23.06.2009

Une rencontre - Milan Kundera

une rencontre.jpgDans la lignée, de l’art du roman, des testaments trahis et du rideau, Milan Kundera publie une rencontre, un recueil de textes portant sur des œuvres artistiques (littérature, peinture et musique) qui le touchent particulièrement et qu’il considère comme majeures. Les habitués des essais de l’auteur tchèque se retrouveront en terrain connu. Milan Kundera fait l’éloge d’œuvres dont il saisit et explicite la singularité et l’essence, la place dans l’histoire de l’art. Ces œuvres servent d’appui à une réflexion générale sur l’art, le roman, sur la modernité et l’humain. Ces essais offrent un éclairage sur la propre œuvre de Milan Kundera dont les thèmes chers et la vision artistique transparaissent dans ses éclairages. Milan Kundera a une analyse toujours originale, une réflexion d’une acuité toujours surprenante qui donne  l’envie d’aller à la rencontre de ces œuvres qu'il plébiscite. Un artiste qui arrive à donner envie d’autres artistes.

Dans la rencontre, il parle donc de littérature, forcément. Il encense ainsi une œuvre dont il souligne l’originalité de la forme et la puissance du style : la peau (et Kaputt) de Malaparte. Admirateur transi de ces deux romans, je ne peux que renvoyer à l’analyse lumineuse faite par Milan Kundera. Il sort du purgatoire, une œuvre que j’apprécie particulièrement, les dieux ont soif d’Anatole France et mène dans le même temps une brillante réflexion sur les listes noires en art. Dans d’autres chapitres courts, il parle également de romans de Philip Roth, de Dostoiveski ou encore de Juan Goytisolo, de Céline, de Gabriel Garcia Marquez, etc. Peu importe qu’on ait lu ces œuvres ou pas, l’envie de les (r)ouvrir est là quand Milan Kundera y souligne la débâcle des souvenirs, la comique absence de comique ou encore l’amour dans l’histoire qui s’accélère etc. En quelques mots justes, l'essence de ces ouvrages est révélée.

Dans la rencontre, il est aussi question d’héritage artistique au delà du roman, de Rabelais à Xenakis, en passant par Beethoven, mais aussi d’exil (thème essentiel s’il en est pour l’auteur) à travers Milosz, Skvorecky et d’autres. Milan Kundera a ses petites habitudes, alors personne ne sera surpris de lire un énième (et fatigant à la longue) panégyrique du musicien Janacek...Ce qui sera peut-être le cas s’agissant du chapitre réservé à la littérature dite des îles avec une lecture intéressante de Chamoiseau ou de Césaire, des connections avec les surréalistes. Il parle aussi de peinture en offrant un décryptage de Francis Bacon et une rencontre avec Ernest Breleur.

Une rencontre est un essai brillant, pas très surprenant pour ceux qui sont familiers de l'auteur tchèque, mais plaisant et qui montre comment Milan Kundera sait donner à comprendre une œuvre, à la désirer. C’est une fenêtre intéressante, sur sa propre œuvre et sa conception du roman, sa perception de la modernité, qui ravira le lecteur averti et ceux qui pensent comme moi que Milan Kundera est un géant de la littérature qui sait en plus passer d’autres oeuvres.

22.06.2009

Où roules-tu, petite pomme ? - Léo Perutz

selioukov.jpgUn des plus grands succès de Léo Perutz et un des meilleurs. D'abord paru en roman feuilleton dans le Berliner Illustrierten Zeitung, Où roules tu petite pomme ? s'est écoulé à plus de 3 millions d'exemplaires au moment de sa sortie.

Prisonnier de guerre sur le front Est pendant la Grande Guerre, Vittorin n'arrive pas à oublier les humiliations qu'il a subit de la part de son géôlier, l'infâme Selioukov. Il est rongé de l'intérieur par le démon de la vengeance qui le pousse à s'accrocher au serment de vengeance qu'il a conclu avec quatre de ses amis qui ont connu le même sort que lui. La normalité et une situation stable tendent les bras à Vittorin qui s'y refuse contrairement à ses amis. A sa façon, Où roules-tu petite pomme est un ouvrage original sur le retour des combattants à la vie normale, les difficultés de certains à réintégrer la vie ordinaire. La guerre ne quitte pas le monde intérieur de Vittorin, obnubilé par Selioukov.

