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écologie

  • Briser la glace – Julien Blanc-Gras

    Briser la glace.jpgFidèle de Julien Blanc-Gras, c’est avec un plaisir certain que je me suis jeté sur Briser la glace. Depuis Touriste, c’est une joie de pérégriner avec cet écrivain voyageur moderne et original. Que ce soit aux îles Kiribati comme dans le paradis (avant liquidation) ou encore en Amérique latine dans Gringoland, son premier roman. Avec Briser la glace, il part à la découverte du Groenland, explorant l’immense territoire d’outre-mer du Danemark par la côte, à bord d’un voilier, accompagné de deux marins aguerris et d’un peintre.

    Cette équipée est l’occasion pour lui de découvrir la navigation, plus particulièrement en eaux glaciales et parsemées d’icebergs. C’est surtout une immersion dans un univers polaire qu’il arrive à raconter avec l’intelligence, l’humour et la distance qui le caractérisent. Ce qui fait aimer Julien Blanc-Gras, c’est ce regard décalé mais non moins acéré qui raconte un peu l’extraordinaire mais surtout le quotidien en essayant de dire de manière juste, l’essentiel. Il n’est pas vraiment à la recherche du sensationnel et n’est pas un de ces intrépides aventuriers, souvent donneurs de leçons, et c’est toujours rafraîchissant.

    Dans ce périple, il essaie de faire émerger sous nos yeux les paysages uniques du Groenland avec son climat glacial, ses icebergs, ses nuances de blanc, sa faune de phoques, de baleines. On a notre quota d’images et d’aventures nautiques. Le récit de voyage est aussi mâtiné d’histoire pour raconter un peu plus du Groenland, avec ce qu’il faut de pédagogie pour être passionnant sans être chiant.

    Julien Blanc-Gras ne se contente pas de fournir des images et des histoires. Avec son sens aigu de l’observation, il profite de sa rencontre avec la population locale (ou quelques spécimen étrangers) pour raconter sans y toucher aux difficultés que rencontre cette population confrontée à la disparition de leur culture traditionnelle face à une culture mondialisée et plus particulièrement celle du Danemark. Il dit le piège intérieur qui fait le lit de l’alcoolisme et de bien d’autres maux qui gangrènent une société qui a pourtant survécu et s’est adapté à un milieu très hostile.

    La voici maintenant confrontée à des enjeux d’envergure. Une autonomie qui pourrait ouvrir les voies de l’indépendance et surtout les questions environnementales et écologiques pour eux qui sont aux premières loges du réchauffement climatique avec entre autres la fonte de la banquise. Comment résister aux sirènes du reste du monde devant leurs ressources et préserver quelque chose de leur mode de vie et de leur identité ?

    Fin, drôle, dépaysant.

    Bien.

  • Journal intime d'une prédatrice – Philippe Vasset

    Prédatrice.jpgDeuxième volet du triptyque envisagé par Philippe Vasset, ce journal intime d’une prédatrice vient donc après le réussi journal intime d’un marchand de canons dont il suit le modèle. L’idée de ces ouvrages est de partir de faits ou personnages réels et d’une enquête de terrain pour construire une fiction qui dépasserait la vérité pour dénoncer les dérives du capitalisme rapace et décomplexé actuellement à l’œuvre dans notre contexte de globalisation.

    Après le marché des armes, Philippe Vasset reste audacieux en donnant pour intrigue principale à son livre, la trajectoire d’un fonds d’investissement sans scrupules qui a pour but d’exploiter économiquement les conséquences du réchauffement climatique et la fonte des glaces dans la région arctique. C’est l’occasion d’une peinture acide de ces milieux financiers sans vergogne et une critique acerbe de la course effrénée au profit, au-delà de toute autre considération, morale ou même de bon sens.

    Le livre de Philippe Vasset est convaincant dans sa description des mécanismes économiques des fonds d’investissement tout comme dans la mise en lumière des perspectives de profit existantes et des entreprises évoluant dans le contexte qu’il décrit. Philippe Vasset est documenté et sait parfaitement de quoi il parle jusque dans les détails, cela n’échappe pas au lecteur. Ce dernier ne peut qu’être intrigué en même temps qu’horrifié par le cynisme, l’avidité le goût du pouvoir et la bassesse qui constituent le marigot quotidien des personnages du livre.

