18.11.2009
Le vampire de Ropraz – Jacques Chessex

1903. Ropraz, coin perdu de Suisse romande. Quelques jours après son enterrement, la tombe de la jeune et jolie Rosa Gilliérion, la fille d’un notable, est profanée. Le crime est horrible, nécrophilie, anthropophagie, mutilation. La petite bourgade est en émoi. D’autant plus que dans un délai relativement court, deux autres cadavres de jeunes filles sont victimes des mêmes atrocités. Le mythe du vampire s’installe rapidement et la recherche du coupable occupe tous les esprits.
Jacques Chessex a une écriture épurée et sèche qui fait mouche. Elle s’efface pour laisser le pouvoir brut des faits toucher le lecteur. La violence et l’horreur imprègnent les pages à coups de descriptions brèves, cliniques. Il y a une justesse des mots qui installent rapidement le décor, l’ambiance et le contexte dans lequel se développe ce fait divers. Jacques Chessex dit la solitude, la rudesse de la campagne, de ces endroits perdus où la promiscuité, l’ennui, le grégarisme font un mélange peu gouteux d’alcool, de froid, de jalousie, de suspicions, de violences.
Alors quand surgit une affaire comme celle du vampire de Ropraz, il faut un bouc émissaire. Au secours René Girard. Vite. Ce sera donc Charles Augustin Favez, le vampire tant recherché. Un peu simple d’esprit, ce jeune homme qui s’adonne à des actes de zoophilie apparaît comme le coupable idéal. Il sera condamné à la réclusion à perpétuité et ce en dépit de l’intervention d’un psychiatre qui s’attache à comprendre ce cas particulier et à le sauver d’une injustice.
Dans cette deuxième partie du livre, Jacques Chessex montre les mécanismes de rejet, de colère et de violence du village qui veut son coupable et sa vie. Sous les yeux du lecteur, le déchaînement des passions est palpable. Jacques Chessex présente aussi l’autre face de ce mouvement en la personne de cette étrange femme qui est attirée par celui qui est rejeté, mais aussi par le monstre, l’odeur de souffre et de sang. En parallèle, il déroule l’enfance, l’existence de Charles Augustin Favez qui se révèle avoir été placée sous les plus mauvais auspices. Maltraitance, exclusion, perversité, pauvreté et bien d’autres calamités vont traumatiser à jamais celui dont à aucun moment on n’est sûr de la culpabilité.
Le vampire de Ropraz est un plus qu’un récit de faits divers intéressant. Il dispose d’une force liée au style de Jacques Chessex et aux mythologies, aux mécanismes sociologiques, psychologiques qu’il met en œuvre. Il est juste dommage que la fin du livre, dans laquelle l’auteur laisse libre cours à son imagination, ne soit pas vraiment convaincante, un peu artificielle. Cela ne porte pas trop atteinte à la qualité de l’œuvre dont la lecture est vivement recommandée.
11:22 Publié dans Littérature Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : faits divers, mal, déviance
23.06.2009
Un ami parfait - Martin Suter
Quand Fabio Rossi se réveille à l'hôpital, il est amnésique, sa mémoire est délestée des cinquante derniers jours à la suite d'un choc à la tête. Cet évènement traumatisant l'est encore plus lorsque Fabio Rossi se rend progressivement compte que ces jours qui lui manquent ont été ceux de tous les bouleversements dans son existence. En effet, Norina la femme qu'il pense aimer ne veut plus le voir alors que Marlène, une belle blonde plantureuse qu'il ne connaît pas, semble avoir récemment pris sa place. Il a également démissionné de son emploi de journaliste peu avant son traumatisme alors que ce travail était sa passion. Quant à son collègue et ami Lucas, il reste silencieux et semble savoir des choses qui le perturbent au sujet de ces jours évanouis...Mais que s'est-il donc passé durant ces jours absents de sa mémoire ?