Le talent narratif de Léo Perutz est exploité au cours du périple de Vittorin, pour assouvir sa soif de vengeance. Le lecteur est emporté au fil des pages par l'art du suspens et de la narration de l'auteir tchèque ainsi que par l'enchaînement millimétré des péripéties. Petite pomme, il roule avec Vittorin dans la Russie en pleine guerre révolutionnaire, en Turquie, puis en Italie, en France. Plusieurs vies, plusieurs aventures s'enchaînent dans une épopée vengeresse marquée du sceau de la fatalité et de l’échec. Léo Perutz ouvre un champ d'interrogations sur la destinée, le cheminement individuel, et la portée, les conséquences de nos actes. Nous sommes tous des petites pommes qui roulons, nous cabossons au gré du hasard, dans un jeu un peu absurde.

La vengeance est une chimère qui coûte cher.  Il y a quelque chose de la folie et l’ineptie dans ce sentiment. Vittorin s'en rend compte au fur et à mesure qu'il sème le malheur sur son chemin. Le livre se termine dans un final bouleversant. Au bout de la route, il y aura seulement la tristesse douce amère, l'ironie de la comédie humaine dans toute sa vacuité. Brillant.

19.06.2009

Moi qui ai servi le roi d’Angleterre - Bohumil Hrabal

hrabalroman.jpgGrandeur et décadence d’un homme. Voilà l’histoire de ce livre. Il a rêvé d’être riche, de posséder son propre hôtel de luxe. Parti au bas de l’échelle, en tant que groom, il a travaillé dur, appris, bénéficié de coups de pouce. Moi qui ai servi le roi d’Angleterre est un livre d’initiation original dans sa première partie. Le narrateur découvre la vie à travers un métier, un univers – celui de l’hôtellerie de luxe. Les femmes, l’argent, l’ambition, le pouvoir, le prestige, les sentiments, tout semble lui tourner autour et lui tomber dessus, vite, à travers des aventures, des histoires truculentes, drôles, riches. Bohumir Hrabal peint avec force et causticité l’avant seconde guerre mondiale. Le capitalisme flambant, la bonne chère, le luxe, les plaisirs, la débauche. La deuxième partie du livre marque la fin de l’innocence et de l’apprentissage et la brusque entrée en scène de l’histoire. Il n’y a pas de longueurs contrairement à la partie précédente. Voici nos amis les allemands qui viennent tout écraser et le petit narrateur ambitieux qui se noie dans l’amour…avec une allemande. La guerre et ses atrocités ? Bohumir Hrabal les raconte à sa façon, les péripéties du narrateur pour devenir un digne époux allemand. Tout y est en décalé, l’horreur de la guerre, l’idéologie nazie, l’occupation, le racisme, l’absurdité de cette folle entreprise, la collaboration, la résistance. Un concentré dont le cœur est la litost (cf. Milan Kundera) la honte du narrateur brusquement exposée aux yeux du monde. C’est aussi dans cette deuxième partie que le narrateur trouve la clé de sa fortune. La grandeur tant attendue, le faste tant espéré arrive. Grandeur dont le prix est à mesurer à l’aune des mésaventures subies. Grandeur qui apporte tout sauf peut-être quelque part l’essentiel. Cette troisième partie est brève. Le faîte de la grandeur ne dure jamais aussi longtemps qu’on le croît. Et vite l’histoire est encore là, qui écrase tout, et le petit narrateur et ses rêves. Cette fois-ci c’est le rêve rouge et la décadence. Bohumir Hrabal se moque des failles de l’histoire de son pays sans écarter le tragique. Il brise son héros pour le livrer dans la dernière partie du livre à  la maturité et à la rédemption, à la plénitude, loin de l’ambition, loin du tumulte de l’histoire, à l’abri, ouvert sur un autre rêve, celui de se raconter et de se comprendre. Le livre est une fourmilière d’anecdotes, d’histoires enchaînant, mêlant le tragique et le comique, le pathétique et le grandiose, la grande et la petite histoire, pour créer et narrer un destin dans un souffle puissant et continu, une voix présente et intense, une langue vivante.