    A ce titre la prédatrice éponyme du livre est symbolique de la nécessité de la fiction dans l’entreprise de Philippe Vasset. Personnage sans identité ni patronyme, simplement « Elle » ou « la reine des glaces », la prédatrice est l’incarnation fantasmée des conquérants voraces de la fortune et du pouvoir économique. Elle est une construction repoussante, figure de la dominatrice égocentrique, inhumaine, vouée à Mammon et au narcissisme nourri aux mamelles de la communication et de la mise en scène.

    Habile romancier, Philippe Vasset adopte le point de vue du factotum, de l’assistant à tout faire de ce personnage détestable pour en faire le portrait. Comment être aux premières loges tout en restant dans l’ombre ?  Un point de vue d’autant plus intéressant que cet indispensable aide à tout faire, à tout moment, est une figure de la transparence, de la servilité, dont le besoin d’exister, de paraître, de prendre la place est inversement proportionnel à celui de « la reine des glaces » avec qui il forme un contraste saisissant.

    Roman pas complètement maîtrisé, au formalisme parfois un peu lourd, hésitant entre le loufoque et le factuel, quelque fois un peu excessif et plutôt précipité dans son dénouement, le journal d’une prédatrice est néanmoins un livre troublant, captivant et intéressant. Cynique et doté d’un certain humour, il ose prendre à bras le corps des questions contemporaines et aigües que délaisse habituellement la fiction, osant nous parler de l’entreprise, de l’économie, de la mondialisation et des dérives du capitalisme financier.

  • L’écologie en bas de chez moi – Iegor Gran

    drôle,humour,écologie,amitiéJ’étais resté sur une bonne impression et quelques rires après la lecture d’ONG! d’Iegor Gran, il y a quelques années de cela, alors c’est avec un à priori positif que je me suis lancé dans l’écologie en bas de chez moi.

    Il a suffi d’une affiche placardée sur le tableau d’affichage de son immeuble l’invitant à regarder le documentaire de Yann-Arthus Bertrand, Home, pour faire sortir Iegor Gran de sa retenue et se lancer dans une croisade, non pas contre l’écologie, mais contre les idées reçues sur l’écologie, ses contradictions idéologiques, sa récupération politique, commerciale, sa veine apocalyptique et anti-culturelle. Souvenons-nous déjà que dans ONG, l’une des associations tournées en ridicule par leur guéguerre était une association écolo, la foulée verte…

    Iegor Gran n’y va pas de main morte dans son réquisitoire. Il démonte les idoles et les raisonnements faciles à coups de démonstrations et de notes de bas de pages qui prouvent qu’il y a du travail de recherche derrière chacun de ses arguments. Il faut lire ses passages sur le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), sa critique des ouvrages de différentes figures écologiques incontournables (Al Gore, Nicolas Hulot…), entre autres pour se convaincre d’une certaine justesse de son propos et de son regard.

    Ce livre aurait pu être pénible, lourd s’il avait été écrit par quelqu’un d’autre qu’Iegor Gran. Celui-ci arrive à articuler son argumentation autour de situations concrètes, bassement quotidiennes et d’observations simples qui allègent l’ensemble. Par ailleurs, il intègre son propos à un récit autofictionnel marqué par la rupture d’une amitié et permet au livre de ne pas être unidimensionnel. Et puis surtout, il écrit dans un style direct - avec une verve quasi-pamphlétaire - qui est réjouissant tant il ne lésine pas sur l’humour, grinçant de préférence, l’exagération, l’ironie et le cynisme. Il y a à chaque page ou note de fin de page, un amour de la punchline ravageuse qui doit être savouré.

    Moins drôle et enlevé qu’ONG, l’écologie en bas de chez moi est en fait un plaidoyer pour la culture et l’histoire de l’évolution de l’humanité, qui ne doit pas nous faire nier l’intérêt et la pertinence d’une réflexion et d’une action écologique débarrassées de certains écueils actuels.  

    Note : A mettre en relation avec 2 essais: Le fanatisme de l’Apocalypse de Pascal Bruckner ou Le nouvel ordre écologique de Luc Ferry.