Voilà comment Martin Suter lance son intrigue et façonne un noeud qui ne sera défait qu'au bout du livre. Un ami parfait a des allures de roman policier, mais pas seulement, il en a aussi les ficelles et les qualités. Les amateurs de polars seront séduits par le suspens haletant du livre et le mystère patiemment levé au terme d'une enquête passionnante, allant de surprises en surprises, sur le brouillard dans la mémoire de Fabio Rossi. Mais un ami parfait est bien plus qu'un roman policier, c'est aussi un roman psychologique qui explore les questions du moi et de l'identité par le biais de la mémoire. Qui est Fabio Rossi ? C'est la question centrale du livre et c'est ce que vont réveler les jours qui manquent à sa mémoire.
Qui sommes nous vraiment ? En chacun de nous un autre, différent, sommeille, qui peut surgir à n'importe quel moment, au profit de n'importe quelle faille. La mémoire est un outil qui peut nous permettre de garder une certaine cohérence dans les fluctuations du moi mais elle n'est pas infaillible. Comment peut-on être un autre ou un étranger dans sa propre vie ? Comment l'image que nous avons de nous-mêmes et de notre existence est-elle tributaire de notre mémoire mais aussi de celle des autres ? La quête de Fabio Rossi est déroutante car il se découvre, il découvre sa vie sous un autre jour, comme d'une autre personnalité. Et tout est différent bien sûr. Il ne faut pas sous-estimer le rôle de la mémoire dans ce que nous sommes et dans notre compréhension des choses qui nous entourent, du monde.
Les vérités que découvre Fabio Rossi sur lui-même et les autres quand il récupère sa mémoire ne sont pas belles à voir et le tragique qui rôde autour de cette histoire finit par surgir dans un dénouement surprenant. Il n'est pas négligeable de dire au passage qu'en parallèle de cette quête d'identité, Fabio Rossi redécouvre l'enquête qu'il menait avant son traumatisme crânien et qui n'est pas pour rien dans ses aventures. Il était sur un gros coup concernant l'industrie agro alimentaire: un scandale lié à la présence de prions dans des produits de grande consommation. C'est l'occasion pour Martin Suter d'égratigner ces grandes puissances industrielles et leurs intérêts financiers qui priment sur toute autre valeur. Quand on sait que la Suisse, patrie de Martin Suter, abrite quelques uns de ces groupes, la critique égratignant la confédération helvétique est plus limpide.
Un ami parfait est un ouvrage qui flirte habilement avec plusieurs genres. S'il n'y a pas grand chose à dire sur le plan du style, sinon qu'il se laisse lire facilement, c'est un ouvrage à recommander pour l'intelligence et l'originalité avec lesquelles il traite des thèmes de la mémoire et de l'identité. Très bon roman.
12:22 Publié dans Littérature Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mémoire, identité
Small World - Martin Suter
Le premier livre de Martin Suter porte sur le thème de la mémoire et de l'identité et constitue une peinture critique de la haute société suisse. Martin Suter emprunte un chemin original et peu évident pour développer son intrigue et ses thèmes: la maladie d’Alzheimer.
Conrad Lang, la soixantaine, est atteint du mal incurable. Cet homme qui a été toute sa vie au service de la puissante et riche famille Koch, dans laquelle il a également grandi au côté du fils héritier, est trahi par sa mémoire. Elle s'effiloche, s'effrite de manière imprévisible juste au moment où le bonheur semble lui tendre les bras. Des souvenirs enfouis, lointains, remontent depuis son enfance jusqu'à la surface. Et ils semblent ne pas être du goût d'Elvira Senn, la doyenne de la famille qui veille d'une main de fer à la réputation et à la prospérité des Koch.
Martin Suter a un art consommé du suspens, digne des maîtres du polar. Le lecteur est captivé et progressivement, les mystères qui entourent la famille Koch et Conrad Lang sont dévoilés en même temps qu'évolue la maladie d'Alzheimer de ce dernier. Le livre est très bien documenté sur cette pathologie et se révèle très instructif, intéressant car détaillé et précis, sans asphyxier le lecteur, en s'intégrant bien à l'histoire dont il est un moteur. La poursuite des souvenirs de Conrad Lang est le fil conducteur qui mène vers un final retentissant. Tout au long du livre, la bienveillance d'Elvira Senn envers Conrad Lang apparaît suspecte. Quels secrets cache la puissante Famille Koch - et son impitoyable matriarche - dissimulée derrière sa vitrine dorée ?
