il apporter ? C'était évidemment stupide. En quoi le si c'est un homme de Primo Levi invalide entre autres le Etre et destin de Imre Kertesz ? Murambi est un livre réussi, dur et poignant. Il tient le pari de la fiction pour raconter le terrible génocide du Rwanda en 1994 avec toutes ses histoires terribles, insupportables, tout en ressortant la complexité du conflit souvent oubliée ou négligée. Par le biais de ses personnages Boubacar Diop pose les questions de l'héritage de ce génocide,  de la frontière pas systématiquement claire de la victime et du bourreau, du pardon, de l'oubli, de la folie, de la responsabilité historique locale et étrangère, de la résistance, de l'espoir et du doute.  La structure romanesque alterne les prises de parole des personnages pour mêler ces thématiques sans oublier de raconter une histoire - le retour de Cornélius l'exilé après le génocide. Ce n'est pas une simple suite de témoignages - Difficile de faire mieux que Jean Hatzfeld dans ce genre. Il y a aussi des réflexions lancinantes, des pics dans les esprits et dans les coeurs, qui ne cessent d'interroger cette zone d'ombre. Suffit-il d'un évènement historique, de la seule force du témoignage pour faire naître une oeuvre formidable? Non, c'est ce que notre époque a tendance à oublier dans sa frénésie de témoignages. Ce serait trop simple. Il faut aussi le talent et le travail de l'auteur comme dans Murambi. 

16.06.2009

Les bouts de bois de Dieu (Banty Mam Yall) - Ousmane Sembène

banty mam yall.jpgSous la colonisation, de Dakar à Bamako, en passant par Thiès, les cheminots africains se mettent en grève pour obtenir les même droits que leurs collègues blancs. S’engage une lutte âpre pour la dignité, contre l’injustice, le racisme. Elle sera ponctuée de violentes répressions, de morts, de souffrances extrêmes. Les blancs n’étant pas prêt à céder, iront jusqu’à priver certaines régions d’eau courante. Le récit de cette grève est épique, il atteint des sommets dramatiques et tragiques parfois insupportables. Sembène Ousmane fait œuvre de mémoire et rend hommage à cette lutte avec un lyrisme de l’action qui la rend vivante et présente. Les enjeux d’une Afrique à la croisée des chemins se révèlent derrière les dialogues bien sentis, les pensées des personnages emblématiques. Les grands thèmes de la littérature Africaine sont au rendez-vous, la problématique de la décolonisation, la rencontre de la modernité et des sociétés traditionnelles, le difficile écartèlement entre l’instruction et les coutumes, la conquête de la dignité noire, l’indépassable présence de Dieu et de la religion. Un classique.

Le ventre de l’atlantique - Fatou Diome

le-ventre.jpgUne littérature qui happe la réalité des immigrés africains en Europe. A travers, ses personnages attachants et tellement vrais, Fatou Diome décrit le rêve d’émigration de la population africaine. Les histoires s’enchaînent, les anecdotes s’accumulent et un monde noir, âpre, dur, insoupçonné du plus grand nombre se dévoile. Derrière les rêves d’argent, de football, de gloire, de retour gagnant, souvent l’enfer n’est pas loin. Mais comment résister à l’appel des sirènes quand il est si fort, quand on est aussi pauvre et aussi démuni que dans ce petit village du Sénégal, comme dans toute l’Afrique d’ailleurs ? C’est une histoire personnelle terrible, très émouvante qui s’empare de ce versant caché du monde occidental pour donner un roman fort qui pour ne rien gâcher ne dédaigne pas l’humour. Actuel et en prise avec un mal bien présent.

12.06.2009

Le docker noir - Ousmane Sembène

docker noir.jpgDiaw Falla est docker le jour, écrivain la nuit. Existence double, écartelée. Pour être édité, il confie son manuscrit à Ginette sans se méfier. Elle le fera publier sous son nom. Colère insoutenable, le meurtre accidentel advient. Il y a beaucoup de tragique, d’amertume dans ce livre, autour de ce héros « noir ». Le racisme, la pauvreté, l’exclusion, la dureté de la vie sourdrent du livre. Trimer le jour, écrire la nuit. Savoir que personne ne croit en vous à cause de votre couleur. Sauf les frères de souffrance et d’espoir. Il y a aussi un certain Marseille, une ambiance unique dans cette colonie africaine implantée dans la cité phocéenne. Un bon livre.

10.06.2009

La préférence nationale - Fatou Diome

la préférence nationale.jpgQuelques nouvelles, brèves, pour dire quelques aventures vécues par l'auteur dans son pays le Sénégal puis ici en France. Dans la langue, affleure une force, une intensité des sentiments qui n'empêche pas une certaine ironie et le rire. Fatou Diomé dit la difficile réalité des traditions et de leur poids dans le quotidien là-bas ainsi que le racisme, les préjugés, la discrimination et le décalage culturel ici. Insérés dans la banalité du quotidien, ces histoires d'une immigrée africaine en France, se révèlent fortes et intimes. Il faut ce genre d'ouvrage simple et direct, vigoureux pour que certaines vérités prennent chair et que les consciences continuent d'être martelées. Un témoignage vivifiant.