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amitié

  • Entre amis – Amos Oz

    Entre amis Amos Oz.jpgJ’avais été moyennement convaincu par la boîte noire, prix fémina étranger en 1988 et premier ouvrage par lequel j’ai découvert Amos Oz. Je le suis beaucoup plus par ce recueil de nouvelles de l’écrivain israélien. Les huit nouvelles qui composent le recueil racontent la vie dans un kibboutz en Israël dans la deuxième partie des années 50. Avec beaucoup d’intelligence, de subtilité et un savoir-faire narratif évident, elles se renvoient les unes aux autres, s’entremêlent, associent les mêmes personnages, évoquent les mêmes histoires pour finalement composer une réalité unique, comme celle d’un roman.

    La description de la vie dans le Kibboutz via ces nouvelles permet de mettre en lumière les problématiques de la vie en petite communauté et les difficultés posées par la volonté de se conformer aux idéaux initiaux de cette entreprise. Vers quelle direction le kibboutz doit-il évoluer ? Quels principes doivent être assouplis et dans quels cas ? Quels sont les besoins qui doivent primer ? Comment encaisser les inévitables chocs et les conflits internes entre les membres de la communauté ? Autant de questions qui surgissent devant les différents protagonistes d’entre amis. Elles sont évidemment renforcées par ce contexte de promiscuité, de survie et d’utopie du kibboutz.

    Ce qu’il y a de formidable dans ces nouvelles, c’est qu’elles dépassent ce contexte spécifique du kibboutz pour finalement parler plus généralement de la vie et de sujets aussi simples mais essentiels tels l’amitié, la mort, l’adultère, le désir, l’envie, etc. Comment réagir lorsque votre fille de dix-sept-ans se met à sortir avec votre ami, un séducteur qui a trois fois son âge ? (Entre amis) Comment résister à l’attraction d’une femme forte qui est son amour secret d’enfance alors qu’on est marié ? (La nuit) Comment faire face à la mort prochaine d’un père qui a perdu la tête et qui se trouve si loin du kibboutz ? (Papa) Comment supporter la souffrance de son fils et la tristesse de son couple si ce n’est en étant le pitre du kibboutz ? (Un petit garçon)…

    Amos Oz arrive à parler de choses dures et tragiques avec beaucoup de finesse et de subtilité. Il est très juste dans la mise en scène de situations complexes, tendues qui révèlent l’essence des conflits à l’œuvre dans le kibboutz et chez ses personnages. Ces derniers sont vivants et marquants alors que chacune des nouvelles est finalement assez courte. Entre amis est une œuvre marquée par la solitude et la mélancolie qui s’efforce de jouer avec l’ironie et une pointe d’humour pour révéler le tragi-comique de l’existence.

    Excellent.

  • L’ombre du vent – Carlos Ruiz Zafon

    apprentissage,amour,franquisme,littérature,amitiéDans le Barcelone d’après seconde guerre mondiale, Daniel Sempere, un adolescent, est conduit par son libraire de père au cimetière des livres oubliés, le siège d’une confrérie d’amateurs d’œuvres oubliées. C’est là que Daniel découvre l’Ombre du vent de Julian Carax, le livre qui va changer sa vie. Julian Carax et son œuvre deviennent progressivement une obsession pour Daniel qui est confronté aux mystères d’une existence singulière. Qui est vraiment ce Julian Carax qui a disparu entre la France et Barcelone, hanté par un amour maudit et une œuvre infructueuse à laquelle semble en vouloir particulièrement un mystérieux individu ?

    Énorme carton de librairie bâti sur le suspense autour du dévoilement de la vie de Julian Carax et son impact sur celle de Daniel Sempere, l’ombre du vent est un livre très décevant qui souffre de nombreux défauts rédhibitoires. Il faut réellement s’armer de courage pour aller au bout de ce pavé de plus de six cents pages. Tout d’abord, cela demande de supporter le style ampoulé et bien trop maniéré de Carlos Ruiz Zafon qui, quand il n’est pas simplement trop tape-à-l’œil, alourdit le récit et dessert les personnages. Ces derniers sont par ailleurs plutôt construits à la truelle. Ils sont presque tous caricaturaux, manquant de nuances et de crédibilité, à l’image de Fermin Romero Torres, un vagabond au grand cœur, à la langue bien pendue et au passé trouble, qui est littéralement insupportable… Tout comme ces accès de bons sentiments et de guimauve qui parfois débordent du livre.