Le destin de Conrad Lang et celui de la famille Koch et d'Elvira Senn sont loin de ce qu'ils paraissent et offrent à Martin Suter l'occasion de réaliser un portrait sans concession de la haute société suisse et de son univers glacial, opressant et mortifère. L’auteur la démaquille habilement, lentement. "Nous en avons peut-être fini avec le passé mais lui n'en n'a pas fini avec nous". Réussi et prenant.
11:30 Publié dans Littérature Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mémoire, identité
19.06.2009
Ô vous frères humains - Albert Cohen
Albert Cohen avait dix ans et était heureux le jour où un camelot l’a traité de sale juif. A marseille, en 1905, dans la France d'Edouard Drumont - célèbre auteur de la France Juive. Dix ans seulement. C’est trop tôt pour supporter la différence. Trop tôt pour rencontrer une telle haine. C’est trop violent pour ne pas que cet enfant erre dans de noires pensées, éperdu de douleur, jusqu’à la tombée de la nuit.
Albert Cohen raconte ce drame personnel en 1972 alors qu'il est devenu un écrivain célèbre. Il s’adresse directement aux antisémites, à nous, à tous ses frères humains - épitaphe de François Villon, frères humains qui après nous vivez. Il nous parle avec émotion de son drame personnel, du drame de la haine de l'autre, avec dans le rétroviseur les abominations que l'on sait. Il y a évidemment des passages poignants, bouleversants, mais je dois avouer que peut-être le tout est-il un peu trop larmoyant, mélodramatique pour moi et aussi un peu trop étiré malgré le faible volume de l'ouvrage ?
Il est difficile de dire cela d’une telle expérience avec son arrière-fond historique et d'un grand écrivain, mais l'impression est tenace qu'Ô vous frères humains est en deçà de ce qu’il aurait pu être, un chef d’œuvre.
16:36 Publié dans Littérature Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : racisme, antisémitisme
17.06.2009
Lila, Lila - Martin Suter
Que peut-il arriver d'extraordinaire à David Kern, serveur de 23 ans qui travaille dans un bar branché ? Acheter un vieux meuble chez un brocanteur et tomber amoureux de Marie, une cliente qui lui semble inaccessible. En effet, dans l'un des tiroirs du meuble, se trouve un manuscrit écrit par un homme qui a décidé de se suicider. David y voit seulement l'occasion de briller devant Marie et se fait passer pour l'auteur. Mais voilà que la machine s'emballe. Le livre est un chef d'oeuvre et rapidement il se retrouve comblé au-delà de toutes ses attentes. Le succès littéraire et Marie sont à lui.
Martin Suter aborde un de ses thèmes favoris, l'identité, à partir de cette imposture. Qui sommes nous vraiment, jusqu'à quel point nos actes se confondent avec, définisssent ou trahissent ce que nous sommes, pouvons nous être totalement autres, qui voulons nous être ou paraître ? Quels sont les motifs profonds de mes actes ? Le mensonge initial de David Kern ouvre un abîme sous ses pieds et fatalement, il se trouve confronté à toutes ces questions. Il est bien facile d'épouser le mensonge et de finir par le prendre pour la réalité mais le voile peut se déchirer à tout moment.
Comment David Kern va t-il s'en sortir pour préserver ce qu'il a si miraculeusement acquis ? Là est le suspens sans cesse ménagé et renouvellé par Martin Suter qui possède un réel savoir faire en la matière. Il arrive à déguiser ses romans sous les oripeaux du polar. Il place des coups surprenants, déjouant les attentes du lecteur, aggripant ce dernier dans une certaine tension psychologique. Voici ainsi apparaître un clochard alcoolique qui prend assez aisément le contrôle de David Kern. Qui est-il, que veut-il, vers quoi pousse t-il le jeune homme, quelle place pour lui dans l'univers du jeune auteur ?