18.06.2009

L’ignorance - Milan Kundera

ignorance.jpgMilan Kundera au sommet de sa forme, grandiose. Les pages défilent et lentement le réel se dénude, la lucidité intransigeante de l’auteur nous montre son vrai visage, dans ce qu’il a d’insupportable et surtout de pathétique, de risible. Comme a chaque fois. Chaque livre de Milan Kundera est un combat contre les mensonges et les apparences que nous acceptons ou que nous fabriquons pour supporter la réalité ou pour l’ignorer. Cette fois-ci, l’auteur s’attaque à la nostalgie et plus spécifiquement à celle des exilés, à la question du retour au pays des immigrés. C’est impressionnant de voir comment, en peu de pages, en quelques réflexions, dialogues, situations, Milan Kundera va au cœur du sujet, en ressort toutes les problématiques épineuses, et les intègre dans des constructions romanesques toujours aussi savoureuses. Quel est le sens de cette nostalgie de la terre ? Et aujourd’hui, avec toutes ces mixités, ces migrations massives ? Et si le retour n’était qu’une illusion ? La leçon romanesque est agrémentée des thèmes classiques de l’auteur, le rapport au corps, le communisme, la modernité, la lucidité, la litost. A quand le prochain, maître ?

L’identité - Milan Kundera

identité.jpgQui sommes nous vraiment ? Comment nous définir par rapport à l’autre ? Quel sens donner à l’identité dans les temps modernes ? Et le conformisme dans tout cela ? Milan Kundera explore ces questions à sa manière unique, entre roman et essai. A travers le prisme du couple Chantal et Jean-Marc, il creuse tranquillement ses pistes, toujours aussi lucide, aussi désenchanté, terriblement désillusionné. Si Milan Kundera est grand, c’est par cette acuité dans la perception du réel ainsi que des malaises et des interrogations de notre époque. Impossible d’éluder la question en ces temps d’individualisme, de conformisme. La force intellectuelle de l’auteur prend ici le pas sur le récit, loin de ses grandes constructions romanesques. Bien.

17.06.2009

Les testaments trahis - Milan Kundera

TT.jpgMilan Kundera écrit ses essais comme ses romans, même technique, même saveur pour le lecteur. A chaque fois, c'est tout un art du roman, une vision de la littérature qui est exposée. Et c'est peu de dire qu'elle est exigeante. Milan Kundera trace avec une certaine raideur, un ton péremptoire qui peuvent en agacer quelques-uns, le canevas du roman dans ce qu'il a de spécifique, d'unique, depuis Rabelais. C'est cette aptitude au comique, à la liberté pour déchirer le voile du réel et explorer toutes ses possibilités. Ce cheminement en compagnie de l'auteur tchèque nous mènent vers des combats dont il est coutmier.

Il faut lire Milan Kundera sur la traduction littéraire pour peut-être saisir la profondeur de l'enjeu. Il faut le lire sur l'interprétation kitchissime qui est faite de certaines oeuvres, notamment celle de Kafka, et découvrir par là-même ses lectures enrichissantes de ces oeuvres. Dans chaque livre quelle que soit sa nature, Milan Kundera entre en empoignade violente avec la modernité, comme un aigri pourront dire quelques récalcitrants, comme un penseur à l'esprit perspicace et acéré oserai-je. Il suffit de se reporter aux passages sur la vie privée entre autres. Dans les testaments trahis, Milan Kundera s'attarde plus que de coutume sur la liberté de tout auteur par rapport à son existence et son oeuvre qu'il offre en patûre à la postérité, au public, aux critiques, au monde. C'est cette thématique qui est au centre de l'ouvrage et qui sert de fil conducteur à l'ensemble des neufs chapitres. 

Dans les testaments trahis Milan Kundera fait une large place à la musique, art dans lequel il n'est pas profane. Aussi faut-il entendre toutes ces problématiques dans un sens très large. Difficile de résumer la richesse de ces essais. On ne peut que signaler une fois de plus à quel point lire Milan Kundera est un challenge excitant pour les passionés de littérature et de musique. Et ceci même s'il peut être irritant dans ses assertions à la hache, même si on peut refuter son approche de l'oeuvre de George Orwell, du rock etc.

Stimulant.

