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  • L’histoire de Pi – Yann Martel

    histoire-de-pi.jpgL’océan Pacifique. Un canot de sauvetage. Dernier vestige d’un cargo qui transportait exceptionnellement la famille Patel, ainsi que quelques animaux de son zoo, depuis Pondichéry jusqu’au Canada où elle émigrait. Voici donc d’un côté de l’embarcation le bien nommé Piscine Molitor Patel, adolescent féru de religions, un brin original, unique survivant humain de la catastrophe. De l’autre côté, Richard Parker, un tigre du Bengale de plus de 200 kilos. Et c’est parti pour un drôle de "huis clos" de 227 jours qui arrive à tenir en haleine le lecteur.

    Yann Martel arrive grâce à un véritable sense of wonder, à une histoire incroyable et riche en rebondissements, à captiver le lecteur. Il y a dans l’histoire de Pi un véritable art de raconter qui s’appuie sur une foule de détails pour rendre vivante et presque crédible cette fable. C’est indéniablement plaisant, même si on peut reprocher quelques longueurs et quelques situations un peu exagérées à l’auteur Canadien. Il a de toutes façons réussi à créer un personnage très attachant, à la voix forte, en la personne de Piscine Molitor Patel.  

    Le récit de Yann Martel fonctionne. Il n’avait pas nécessairement besoin du prologue censé lui rajouter un crédit supplémentaire. Pas plus que des courts passages mettant en scène Yann Martel à l’écoute d’un vrai Piscine Molitor Patel racontant son histoire. Ces procédés qui peuvent être appréciés, ou pas, sont moins essentiels que la dernière partie du livre. Si dans l’écriture et la mise en scène, cette dernière est plutôt ratée, elle a le mérite d’ouvrir une potentielle relecture de l’histoire de Pi. Elle aurait mérité un plus grand développement et un meilleur travail au niveau de la narration. La question qu’elle soulève est centrale et ne cesse d’habiter le livre et le lecteur. Comment croire Piscine Molitor Patel ?

    Il est vraiment dommage que cette question soit liée à celle de la croyance en Dieu et vienne en cela pointer une des faiblesses du livre : le charabia religieux qui n’apporte pas grand-chose – on est parfois au niveau de Paulo Coehlo, c’est dire… - et qui est même bien moins intéressant que le bavardage sur les animaux. Yann Martel nous sert un bric à brac syncrétique qui ne mérite pas vraiment qu’on s’attarde là-dessus et qui est heureusement un peu moins présent dans le cœur du livre: le face à face entre Pi et Richard Parker.

    Malgré des défauts, l’histoire de Pi est un bon divertissement et une histoire forte, dont il ne faut pas faire une montagne non plus – comme lui donner le Booker Prize en 2002 par exemple... 

  • Chien-Blanc - Romain Gary

    chien%20blanc.jpgUn chien Blanc en 1968, aux Etats-Unis, c’est un chien dressé pour attaquer les noirs. L’arrivée inopinée d’un de ces chiens chez Romain Gary, alors consul général de France à Los Angeles, est le point de départ de cet excellent roman. C’est une façon originale d’aborder le problème noir qui, à cette époque (toujours ?), taraude l'Amérique.

    Romain Gary explore avec un regard critique et pertinent, les problématiques et implications de cette situation complexe. Son humour teinté de cynisme est maintes fois salutaire tant ces aventures entraînent des rencontres avec la bêtise. Ici, ni misérabilisme, ni cachotteries, Romain Gary parle de tout ouvertement, il fait le tour des questions liés au mouvement des droits civiques et plus généralement aux noirs: les guerres internes du mouvement noir, les illusions, les écueils de ce dernier, les blacks panthers, mais aussi, la folie blanche, la culpabilité, l’hypocrisie ultra présente dans les milieux favorables aux noirs, notamment à Hollywood, le point de vue des noirs au quotidien, les réalités hors des Etats-Unis.

    On n’a pas beaucoup de points de vue d’écrivains français sur ce sujet à cette époque. Il y a une réflexion profonde qui joue en intelligence et subtilité avec l'histoire personnelle de l'auteur, s'appuie sur l'actualité et l'aventure particulière de ce fameux chien blanc pour nous éclairer sur différentes problématiques liées au racisme et aux mouvements des droits civiques. Le final est à sa façon, une leçon.

    Très bon livre. Intelligent et empli d'humanisme.