Car David Kern est piégé par le succès littéraire qui n'était pas forcément prévu dans son programme. Il est maintenant embarqué dans le milieu littéraire dont Martin Suter livre une description pas forcément très reluisante. Ses charges à peine voilées contre la société Suisse font place à un regard critique sur la cuisine des livres, les mécanismes, les luttes qui régissent un milieu atypique. C'est piquant et moqueur envers les éditeurs, les auteurs, les libraires et même le public.
Lila, Lila est un livre qui dépasse la simple critique du monde littéraire et les thèmes classiques autour de l'identité de Martin Suter. Si c'est le meilleur roman de Martin Suter, c'est parce qu'il arrive en plus à écrire une histoire d'amour forte en évitant l'affligeante banalité, l'eau de rose et les clichés. Il faut garder à l'esprit durant toute la lecture que David Kern fait tout ça pour Marie. Et se rendre compte du mélange explosif fait par l'auteur entre amour et imposture. De qui l'on tombe vraiment amoureux ? Qu'est ce qu'on aime chez l'autre ? Quel autre dans la mesure où le jeu de séduction implique un jeu subtil et dangereux de masques ?
Il y a quelque chose de profond et de juste, de douloureusement lucide aussi dans les pages sur les interrogations de David Kern au sujet de ce qu'il vit avec Marie. L'aime-t-elle vraiment pour ce qu'il est ou pour tout ce qui lui est tombé dessus avec ce manuscrit ? Très bon livre.
16:27 Publié dans Littérature Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écriture, amour, imposture
12.06.2009
Le livre de ma mère - Albert Cohen
Albert Cohen aime beaucoup sa mère au point d’écrire un ouvrage entier sur l’amour qu’il lui porte. Une déclaration unique. Entre regrets éternels, souvenirs poignants et douloureux, réflexions tristes et tendres, on découvre une mère comme on les aime, à l’ancienne. Une femme disponible, dévouée, croyante, gauche, inculte mais douée pour la cuisine, pour l’affection, fière de sa progéniture. Le mausolée de papier ne semble pas excessif pour cette femme. On pense souvent à nos propres mères, tant c’est émouvant, sentimental, mélodramatique, peut-être trop. Un tel ange existe t-il ? On flirte souvent avec la guimauve, tout dépend d’où l’on situe la limite.
12:26 Publié dans Littérature Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mère
11.06.2009
Le diable de milan - Martin Suter
La dernière œuvre parue de Martin Suter est moins réussie que les précédentes et est surtout à conseiller aux lecteurs qui ne sont pas familiers de l’écrivain suisse. Pour les autres, le diable de milan apparaîtra comme une redite de ses précédents romans, plus fade, moins surprenante, redondante même. Le talent est pourtant là et avec lui tous les éléments qui ont fait le succès de cet écrivain. Il y a peut-être juste un peu d’usure ou d’habitude.
Sonia, l’héroïne, est une récente divorcée. Elle fuit son ancienne vie de femme au foyer de richissime suisse et un mari violent pour l’hôtel Gemander. Objectif nouveau départ par une reprise de la vie active. Seulement, suspens, une série d’incidents plus ou moins dramatiques arrivent dans son nouveau cadre de vie et semblent poursuivre la trame d’un conte célèbre, le diable de milan. Tout ceci est-il seulement le fruit du cerveau de Sonia endommagé par un trip au LSD ou alors comme souvent les paysages froids et les univers feutrés de la société suisse cachent d’affreux secrets ? L’ouvrage délivre donc sa petite dose de suspens - un peu diluée malheureusement - la traditionnelle critique de la société suisse et de ses apparences - pas originale avec un air de déjà vu - ainsi que le petit supplément scientifique lié au mystère du cerveau et de la conscience de la réalité - moins essentiel à l’histoire et moins exploité que dans les romans précédents. De belles descriptions de paysages hivernaux et montagnards suisses et une ambiance oppressante de suspicion viennent compléter le tout pour faire du diable de milan, une œuvre qui se laisse lire, mais qui est assez décevante et quelconque pour les fans de martin Suter dont je suis. Moins réussi.
