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apocalypse

  • Le paradoxe de Fermi – Jean-Pierre Boudine

    Boudine.jpgLe monde s’est effondré. Sa chute a commencé au début du XXIème siècle et a été inexorable. Une crise financière mondiale a débouché sur une crise systémique dont la civilisation mondialisée ne s’est jamais remise. L’humanité a sombré dans un chaos autodestructeur qui semble annoncer la fin de son espèce après une pénible agonie qui l’a vue retourner à l’âge de pierre… Tout cela est raconté par le personnage principal de Jean-Pierre Boudine, un survivant de cette apocalypse. Réfugié dans une grotte des alpes pour échapper à ses semblables ayant plongé dans la barbarie, il survit misérablement et raconte donc la disparition du monde tel que nous le connaissons.

    Le récit de l’apocalypse par Jean-Pierre Boudine se veut didactique. La quasi-totalité du livre est consacrée à relater de la manière la plus réaliste possible l’enchaînement des évènements qui a conduit à l’effondrement du monde. C’est une intention louable, mais c’est un mauvais choix romanesque. Tout peut être remis en question dans cette fin du monde qui peut paraître rapide, artificielle, trop mécanique et donc moins crédible. Son récit est bien trop didactique pour véritablement passionner et ne pas être long par moments. L’histoire du narrateur survivant en vient à n’être que superficielle sans réussir à passionner et à incarner cette apocalypse.

    Le piège dans lequel tombe Jean-Pierre Boudine, est celui de sacrifier à l’explication de sa fin du monde, la création de personnages puissants, de péripéties ou d’intrigues fictionnelles solides pour la soutenir. Ce n’est pas possible après la route de Cormac Mc Carthy… Le récit de Jean-Pierre Boudine est en fait uniquement tendu vers un final bavard qui essaie de donner une réponse au paradoxe de Fermi. S’il n’y a pas eu de situation de premier contact jusqu’à aujourd’hui, c’est parce qu’à partir d’un certain niveau de développement technologique, les civilisations deviennent fragiles, avec une grande propension à s’autodétruire avant d’atteindre les étoiles. Une idée finalement pas si originale même si le récit a le mérite de pointer la fragilité de nos mondes que nous occultons bien souvent.

    Quelconque.

  • L’homme illustré – Ray Bradbury

    l-homme-illustre.jpgL’homme illustré est un exemple de bonne science-fiction des années 50. L’ouvrage est construit comme bon nombre d’autres de l’époque. Un recueil de nouvelles compilées et reliées entre elles par un fil conducteur relativement ténu. En l’occurrence, les dix-huit nouvelles indépendantes du recueil s’articulent autour de la rencontre entre le narrateur et le fameux homme illustré éponyme dont le corps tatoué n’est rien d’autre que le réceptacle de toutes ces histoires. Originale et plutôt inspirée, l’histoire de cet homme maudit, réceptacle de visions mystérieusement animées du futur peut être également perçue comme une lointaine ébauche des hommes-livres de Fahrenheit 451.

    La plupart de ces nouvelles sont assez datées, portant en elles des interrogations, des espoirs et des craintes de l’époque de leur rédaction, sans pour autant être totalement dépassées. Il y est en effet surtout question d’apocalypse et de fin du monde avec une inquiétude du feu nucléaire aujourd’hui moins palpable qu’à l’époque du rideau de fer. A travers chacun de ses récits, Ray Bradbury se lance aussi dans une critique toujours actuelle de la guerre mais aussi de la censure, une dénonciation du racisme et déjà de la société de consommation et du futile. Le tout étant souvent tourné vers les étoiles et plongé dans une ambiance omniprésente de conquête spatiale qui est aussi le reflet des fifties.

    Que les amateurs de hard science-fiction passent leur chemin. Ils pourraient être crispés ici par le côté naïf et complètement déconnecté de toute réalité scientifique de Ray Bradbury. Dans l’homme illustré, les fusées sont légion, conduites comme de simples voitures, les autres planètes du système solaire sont facilement atteignables et habitées, habitables par d’autres créatures ou des humains sans mention d’une quelconque terraformation. Tant pis si tout cela est un peu kitsch, l’essentiel est en effet ailleurs, dans l’humanité et la poésie que Ray Bradbury insuffle à chaque récit. Tous les grossiers artifices de cette science-fiction à papa ne servent qu’à dessiner quasiment à chaque fois des perspectives humanistes d’une force remarquable. Ces textes sont souvent touchants, portant derrière leur fantaisie apparente un regard perspicace sur des questions de société et tout simplement sur les hommes.

