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Littérature Tchèque

  • Amour et ordures – Ivan Klima

    Ivan Klima.jpgLa quatrième de couverture parle d’Amour et Ordures « comme le roman le plus important sur la Tchécoslovaquie d' " avant-Havel " ». Ce qui me laisse un peu dubitatif. Imaginez un peu, un auteur célèbre, tombé en disgrâce, qui devient éboueur dans Prague. Un quotidien de dur labeur pour celui qui se consacrait à l’écriture d’un essai sur Kafka avant d’embrasser cette réalité si prosaïque. Un homme confronté aux ordures qui a des choses à raconter sur la Tchéquie de la seconde guerre mondiale, vu qu’il a connu enfant le camp de concentration de Terezin. C’était avant le rideau de fer et la période communiste qui a assommé la réalité  avec une novlangue qui s’appelle ici le Jerk. Ça en fait donc des choses fortes à raconter pour un homme qui est en plus plongé dans une passion dévorante avec une maîtresse qui n’arrive pourtant pas à le convaincre d’abandonner sa femme.

    Il est juste dommage qu’Ivan Klima raconte tout ceci très mal. Amours et Ordures est un galimatias qui dévalorise ce matériau si riche en refusant d’y mettre de l’ordre ou de créer une véritable architecture narrative. Tout est balancé dans une logique de tout à l’égout qui épuise le lecteur et dilue son intérêt pour les thèmes de l’écrivain tchèque. Finalement, il y a un manque d’épaisseur dans la critique du régime communiste tout autant que dans l’évocation du camp de Terezin. Idem pour l’expérience d’éboueur qui souffre d’un bavardage inintéressant, souvent centré sur les anecdotes des collègues de travail. A la fin, ne reste de tout ça qu’un discours un peu fatigant sur Kafka et cette histoire de femme et de maîtresse qui n’a finalement rien d’extraordinaire et qui s’embourbe dans des situations pénibles et dans la redondance.

    Ivan Klima écrit parfois des choses assez belles, développe une réflexion brouillonne mais riche sur l’existence – notamment sur les ordures -, qui sortent le lecteur de sa torpeur. Ce ne sont cependant que des pépites dans un océan d’ennui et c’est bien difficilement qu’on atteint la fin du livre.

    Immense déception.

  • La fête de l’insignifiance – Milan Kundera

    la-fete-de-l-insignifiance,M144886.jpgVoici un moment que je craignais que ce jour arrive, entretenant secrètement l’espoir qu’il ne soit jamais. Il m’avait semblé s’éloigner un peu avec l’entrée dans la pléiade de Milan Kundera. Comme un point final à son œuvre. Il y avait certes le pincement au cœur de se dire que peut-être on ne lirait plus rien de neuf du grand auteur tchèque, mais en même temps la satisfaction de voir close, une œuvre cohérente, dense d’une intelligence et d’un brio romanesque remarquables. Et puis, voilà, est arrivée cette fête de l’insignifiance…

    Je ne fais pas partie de ceux qui jugent sévèrement l’œuvre de Milan Kundera depuis l’abandon du tchèque pour le français. Cela mériterait débat, mais j’ai toujours trouvé que l’essentiel de sa pensée et de son talent, et même de sa voix, était demeuré présent, simplement déployé dans des constructions romanesques différentes, moins impressionnantes, certes. Oui, mais maintenant il y a cette fête de l’insignifiance.  Une œuvre faible, qui sent la fin, et que pourtant dans un chœur suspect, la quasi-totalité des médias a salué comme un chef d’œuvre, le retour du grand Kundera pour certains. Faut-il mal connaître l’œuvre de Milan Kundera pour dire ça…

    Oui, la fête de l’insignifiance reprend les fameuses constructions chorales des premiers ouvrages de Milan Kundera, ces formidables chassés croisés de personnages qui rendent ces œuvres si complexes et si difficiles à résumer. Oui, le livre n’hésite pas à reprendre les thèmes chers à ce formidable auteur, jusque dans ce titre. La légèreté, l’ironie, le comique de l’existence, les horreurs du communisme, les failles de la modernité contemporaine sont également présents dans ce livre. Oui presque tout y est jusqu’à cette voix reconnaissable entre mille qui transpire l’intelligence, la profondeur et la distance salutaire.