14:43 Publié dans Littérature Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04.06.2009
La face cachée de la lune - Martin Suter
Urs Blank est un avocat huppé d’un grand cabinet d’affaires Suisse. La quarantaine, il se rapproche du portrait type du businessman qui a réussi selon les canons vulgarisés par l'idéologie dominante. Presqu'une caricature. Les soucis financiers n'existent pas pour cet homme dont le temps est de l'argent, mais qui est en pleine crise existentielle. Oui, Urs Blank s'ennuie et est à la recherche de quelque chose de plus que tout ce qu'il a acquis et construit.
Le portrait de cet homme d'affaires est l'occasion pour Martin Suter de s'adonner à son sport préféré, une critique de la haute société Suisse. Un univers aseptisé, climatisé, gorgé d'opulence et de luxe, régit par l'argent et qui n'exclut pas une certaine forme de violence, de cruauté et de vilénie. La critique n'est pas masquée. Dans les affaires ou dans les relations sociales, le livre pointe les failles d'une civilisation rongée par l'argent, les conventions et l'apparence.
C'est ce monde que veut fuir Urs Blank en s'entichant de Lucille, une jeune hippie d'une vingtaine d'années rencontrée sur un marché. En effet, Lucille représente l'antithèse dans ses pratiques et ses valeurs de tout ce qu'est Urs Blank. Et c'est pourquoi elle est une bouée de sauvetage pour surmonter la crise qu'il est en train de vivre, jusqu'au jour où il l'accompagne à une dégustation de champignons hallucinogènes qui tourne mal. Il consomme un champignon rare qui fera qu'il ne sera plus jamais le même.
Dans un ami parfait et dans Small World, la mémoire était au centre de l'intrigue et servait de ressort aux questionnements sur l'identité qui ont la faveur de l'auteur, dans la face cachée de la lune, c'est ce champignon hallucinogène qui est le détonateur. Toujours très documenté, Martin Suter creuse les méandres du cerveau et de la personnalité qui le fascinent, pour nourrir ses thèmes et offrir une réflexion intéressante.
Urs Blank ne redescend jamais vraiment de son trip ou en tout cas il en revient autre, différent. Quelque chose en lui s'est transformé, a été libéré, s'est révélé ou s'est cassé, on ne sait pas vraiment. Urs Blank opère progressivement un retour à la nature, à la terre, dans la forêt, loin des convenances de cette société qui l'étouffe, mais peut-être aussi loin de lui-même ? Son instinct des affaires semble transformé en instinct du tueur et son désir d'une vie nouvelle, en soif d'espaces sauvages et vierges. Cet homme des bois était-il enfoui en lui, est-il uniquement le fruit d'une métamorphose de la chimie de son cerveau ou le rejet d'une société dont il ne veut plus faire part ?
Le livre change de rythme à ce moment là, plus sombre, plus inquiétant, plus lent. Ce n'est pas un essoufflement, c'est un bouleversement. Un homme à la dérive ou un homme autre, un homme différent est là. Pendant qu'Urs Blank apprivoise son nouveau territoire, les hommes le cherchent et révèlent de bas instincts. On est entre la critique du capitalisme triomphant, de la civilisation moderne occidentale et le voyage introspectif à la recherche de soi-même en passant par la fable pastorale vinaigrée. Le mélange de genres est une des caractéristiques de Martin Suter qui sait allier suspens, critique sociale et psychologie pour un livre intéressant.
09:07 Publié dans Littérature Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : identité, drogues, nature
28.05.2009
Hier - Agota Kristof
C’est un roman qui me laisse une impression mitigée. Il m’est impossible de dire que je l’ai aimé ou qu’il m’a convaincu. Les passages oniriques m’ont plutôt laissé de marbre et j’ai eu du mal à croire aux coincidences et à certains rebondissements. Souvent, je me suis dis qu’on ne faisait que passer à côté, frôler des choses essentielles. Il y a une désagréable sensation de manque de profondeur. Et pourtant, ce livre a quand même quelque chose, peut-être le ton résigné, abattu de l’auteur, une tristesse que l’on sent infinie. Les personnages sont frappés par l’exil et traînent ainsi une fracture interne dont la douleur est palpable. Peut-être que les autres œuvres de l’auteur en livrent plus et de meilleure manière ?
11:44 Publié dans Littérature Hongroise, Littérature Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