16.06.2009

Le tour du cadran - Léo Perutz

perutz_cadran.jpgLe tour du cadran, troisième roman de Léo Perutz, est en partie célèbre car les droits d'adaptation ont été achetés par la M.G.M. dans les années vingt et qu'Alfred Hitchcock s'en est inspiré pour l'un de ses films. En vérité, il est facile de comprendre l'intérêt de l'industrie cinématographique et du grand cinéaste au vu de l'intrigue.

Stanislas Demba se retrouve dans Vienne avec des menottes aux mains après avoir échappé de justesse aux mains des policiers. Normal, cet étudiant a essayé de revendre des livres volés à la bibliothèque. Maintenant, il s'agit d'essayer de s'en sortir dans des situations simples au quotidien mais impossible avec les mains menottées et la police aux trousses. Comment se soritr de cet imbroglio?  Telle est la question à laquelle le livre tente de répondre avec une succesion de chapitres qui montrent un Stanislas Demba qui essaie de redoubler d'ingéniosité pour cacher ses menottes mais obtenir de l'aide et de l'argent.

Une fois de plus Léo Perutz a conçu une brillante mécanique qui amuse le lecteur de situations trépidantes, mais aussi dramatiques et grotesques à la fois, qui requièrent de Stanislas Demba intelligence et trouvailles dans une situation de tension, d'urgence et de suspense. En effet, la police le suit et le temps passe, le tour du cadran, inarrêtable, immuable dans son mouvement, et pourtant de plus en plus pressant. La métaphore sur la course de chacun vers le néant dans un faisceau de contraintes est criante.

Stanislas Demba court vers le tragique, de chapitre en chapitre. La mécanique est implacable, la fatalité si chère à Léo Perutz l'a pris au piège. Au bout de la course, le final est réussi et le palpitant peut reprendre un rythme normal. La maîtrise narrative de Léo Perutz est admirable dans ce roman dont l'idée de départ, les mains entravées, simple, est à même de se transformer en deux ex machina d'un esprit et d'une oeuvre brillants.

15.06.2009

Le rideau - Milan Kundera

rideau.jpgMilan Kundera propose un véritable cours de littérature en sept parties. Avis aux amateurs, laissez-vous entraîner dans une leçon peu académique et peu orthodoxe. Le maître-mot ici est la passion de l’art du roman. Milan Kundera s’adresse à tous ceux qui ont la chose littéraire dans les viscères, ceux pour qui elle n’est pas un simple divertissement ou un passe-temps. Il les invite dans un cheminement personnel par lequel il leur fait découvrir sa lecture, des chefs d'oeuvre et de la nature de cet art particulier qu’est le roman.

Il essaie de définir ce qu’est le roman, pourquoi il est si spécifique, dans la littérature d’abord et par rapport aux autres arts. Il veut comprendre le roman et l’introduit dans une perspective historique d’abord puis géographique ensuite. L’idée est de saisir les évolutions de cet art dont les buts peuvent se résumer au fait de chercher à aller dans l’âme des choses. Mais qui sont donc ces gens qui cherchent le sens dans la chose écrite? Comment conçoivent-ils leur quête, leur travail, leur recherche? Il s’agit d’explorer toutes les problématiques, tous les enjeux face auxquels se trouvent l’art du roman et ceux qui le produisent. Quelles sont les menaces qui pèsent sur lui, ses faiblesses inhérentes, mais aussi ses potentienlaités infinies ?

C’est une réflexion intelligente, érudite et pertinente qui ne néglige pas le plaisir de lecture, ni les références. C’est un appel à la découverte, à la connaissance et l’amour de cet art singulier qui se pare des oripeaux de la docte leçon. C’est aussi une façon de comprendre l’œuvre de cet auteur majeur qu’est Milan Kundera, de découvrir ses influences, de percevoir sa lecture de l’histoire des arts, du sien et du monde moderne. La réflexion n’est jamais faible comme toujours et l’exigeance d’airain. On n’est pas obligé d’être en totale adhésion, seulement de reconnaître une réflexion vigoureuse et vivifiante qui ne saurait laisser indifférent le lecteur. Quand l’analyse et la compréhension de la littérature (du roman plus particulièrement) atteint le niveau de la littérature, force est de reconnaître le coup de maître.