    Dans un ensemble malgré tout inégal, mentions spéciales donc à la brousse, aux automates qui font preuve d’une certaine intuition et sagacité vis-à-vis de la technologie (réalité virtuelle et robotique), aux superbes comme on se retrouve et kaléidoscope qui évoquent avec beaucoup de sensibilité le racisme et la condition humaine, à la grand-route et à la pluie, témoins convaincants d’une littérature  et des thèmes de cette époque.

    Un bon recueil pour découvrir Ray Bradbury avant de se tourner vers les chroniques martiennes et surtout vers l’incontournable Fahrenheit 451.

  • Pluie noire - Masuji Ibuse

    pluie_noire.jpgShigematsu et son épouse Shigeko aimeraient bien marier leur nièce Yasuko, mais ils n’y arrivent pas bien que celle-ci semble être de prime abord un parti intéressant. La faute à la rumeur publique qui court sur son compte. Malgré sa bonne santé apparente, Yasuko aurait été contaminée par les retombées de la bombe atomique quelques années plus tôt. Pour arriver à la marier Shigematsu décide donc de prouver que sa nièce n’a pas été contaminée en retranscrivant le journal de cette dernière ainsi que le sien. C’est par ce procédé un peu artificiel que Masuji Ibuse couvre la période du bombardement d’Hiroshima, depuis le lancement de « little boy » sur la ville le 06 août jusqu’au 15 août 1945.

    Classique de la littérature Japonaise et plus précisément de la littérature de la bombe atomique, Pluie noire est un livre qui se situe à la frontière de la fiction et du témoignage. Il multiplie les entrées de journaux intimes de japonais ayant été contaminés par les retombées de la bombe et agglomère ainsi une succession de témoignages qui mettent la lumière sur l’enfer qu’a constitué l’explosion atomique pour tous ceux qui l’ont vécue. Il n’y a aucun détail qui est épargné au lecteur et cet évènement apocalyptique est décrit dans toute son horreur.

    Tout y passe, d’abord l’instant zéro avec une lumière aveuglante, le fracas de la bombe, l’onde de choc et l’incompréhension. Ensuite, c’est le constat terrible et évident des différents dégâts matériels et de l’impact de la bombe sur la ville qui a été soufflée et détruite dans un  rayon impressionnant. Et puis bien sûr il y a les morts, les mourants, partout, dans toutes les positions, surpris et emportés par l’atome ; il y a les blessés de toutes sortes, partiellement brûlés ou autrement atteints, plus ou moins mobiles; des survivants qui errent dans les décombres, dans un menaçant décor de fin du monde, dans un état d’hébétude, d’incompréhension et d’abattement, à la recherche de leurs proches. Que se passe-t-il dans les moments qui suivent pareil cataclysme ?

    Masuji Ibuse montre une société qui a littéralement explosé avec la destruction de tous les services publics et de la présence de l’état. Personne ne sait ce qui se passe, à qui s’adresser, quoi faire, où aller, ni comment. Le vide créé par l’explosion n’est pas que physique. Et l’ignorance de ce qui s’est vraiment passé, de la réalité de la bombe A pèse aussi sur les esprits, tout comme elle pèsera sur les corps pendant bien longtemps. Le récit, partant de quelques années après l’évènement, s’attarde plus particulièrement sur les radiations et les maladies qui découlent de l’exposition aux radiations de la bombe. C’est une préoccupation d’autant plus omniprésente et angoissante pour tous que personne ne sait ce qui arrive vraiment aux personnes malades. Les médecins s’avèrent ignorants et démunis et la détresse générale est grande face à un mal insidieux, aux symptômes protéiformes, parfois invisible pendant des années, latent.

    L’intérêt de Pluie noire est indéniable et il est aisément compréhensible qu’il soit devenu un classique, il n’en présente pas moins des défauts qui ont altéré mon plaisir de lecture et ma perception plutôt positive du livre. Pluie noire est long, par moments interminable, une sensation qui ne tient pas tant au nombre de pages qu’à l’accumulation des témoignages. C’est une litanie qui à la fin devient répétitive et qui finit par perdre de son impact.

    La minutie de Masuji Ibuse à travers le principe de retranscription des différents journaux intimes n’arrange rien à l’affaire. Les descriptions et les cas s’enchaînent avec une recherche de la précision et du détail impressionnante et fastidieuse à la fois. Difficile de ne pas avoir la sensation que par moments on s’attarde très longuement sur du "dispensable". Il y a un caractère harassant et asphyxiant à une telle  profusion de détails et à une telle rigueur. Surtout que le tout est associé à une certaine froideur et à un aspect clinique du récit. Si cela contribue à une certaine distanciation certainement appréciable pour supporter un sujet très fort et sentimentalement très chargé, il en résulte aussi un récit parfois impersonnel,  peu impliquant pour le lecteur.

    Avis mitigé sur ce classque.