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adultère

  • En l’absence de Blanca – Antonio Munoz Molina

    blanca.jpgMario est un fonctionnaire quelconque d’une petite ville de province d’Espagne. C’est un honnête homme, le prototype du bon gars de la classe moyenne. C’est le genre de personne à qui on pourrait facilement reprocher un manque d’ambition parce qu’il se contente de ce qu’il a, d’une vie simple centrée sur son travail, son foyer et un attachement aux valeurs traditionnelles. Un type comme Mario peut-il vraiment réussir à vivre avec Blanca ? Peut-il satisfaire une femme aussi belle, aux grandes aspirations, qui ne rêve que de grandeur et d’une vie d’artiste ? Peut-il suffire à une femme inconstante, un peu fragile, qui s’ennuie de la vie morne et paisible de la petite ville de Jaen ?

    Blanca est d’une certaine façon l’Emma Bovary d’Antonio Munoz Molina. Mario est un Charles Bovary passionnément amoureux de l’instrument de son tourment. Il est fasciné par une Blanca qu’il n’aurait jamais pensé pouvoir avoir, qui est bien au-delà de ses espérances par sa beauté. Sa vie ne tourne plus qu’autour de cette femme qu’il n’a cesse de désirer, qui le passionne, qui représente tout ce qu’il n’est pas, tout ce qu’il n’a pas. Il est prêt à tout pour elle et sa fantaisie. Par amour. Comment retenir une telle colombe ? Comment éviter qu’elle n’ait envie de partir avec un autre, vers un ailleurs, plus excitants ? Les affres de la jalousie ouvrent leurs trappes sous les pieds d’un pauvre Mario rongé par le doute.

    Dans ce court roman avec ses dix chapitres ciselés, Antonio Munoz Molina dévoile à partir de flash-backs une histoire d’amour asymétrique. Avec une certaine économie de moyens, il évoque la jalousie, la peur de perdre l’autre, de voir l’amour disparaître, au-delà même de l’adultère. Le drame affleure lorsqu’un autre pointe sous les traits de la personne aimée. L’incompréhension pointe le nez et souligne les différences entre les amoureux et la vanité de tous les sacrifices effectués.

    Première rencontre plutôt agréable avec Antonio Munoz Molina n attendant de mieux le découvrir.

    OK.

  • Amour et ordures – Ivan Klima

    Ivan Klima.jpgLa quatrième de couverture parle d’Amour et Ordures « comme le roman le plus important sur la Tchécoslovaquie d' " avant-Havel " ». Ce qui me laisse un peu dubitatif. Imaginez un peu, un auteur célèbre, tombé en disgrâce, qui devient éboueur dans Prague. Un quotidien de dur labeur pour celui qui se consacrait à l’écriture d’un essai sur Kafka avant d’embrasser cette réalité si prosaïque. Un homme confronté aux ordures qui a des choses à raconter sur la Tchéquie de la seconde guerre mondiale, vu qu’il a connu enfant le camp de concentration de Terezin. C’était avant le rideau de fer et la période communiste qui a assommé la réalité  avec une novlangue qui s’appelle ici le Jerk. Ça en fait donc des choses fortes à raconter pour un homme qui est en plus plongé dans une passion dévorante avec une maîtresse qui n’arrive pourtant pas à le convaincre d’abandonner sa femme.

    Il est juste dommage qu’Ivan Klima raconte tout ceci très mal. Amours et Ordures est un galimatias qui dévalorise ce matériau si riche en refusant d’y mettre de l’ordre ou de créer une véritable architecture narrative. Tout est balancé dans une logique de tout à l’égout qui épuise le lecteur et dilue son intérêt pour les thèmes de l’écrivain tchèque. Finalement, il y a un manque d’épaisseur dans la critique du régime communiste tout autant que dans l’évocation du camp de Terezin. Idem pour l’expérience d’éboueur qui souffre d’un bavardage inintéressant, souvent centré sur les anecdotes des collègues de travail. A la fin, ne reste de tout ça qu’un discours un peu fatigant sur Kafka et cette histoire de femme et de maîtresse qui n’a finalement rien d’extraordinaire et qui s’embourbe dans des situations pénibles et dans la redondance.

    Ivan Klima écrit parfois des choses assez belles, développe une réflexion brouillonne mais riche sur l’existence – notamment sur les ordures -, qui sortent le lecteur de sa torpeur. Ce ne sont cependant que des pépites dans un océan d’ennui et c’est bien difficilement qu’on atteint la fin du livre.

    Immense déception.

  • Etrange façon de vivre – Enrique Vila-Matas

    etrange-facon-de-vivre.jpgVoici un écrivain qui doit donner une conférence sur « la structure mythique du héros » et qui décide de la modifier le jour même de sa performance. La raison ? Un ultimatum de son amante, accessoirement sa belle-sœur, qui lui demande de plaquer sa femme et son fils pour la suivre, sous peine de disparaître définitivement avec un autre homme. Au lieu donc de sa conférence habituelle, bien rodée, cet écrivain décide donc d’écrire un nouveau discours à même d’influencer la décision de son amante qui sera présente dans la salle.

    En réalité, ce qu’il va vraiment faire, c’est surtout disserter bien trop longuement sur son ambition d’écrivain et son projet d’écrire un roman réaliste sur sa rue et ses habitants. C’est l’occasion d’une interminable analogie entre l’espionnage et l’écriture, le fil conducteur de cette journée qui s’écoule lentement entre souvenirs loufoques et micro-aventures abracadabrantesques qui arrachent pourtant difficilement un sourire. La vérité est que tout ça sonne faux et intéresse finalement peu : le grand-père fou, le père dépressif, le fils mentalement en retard, la femme aimante qui ne suscite pas la passion, l’amante intenable.

    Le dilemme intérieur du personnage qui a un choix cornélien à faire et qui essaie de se raccrocher à la littérature est finalement noyé au fond de cette nouvelle conférence qui essaie de puiser dans son travail d’écriture en cours et on comprend finalement que rien ne sortira de tout ça, sinon un peu d’érudition, quelques anecdotes et beaucoup d’ennui.

    Deuxième incursion dans l’univers d’Enrique Vila-Matas et une déception supplémentaire vis-à-vis d’une œuvre qui peine à concrétiser ses promesses. C’est le livre d’un écrivain qui veut écrire sur sa condition et sur son travail mais qui se voile derrière cette histoire de couple, se contente de bavardages, d’errances narratives faussement maîtrisées et très ennuyeuses.

    Une œuvre qui tombe à plat.