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éthique

  • Amsterdam – Ian Mc Ewan

    ian_mcewan_amsterdam.jpgLa citation de W.H Auden, extraite de La croisée des chemins, en épigraphe d’Amsterdam dit l’essentiel du livre : « Les amis qui furent ici ensemble et s’étreignirent sont partis, chacun vers ses erreurs ». La mort de Molly Lane, critique et gastronomique et photographe qui fréquente la haute société Londonienne, est le point de départ de cette histoire centrée sur l’amitié et les valeurs morales. D’un côté, Clive Linley, musicien reconnu, en charge de composer une symphonie pour le millénaire, de l’autre Vernon Halliday, patron de presse, qui essaie de redresser un vénérable quotidien en train de prendre la poussière. Jusqu’à quoi sont prêts ces deux protagonistes pour arriver chacun à leurs fins ? Que sont-ils prêts à sacrifier sur l’autel de leurs ambitions personnelles ?
    Il est facile pour chacun d’entre nous de travestir nos pires actions avec les habits de la vertu pour garder la face alors que nous piétinons allègrement les valeurs morales que nous prétendons défendre. C’est ce que font Clive et Vernon, chacun sous le regard de l’autre. En fait, ils n’ont en tête que leurs carrières professionnelles et leurs prestiges personnels respectifs quand ils basculent, chacun à leur façon de l’autre côté de la morale. Place à la mesquinerie, à l’égoïsme, au cynisme et à la lâcheté, qui font que ces vieux amis en arrivent à s’interroger sur le sens de leur amitié et à ne plus se reconnaître au point de se dire : « nous savons si peu de choses les uns des autres. Tels des icebergs, nous ne donnons à voir que la surface, d’une apparente clarté à l’usage du monde, d’un moi dont l’essentiel reste immergé. »
    Comme souvent, Ian McEwan fait montre d’un réel sens de l’immersion, en nous plongeant complètement dans le quotidien professionnel de ses deux personnages. Les pages sur la musique avec Clive ont une certaine beauté et sont réussies, portant au passage une réflexion acide sur la création artistique. Celles sur la conduite de la rédaction d’un quotidien avec Vernon sont fouillées et révélatrices des problématiques actuelles du journalisme coincé par l’effritement des ventes et tenté par le spectaculaire et l’indécence au détriment d’un traitement de fond et de la qualité. L’auteur anglais permet ainsi aux questions éthiques auxquelles sont confrontés ses deux personnages de prendre plus de relief.
    Ian McEwan a un savoir-faire évident qui lui permet de mener habilement son intrigue qui monte crescendo vers une conclusion paroxystique. Il déshabille progressivement ses personnages avec intelligence, révélant leur côté obscur qui est l'enjeu central de son livre. Amsterdam pourrait ainsi être une totale réussite n'eut été la fin pour laquelle l'auteur anglais a opté. C'est vraiment dommage car ce dénouement, quoi qu’original, est un peu prévisible, trop scénarisé, voire grotesque. L'impression globale du livre souffre donc de sa dernière partie sans suspens et un peu longuette. Ce n’est néanmoins pas l’essentiel à retenir d'Amsterdam qui a d’autres qualités: une fluidité dans la narration, une écriture limpide et beaucoup d’ironie.

    Moins dense et abouti que Samedi ou Expiation.
    Booker Prize 1998.
    OK.

  • Cinq questions de morale – Umberto Eco

    9782246561613.gifCe livre est un recueil de cinq textes d’Umberto Eco qui sont à l’origine des conférences ou des interventions. Ils concernent 5 thèmes dont l’actualité est toujours brûlante et qui concernent des secousses profondes qui animent la civilisation occidentale. Avant de survoler chacun de ces thèmes, je tiens à souligner le caractère accessible de chacun de ces textes ainsi que la vigueur et l’originalité de la pensée d’Umberto Eco qui ne se lasse pas de surprendre et donc de stimuler le lecteur.

     

    1/ Penser la guerre est un collage de 2 textes parus respectivement à l’occasion de la première guerre du golfe et de l’intervention militaire de la communauté internationale au Kosovo. Si on peut rester prudents devant l’impossibilité et l’inutilité de la guerre comme le proclame Umberto Eco, force est de reconnaître la mise en lumière qu’il fait des difficultés de mener et de gagner les guerres au sens traditionnel. Depuis le caractère néfaste pour des pans de l’économie en passant par l’impact des opinions publiques et l’interpénétration du village global jusqu’à la nécessité de faire le moins de victimes, il nous montre que les enjeux de la guerre ont changé et qu’elle n’est peut-être plus « efficace ». Une réflexion à apprécier au regard de l’intervention US en Irak et Afghanistan.

     

    2/ Le fascisme éternel est un texte qui essaie de préciser la nature polymorphe et insidieuse du fascisme et donc d’expliquer sa renaissance et sa menace permanente sur les démocraties du monde entier. Umberto Eco distingue le fascisme d’autres types de totalitarismes et surtout définit un ensemble de 14 traits intrinsèque du fascisme. Une grille de lecture intéressante.

     

    3/ Sur la presse, est un rapport présenté devant le Sénat italien et qui porte sur les difficultés de la presse en raison notamment de la concurrence des autres médias. Ce qui est frappant dans ce texte, est la perception aigüe qu’à Umberto Eco de la tabloïdisation progressive, du grégarisme et des enjeux financiers et rédactionnels de la presse. Si l’auteur italien semble très (trop ?) remonté contre l’influence de la télé et des hommes politiques à ce sujet, il perçoit également la menace internet alors que le rapport n’est écrit qu’au milieu des années 90. Notons qu’Umberto Eco propose une voie de secours qui n’est pas la tendance actuelle en raison du degré d’exigence et des moyens qu’elle demande. Il souligne les dangers d’un quatrième pouvoir défaillant et dénaturé.

     

    4/ Texte le moins abouti à mes yeux alors qu’il porte sur un sujet qui m’intéresse, Quand l’autre entre en scène. C’est un morceau de la correspondance d’Umberto Eco avec le cardinal Martini sur l’éthique naturelle et celle fondée sur la transcendance ou la foi. Il aurait tout simplement fallu développer un peu plus.

     

    5/ Les migrations, la tolérance et l’intolérance est un collage de textes. Je veux souligner leur caractère original sur le thème de l’immigration. La distinction que fait Umberto Eco entre migration et immigration est vitale pour un regard neuf sur les mouvements de population. Sujet d’actualité s’il en est. Le lien est tout trouvé avec une réflexion sur le caractère naturel et profond de l’intolérance qui nécessite un travail d’éducation à la base. Rien de novateur dans ce 2ème texte, surtout comparé à celui sur l’intolérable qui propose ni plus ni moins que de redéfinir constamment notre seuil d’intolérable et de sortir de nos règles communes à chaque fois qu’il nous semble avoir atteint quelque chose que nous ne pouvons plus supporter.

     

    Ouvrage intéressant, pistes de réflexion ouvertes sur ces sujets.