    Oui, c’est bien Milan Kundera, mais en mode très, très mineur. Pour rester poli. Oui, Milan Kundera mais en ressassé, en dépassé, en altéré, en évanescent. Ce livre est très court, comme si l’auteur n’avait plus le souffle pour aller plus loin. Il est vite oublié, peut-être parce que les idées énoncées ne sont plus neuves, ne sont plus aussi fortes ou pire se noient dans la légèreté, l’esprit de farce voulus par l’auteur. Un esprit de comédie, de farce qui n’arrive pas à atteindre le lecteur nettement moins amusé que Milan Kundera. Oui, je suis dur mais l’image qui me vient est celle d’une valse arthritique avec des instruments pas toujours audibles…

    Pour ceux qui se rappellent de Tamina du livre du rire et de l’oubli, du docteur Skreta de la valse aux adieux ou du jeune poète Jaromil dans la vie est ailleurs, ou Tereza dans l’insoutenable légèreté de l’être (et tant d'autres), passez votre chemin. Aucun personnage fort ne s’imprime vraiment dans ce concert de voix d’amis qui racontent leurs vies pas vraiment passionnantes et qui passent dans un rire un peu forcé et des dialogues quelconques.

    Et à la fin, il ne reste plus grand-chose. Seulement la sidération de celui qui connaît, apprécie Milan Kundera qui reste l’un des plus grands romanciers contemporains. Peut-être qu’au mieux la fête de l’insignifiance pourra servir d’introduction à l’œuvre de Milan Kundera (ou d’appendice) parce qu’il en a malgré tout quelque chose, un peu d’ADN. Et encore, c’est vraiment à voir.

    Déçu.

     Insignifiant au regard de l’œuvre de Milan Kundera.

  • Turlupin – Leo Perutz

    quiproquo,comédien,noblesse,révolte,masque,fatalité,destin,filiationLes familiers de l’œuvre de Leo Perutz en reconnaîtront les caractéristiques principales dans Turlupin. L’écrivain praguois construit à nouveau avec ce livre, une de ces mécaniques de précision que constituent ses romans.

    Une fois de plus, le contexte historique occupe une place de choix dans le livre de Leo Perutz. On est en 1642, dans la France d’avant la monarchie absolue, celle qui précède à peine la fronde, qui est au centre du livre. Le cardinal de Richelieu, principal ministre du roi, ambitionne de réduire les pouvoirs de la noblesse. Dans le livre de Leo Perutz, le cardinal n’envisage rien de moins que l’extermination brutale de 17000 aristocrates par une masse populaire en furie. Ce sera le jour du « grand jeu de volant ». Un avant-goût de 1789, 150 années plus tôt, qui va capoter par un concours de circonstances liés à une improbable figure : Tancrède Turlupin.

    Destin et fatalité, sens et non-sens de l’histoire, se mêlent donc comme toujours chez Leo Perutz et d’une manière implacable grippent les projets du cardinal dans une succession de retournements de situation maîtrisés – dont un brillant dénouement - et à la logique implacable. Tancrède Turlupin est donc l’improbable jouet du romancier pour renverser la conspiration qu’il a mise au jour. L’œuvre de Turlupin, effectuée à son propre insu, repose sur un jeu de travestissements et de masques qui sont au cœur d’autres œuvres de Leo Perutz. Il y a tout un jeu très malin autour du quiproquo, sur les origines de Turlupin et du personnage de noble qu’il finit par incarner, qui forcent l’admiration du lecteur. Notons par ailleurs que Turlupin est le nom d’un célèbre comédien multifacettes de l’époque à laquelle se déroule le livre : Henri Legrand. Le livre peut-être perçu comme une sorte d’hommage à ses talents.

    Par ailleurs, Leo Perutz ne se contente jamais de construire d’impressionnantes et intelligentes machines narratives. C’est également un styliste qui peut s’avérer épatant comme lors de la magistrale ouverture (premier chapitre du livre) ou dans sa réappropriation du vocabulaire et de l’oralité façon France au sortir du moyen-âge. Il fait néanmoins des paris autour du picaresque, du burlesque et du comique qui ne fonctionnent pas toujours. Il est donc possible de trouver que ce Turlupin possède peut-être moins de rythme – que le tour du cadran -, moins de complexité – que le marquis de Bolibar – ou moins de portée – que la neige de saint-pierre – par exemple.

    Un Leo Perutz en mode mineur donc avec ce Turlupin, mais qui n’en demeure pas moins comme d’habitude, un romancier très habile, érudit et plaisant.