    En fait, l’ombre du vent ne fonctionne pas vraiment parce que sa mécanique est lourde, pataude. Les rebondissements du livre sont un peu théâtraux quand ils ne sont pas prévisibles. Le parallèle entre Daniel Sempere et Julian Carax est plutôt bien mené mais est un peu grossier. L’avancée dans l’intrigue est laborieuse parce que Carlos Ruiz Zafon utilise des ficelles trop visibles et se lance sans maîtrise dans un mélange de genres. Le livre s’avère ainsi un peu brouillon en étant à la fois roman d’apprentissage, roman policier, roman d’amour, etc. et en essayant de mâtiner tout ça de fantastique, de mystère et du contexte historique de la guerre d’Espagne et du franquisme.

    Quelconque. Sans intérêt.

  • Retour à Little Wing – Nikolas Butler

    Retour à Little wing.jpgIls sont quatre amis d’enfance issus de Little Wing, une insignifiante bourgade de fermiers du Middle West américain : Kip, Lee, Hank et Ronny. Des amis avec des trajectoires différentes. Après des années à trimer, Lee est aujourd’hui une rock star mondiale avec une vie de strass et de paillettes à des années-lumière du quotidien de Little Wing où vit encore son meilleur ami Hank. Ce dernier est un agriculteur qui peine à joindre les deux bouts avec sa ferme mais qui jouit d’un bonheur conjugal avec sa femme Beth et incarne une continuité, une permanence des choses à Little Wing. Kip, lui est devenu un riche courtier en matières premières et a décidé de revenir s’installer dans la ville pour lui redonner du souffle en reprenant et en redynamisant le vieux silo à grains où ils montaient tous les quatre pour admirer le soleil couchant avec Ronny. Le dernier membre de la bande est un ancien champion de rodéo, petite gloire locale, devenu handicapé suite à un accident de beuverie.

    Il y a quelque chose dans Little Wing qui aimante chacun de ces quatre personnages et qui les y fait revenir inévitablement ou les empêche de la quitter. Cette terre qui se meurt petit à petit, avec son bar minable, ses commerces qui ferment, ses champs de maïs qui n’arrivent plus qu’à faire subsister ses habitants, à leur offrir une réalité en apparence plus étriquée que celle qu’offre le vaste monde moderne des médias. Peut-être est-ce en raison de ses paysages de l’Amérique profonde, celle du Wisconsin, de ses grands lacs, de ses terres enneigées qui s’inscrivent profondément chez ceux qui y sont nés. « Notre vraie patrie, c’est l’enfance » (Baudelaire). Little Wing, c’est l’autre Amérique, loin de New York ou de la Californie, celle des petites communautés qui défendent ces valeurs dont se targuent encore tous ses citoyens.

    Revenir à Little Wing, y rester ou en partir. Pour nos quatre amis, les alternatives ne sont pas les mêmes. En fonction de leurs trajectoires et de leurs problématiques présentes, chacun a un rapport singulier à Little Wing et avec les autres membres de la bande. Prenant chacun la parole, ils racontent leurs enfances à Little Wing, leurs espoirs, leurs combats pour en arriver à leurs situations présentes, les liens qui les unissent malgré le temps, la distance et les épreuves, ce qui les séparent aussi. Kip, Lee, Ronny, Hank et même Beth, constituent l’âme de Little Wing. Ils en racontent l’histoire en même temps que la leur. Ils en disent l’essence tout en la dépassant pour toucher à l’universel car en fin de compte, ce dont il s’agit, ce n’est rien de moins que des histoires, d’hommes qui se cherchent, d’amour, de fraternité, d’échecs, de réussites, de failles intimes, d’hésitations. La vie quoi.

    Ce roman choral est une réussite. Les personnages ont une force et une épaisseur de personnages qui les maintiennent à l’esprit du lecteur. Nikolas Butler fait preuve d’une réelle maîtrise narrative dans la mise en scène, des interactions entre ses personnages, des différents rebondissements et intrigues. Son livre est un véritable page-turner qui fait preuve d’une humanité et d’une présence fortes notamment grâce à son atmosphère et à ses magnifiques descriptions du Wisconsin. Dans une langue simple, juste et agréable, le jeune auteur américain délivre des moments touchants et intelligents au sein d’une ode à sa terre.

    Simple, efficace et très bon.