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  • L’amour nègre – Jean-Michel Olivier

    9782253161844-T.jpgIl s’appelle Moussa, mais aussi Adam et puis Aimé ; il a vécu sur 4 continents, d’abord en Afrique, puis en Amérique, en Asie et enfin en Europe et pourtant il a à peine une vingtaine d’années ; il a été heureux chez les pauvres et puis malheureux chez les riches ; il a connu le dénuement total et puis l’abondance outrageuse ; il est un symbole de la mondialisation actuelle et de quelques-unes de ses dérives. En tout cas, c’est ce qu’il veut être, c’est ce qu’il est censé représenter. Il est le héros de ce roman de Jean-Michel Olivier qui part donc d’un personnage potentiellement fort et charismatique,  d’idées potentiellement intéressantes, de trajectoires plutôt originales pour aboutir à un roman raté dans les grandes largeurs.

    Non, l’amour nègre n’est pas le grand roman qu’il ambitionne d’être et que l’on peut deviner dans ses schémas. La faute d’abord à l’aspect caricatural qui fausse une bonne partie du propos de Jean-Michel Olivier. Si Moussa/Adam/Aimé connaît la folle existence qui est la sienne, c’est la faute d’un couple d’acteurs méga célèbres qui décident de l’adopter et de le sortir de son petit village d’Afrique pour le plonger dans le grand cirque de leur vie. Il faut lire la première partie de ce livre consacrée à l’Afrique donc pour le croire. Comment est-il possible d’avoir encore au XXIème siècle une telle vision de l’Afrique ? Une telle collection de préjugés est absolument terrifiante. Jean-Michel Olivier ne peut pas se cacher derrière un quelconque humour ou une quelconque ironie ou satire pour expliquer cette vision de l’Afrique.

    C’est la même inclinaison au cliché et au manque de finesse, aussi bien dans la psychologie des personnages que dans les situations, que Jean-Michel Olivier déploie quand il s’agit de décrire le monde hollywoodien dans lequel débarque Moussa/Adam/Aimé. Oui, d’une certaine façon, on est dans le burlesque, dans la moquerie au sujet de ce milieu, dans l’exagération sans doute volontaire des traits dessinés par l’auteur suisse, mais cela ne marche pas vraiment parce qu’assez souvent le grotesque, la lourdeur, la facilité semblent être du côté de l’auteur, du traitement même du sujet. Sans doute parce que ce monde hollywoodien est déjà une mise en scène, parce que nous sommes volontairement ou pas bombardés de clichés au sens propre ou figuré qui sous-entendent ce que le livre décrit et moque, ce dernier se trouve dénué de force.

    Hollywood est déjà une caricature, tout comme les tabloïds etc., alors que peut bien apporter ce livre en étant une caricature de la caricature ? L’envers du décor qu’il dessine, ne dévoile rien. L’amour nègre est irrémédiablement contaminé par la vacuité et la futilité de son sujet qui n’est donc pas vraiment l’adoption, le choc culturel de Moussa/Adam/Aimé (malgré la multiplicité des pères) dans cet univers mondialisé, mais bien le vide hollywoodien. Et ce n’est pas le jeu, un rien facile et pauvre, de camouflage des personnalités réelles (en vrac : Brad Pitt, Angelina Jolie, George Clooney…) singées ici qui améliore l’ensemble. On se rend compte que Jean-Michel Olivier n’a finalement pas grand-chose d’intéressant à dire sur ce milieu et sur la mondialisation qui est pourtant bien présente dans le livre. Pas plus d’ailleurs, sinon des clichés encore, sur la Suisse qui est le décor de la dernière partie de son livre.

    L’écriture seule n’aurait pas pu sauver ce livre mais il aurait été appréciable que la voix de Moussa/Adam/Aimé soit moins artificielle. Elle n’est globalement pas celle d’un enfant africain né dans un village perdu, pas plus qu’elle ne devient celle d’un adolescent plongé dans la folie Hollywoodienne. Et le fait de truffer le texte de tubes, de marques et de références mondialisées sans aller plus loin dans ce qu’ils impliquent n’arrange rien. Même en prenant le livre au second degré, en se contentant de le lire comme  une pochade, difficile de le trouver drôle, (im)pertinent, etc.

    Raté, mauvais.

  • Kathy - Patrice Juiff

    kathy.jpgVoici une de ces histoires horribles que le Nord de la France semble pouvoir enfanter régulièrement dans son contexte de chômage, de pauvreté, de rudesse climatique, de détresse humaine. L’histoire, inspirée d’un fait divers réel, est celle de Kathy, une orpheline abandonnée par ses parents à l’âge de 3 ans, qui décide de les retrouver alors qu’elle n’est pas encore sortie de l’adolescence. C’est donc ainsi que Kathy va découvrir et intégrer une famille peu attirante, qui vit à l’écart du monde, survit de divers trafics plus ou moins légaux et s’épanouit dans la violence, l’alcoolisme et le sadisme dans un décor mêlant nature, crasse et déchets de toute sorte.

    Kathy fantasme sa famille, elle est prête à tout pour en être un membre véritable et oublier son ancienne vie. Cela est-il possible ? Oui, une fois délestée de son pécule qui la place au-dessus d’eux, une fois prête à s’abaisser à leur niveau, à accepter un univers de cruauté, de souffrance, de géhenne. Car, très vite le voile fin, le leurre ridicule du bonheur minuscule tombe, et voici la vraie nature de ces êtres du bout de l’humain avec le père violent, le frère incestueux, le beau-frère psychopathe, la sœur hypocrite et jalouse, la seconde sœur mère mourante, la mère martyr. Le cauchemar arrive avec violence après la fausse idylle. La cruauté est diffuse avant d’exploser.

    Cette histoire donne un autre visage aux thèmes classiques autour de l’orphelin : de la recherche d’identité, du comble du vide affectif aux interrogations et retrouvailles, à la spécificité des liens filiaux. Il est cependant dommage que l’essentiel du livre soit aisé à deviner et qu'il traîne en longueur là où il devrait être bref et vice-versa. L’équilibre entre la période idyllique et la suite n’est pas optimal. Il est tout aussi dommage que les relations de Kathy avec sa famille d’adoption restent superficiels, les questionnements d’orpheline de Kathy méritaient certainement plus de place et de développement, plus de profondeur. L’histoire demeure quand même assez effrayante et plutôt empreinte d’émotion.

    Pas de quoi s'extasier...