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Littérature Slovène

  • Un cœur de trop - Brina Svit

    svit.jpgUn coeur de trop est-il une simple histoire d’adultère comme les autres ainsi que le pourrait laisser deviner le titre ? Non. Un cœur de trop est un récit un peu plus fort qu'une banale bluette ou une autofiction fadasse à l'eau de rose, loin des platitudes incolores germanopratines.

    Lorsque le père de Lila Server meurt, il lui lègue une maison près du lac de Bled en Slovénie, son pays d'origine et un manuscrit: un coeur de trop. Alors qu'elle n'est censée effectuer qu'un bref voyage de funérailles, Lila va rester plus longtemps que prévu en Slovénie car s’y cache une histoire plus forte qui va l’attirer de nouveau vers son pays, vers son passé. Dans le legs de son père se trouve effectivement une vérité difficile mais en même temps un souffle de vie plus fort. Elle redécouvre son père et réveille en elle l'élan de la passion qui avec énergie et force l'éloigne de la vie parisienne rangée qui l'attend auprès de Pierre son mari et de ses enfants.

    Avec intelligence, Brina Svit établit un parallèle entre l'histoire du manuscrit du père de Lila et la vie de cette dernière. Elle évoque le mystère des aventures, le désir de vivre, de ressentir l’inconnu, à travers un récit plein d’allant, de rythme et de complicité avec le lecteur. Elle parle d'amour et d'amitié en creusant l'histoire entre Lila et son mari Pierre, qu'elle a arraché à une de ses amies vingt ans plus tôt.

    Un coeur de trop est également un récit sur le rapport à l’exil, à la double culture et au recul qui en résulte. Lila Server s'est détachée d'une culture qu'elle retrouve finalement dans des circonstances particulières. Partir, rester, à quoi s'accrocher, renouer, recommencer. Le questionnement sur sa relation à son pays, la Slovénie, est présent. Le style vivant, direct, ne cesse d’interpeller le lecteur. Un coeur de trop est une lecture simple et rythmée qui tire son épingle du jeu grâce à un certain exotisme et à la profondeur du personnage principal, sans oublier qu'un dénouement surprenant lui confère un intérêt supplémentaire.

     

  • Pèlerin parmi les ombres - Boris Pahor

    Pahor.jpgRésistant, l’écrivain slovène Boris Pahor a été emprisonné dans les camps de concentration nazis en Alsace (Natzweiler-Struthof), puis en Allemagne (Dachau et Bergen-Belsen). Pèlerin parmi les ombres, son chef d’œuvre, est le récit de cette expérience. Des années après sa libération des camps, Boris Pahor revient en une sorte de pèlerinage sur les lieux où il a connu l’inhumain. Il raconte l’univers concentrationnaire, ses épreuves, ses règles, et tout ce qu’il comporte d’inhumain. Il dit les traitements infligés, les conditions indécentes, les souffrances accumulées mais aussi les éclats d’humanité et les rares moments lumineux qui restent gravés dans sa mémoire. Il se souvient en traversant ces lieux de malheur de tout le mal qu’ils ont contenus.

    La force et l’originalité du livre de Boris Pahor tiennent surtout en ce pèlerinage autant qu’au récit des camps eux-mêmes. Boris Pahor revient sur les lieux de son martyr et interroge le présent sur sa capacité à digérer et à intégrer ce que furent les camps, à en tirer quelque chose pour le présent et l’avenir. Pèlerin parmi les ombres montre un homme qui des années après cette terrifiante expérience, est marqué de manière indélébile. Evoluant parmi les hommes qui n’ont pas connu l’enfer concentrationnaire, Boris Pahor est dans une solitude terrifiante. Dur, il pose des questions incontournables sur le devoir de mémoire et le tourisme lié aux camps, des questions sur ce qu’il reste des survivants et des morts de cette épreuve. Comment les autres peuvent-ils comprendre les camps ? Comment peut-il s’insérer parmi ces autres ? Comment survivre après cette épreuve, dans sa mémoire ?

    Pèlerin parmi les ombres, c’est une analyse de la survie du passé dans les lieux, dans les hommes, c’est un témoignage de la blessure interne, de la coloration du regard après les camps, c’est un message adressé à chacun d’entre ceux qui n’ont pas connu dans leur chair la vérité terrible du camp : que savez vous vraiment vous autres, que ressentez vous vraiment de cet enfer, que vous en reste t-il, que cherchez vous en regardant dans cet abîme ? C’est une interrogation de l’auteur sur sa vie et son expérience : comment vivre avec ça, comment trouver la bonne distance avec ça, comment le transmettre, comment le garder vivant, ne pas le trahir, comment se sauver des démons enfouis à jamais à l’intérieur, comment rendre justice à ceux qui n’ont pas pu survivre pour voir ces temps nouveaux ? Pèlerin parmi les ombres est un livre dur et mélancolique, triste et fort qui a une violence et un désenchantement contenus.

    Un témoignage fort.

  • L’élève de Joyce - Drago Jancar

    jancar.jpgDans les nouvelles de Drago Jančar, les personnages sont livrés à l’humour noir du destin qui les emporte dans des aventures tragiques complètement inattendues dont ils ne se remettent pas. L’histoire et ses gros sabots ou plus simplement un fait divers viennent casser la mécanique et la logique de ces personnages sûrs d’eux, de leurs logiques, de leurs actions, de leurs trajectoires. Ils ne comprennent pas vraiment ce qui leur arrive et essaient désespérément d’y échapper par la logique et le sens mais sont piégés par des éléments de leur passé, de leur histoire, qui enfouis en eux servent de ressorts à la terrible mécanique du désastre qui s’abat sur eux. L’élégance du style de Drago Jančar est couplée à une douce ironie qui convainc le lecteur. L’ombre de l’histoire, omniprésente dans ces nouvelles, et les références littéraires enrichissent ces nouvelles qui ont un charme mordant.