12.06.2009

Le miracle du manguier - Léo Perutz

manguier.jpgLe miracle du manguier est un livre écrit par Léo Perutz en collaboration avec Paul Frank pendant la Grande Guerre. Si ce n'est pas mon préféré de Léo Perutz que j'admire, il n'en demeure pas moins un ouvrage plaisant et distrayant qui porte la marque decet écrivain tchèque que j'admire.

Dans le miracle du manguier, un médecin essaie de savoir quel est le secret de ce vieux baron, censé accomplir des exploits physiques incroyables pour son âge ? Collatéralement, il essaie aussi de percer le mystère de la très ravissante fille du baron qui a conservé une jeunesse d’âme charmante ? Armé de sa seule raison, le docteur se demande pourquoi le baron tient tant à sauver la peau de son jardinier indien qui est mourant et pourquoi il se cache de sa fiancée, la belle actrice ? Ce sont autant de mystères qui sont inextricablement noués autour d’un miracle qui est expliqué à la fin du livre.

Suivre le bon docteur qui mêne l’enquête en allant de surprise en surprise, rappelle le talent de Léo Perutz pour affubler ses romans des oripeaux de l'enquête policière. Evidemment, il y a un grand plaisir de lecture à se laisser entraîner par un maître du suspens qui ne rechigne pas à un peu plus d’humour que dans ses ouvrages précédents. Le fantastique est aussi présent comme souvent avec tous ces miracles et cet étrange fakir qui se meurt.

Pourtant, le miracle du manguier semble être un Léo Perutz en mode mineur. C’est peut-être l'association à Paul Frank, mais plus sûrement une question de maturité de l'oeuvre. Il y a des détails révélateurs pour qui connaît l'oeuvre de Léo Perutz. Le poids de la fatalité est un peu moins présent, la mécanique narrative est un peu moins addictive et surtout, beaucoup de choses, dont le dénouement très fantastique, se laissent facilement deviner. Moment agréable de lecture nanmoins.

Le marquis de Bolibar - Léo Perutz

le-marquis.jpgLe marquis de Bolibar est un des chefs d'oeuvre de Léo Perutz. C'est un de ces livres qui peut nécessiter au moins une seconde lecture afin de saisir l'habileté de l'écrivain à dérouler minutieusement une intrigue en jalonnant le chemin de nombreux éléments qui prennent sens dans le dénouement.

Le marquis de Bolibar est une merveille de construction romanesque qui s'appuie comme souvent chez Léo Perutz sur un contexte historique solide. Pendant les guerres Napoléoniennes, une ville espagnole tenue par les Français et leurs alliés allemands, est cernée par les résistants, soutenue par les anglais. La victoire des assaillants peut-être facilitée par la révolte des habitants de la ville. Et au même moment, courent les rumeurs sur le déclenchement d'une guérilla par un certain Marquis de Bolibar à l'aide de trois signaux.

Paru au sortir de 1914-1918, Le marquis de Bolibar est empreint d'abord d'une atmosphère de ruine, de guerre. Pourtant très vite, c'est le mystère, le fantastique qui sont progressivement distillés et c'est l'angoisse qui domine. Alors que ledit marquis est arrêté et exécuté, la mécanique est lancée et les signaux sont lancés, les uns après les autres. La fatalité semble à l'oeuvre et la mécanique qui mène à la boucherie est implacable. Tout le talent de Léo Perutz est là. C'est comme s'il était impossible que le marquis soit arrêté et que les signaux soient déclenchés. Etape par étape, l'évènement tant attendu arrive malgré toutes les tentatives des protagonistes pour l'empêcher.

Il y a quelque chose d'aliénant pour les personnages et pour le lecteur qui est tenu en haleine dans cette mécanique qui justifie le qualfificatif de Kafka aventureux dont Borges a affublé Léo Perutz. Comment deux régiments allemands ont-ils été anéantis par une guérilla réduite dans une petite ville d’Espagne durant les guerres napoléoniennes ?  La réponse est peut-être dans le fait que le fameux marquis de Bolibar semble pouvoir changer de visage. Mais qui est-il vraiment alors ? Le malin personnalisé ? Le dénouement est d'une force inouïe et surprenant. Les thèmes de l'identité, du démon intérieur sont une fois de plus nichés au coeur de l'oeuvre de Léo Perutz.

Le marquis de Bolibar est un chef d'oeuvre. 

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