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apprentissage

  • La promesse de l’aube – Romain Gary

    CVT_La-Promesse-de-laube_1616.jpegExiste-t-il un plus bel hommage littéraire à une mère que La promesse de l’aube ? Probablement pas. Chaque page de ce livre suinte l’amour que Romain Gary a porté à sa mère. Et plus encore de celui, incommensurable que cette dernière a eu pour lui. On pourrait croire que le livre est excessif, qu’il s’englue dans les bons sentiments et dans la guimauve, comme parfois le livre de ma mère d’Albert Cohen, mais il n’en est rien. C’est le génie de Romain Gary qui livre là un magnifique portrait de la femme en mère.

    Ce n’est pas une ode dénuée de distance et d’esprit critique, ni un simple cri du cœur touchant mais complètement indigeste, bien au contraire, c’est un portrait profond, tendre mais intelligent, teinté d’humour et de philosophie. Romain Gary a une façon unique de se mettre en scène et de se raconter. C’est un conteur hors pair qui a l’art de la conversation, de l’anecdote, du portrait voire parfois de la maxime. De sa plume alerte, il narre autant qu’il analyse avec ce ton moqueur et cette fausse modestie qui ne gâche pas le plaisir de lecture. C’est un homme accompli qui revient sur son enfance et sa jeunesse avec une salutaire distanciation.

    Difficile donc de ne pas être conquis par le récit de sa vie passée avec sa mère, depuis sa tendre enfance en Lituanie dans une Vilnius encore polonaise, en passant par l’adolescence à Nice, jusqu’aux années de guerre vécues par le jeune homme sur différents fronts. Une première partie de la vie de Romain Gary qui est marquée par l’ambition démesurée que sa mère ne cessera d’avoir pour lui et à laquelle il s’attachera à répondre tant bien que mal : devenir un grand homme. Des rêves de succès, de triomphes illimités aussi bien dans le domaine professionnel qu’intime.

    Comment répondre à une telle injonction professée dès le plus jeune âge de Romain Gary ? Comment faire face à une telle charge d’amour cachée derrière cette ambition et cette foi sans faille dans le destin de son fils ? C’est à la fois une chance et un fardeau. Il ne s’agit rien de moins que de combler l’absence d’un homme auprès de sa mère, de racheter toutes les frustrations nées de ses échecs passés, de combler ses espérances placées dans un futur radieux. Il s’agit de ne pas trahir cette femme et de récompenser tous les sacrifices qu’elle a faits pour que son fils ait le meilleur et le devienne !

    Romain Gary tisse des louanges au caractère de cette mère énergique et combative qui fait face à un destin revêche. Il raconte les difficultés pécuniaires, la galère et les subterfuges pour lui échapper. La route de la grandeur passe par les épreuves de l’exil dont Romain Gary profite pour dire son amour de la France via celui inconditionnel que sa mère porte à sa terre d’accueil. Il se raconte par la même occasion, écrivant un bien original roman d’apprentissage en creux. C’est la formation d’un homme qui se dessine sous le poids de cet imposant amour maternel. Un homme à la destinée multiple et épique qui se dévoile progressivement. Finalement, Romain Gary sera écrivain, héros de guerre, diplomate et j’en passe. Malheureusement, un peu trop tard…

    Fort, touchant, superbe.

  • L’ombre du vent – Carlos Ruiz Zafon

    apprentissage,amour,franquisme,littérature,amitiéDans le Barcelone d’après seconde guerre mondiale, Daniel Sempere, un adolescent, est conduit par son libraire de père au cimetière des livres oubliés, le siège d’une confrérie d’amateurs d’œuvres oubliées. C’est là que Daniel découvre l’Ombre du vent de Julian Carax, le livre qui va changer sa vie. Julian Carax et son œuvre deviennent progressivement une obsession pour Daniel qui est confronté aux mystères d’une existence singulière. Qui est vraiment ce Julian Carax qui a disparu entre la France et Barcelone, hanté par un amour maudit et une œuvre infructueuse à laquelle semble en vouloir particulièrement un mystérieux individu ?

    Énorme carton de librairie bâti sur le suspense autour du dévoilement de la vie de Julian Carax et son impact sur celle de Daniel Sempere, l’ombre du vent est un livre très décevant qui souffre de nombreux défauts rédhibitoires. Il faut réellement s’armer de courage pour aller au bout de ce pavé de plus de six cents pages. Tout d’abord, cela demande de supporter le style ampoulé et bien trop maniéré de Carlos Ruiz Zafon qui, quand il n’est pas simplement trop tape-à-l’œil, alourdit le récit et dessert les personnages. Ces derniers sont par ailleurs plutôt construits à la truelle. Ils sont presque tous caricaturaux, manquant de nuances et de crédibilité, à l’image de Fermin Romero Torres, un vagabond au grand cœur, à la langue bien pendue et au passé trouble, qui est littéralement insupportable… Tout comme ces accès de bons sentiments et de guimauve qui parfois débordent du livre.

    En fait, l’ombre du vent ne fonctionne pas vraiment parce que sa mécanique est lourde, pataude. Les rebondissements du livre sont un peu théâtraux quand ils ne sont pas prévisibles. Le parallèle entre Daniel Sempere et Julian Carax est plutôt bien mené mais est un peu grossier. L’avancée dans l’intrigue est laborieuse parce que Carlos Ruiz Zafon utilise des ficelles trop visibles et se lance sans maîtrise dans un mélange de genres. Le livre s’avère ainsi un peu brouillon en étant à la fois roman d’apprentissage, roman policier, roman d’amour, etc. et en essayant de mâtiner tout ça de fantastique, de mystère et du contexte historique de la guerre d’Espagne et du franquisme.

    Quelconque. Sans intérêt.

  • Petit Piment – Alain Mabanckou

    petit piment.jpgPetit Piment, héros éponyme du dernier livre d’Alain Mabanckou,  est un jeune orphelin Congolais à la trajectoire malheureuse. Il passe des misères de l’orphelinat de Louango à la galère de la rue et du grand marché de Pointe-Noire, avant de continuer dans la cour de la mère maquerelle « Maman Fiat 500 » et de finalement échouer dans une prison après avoir sombré dans une forme de démence. Triste destin de celui qui n’a jamais eu grand-chose mais qui a fini par tout perdre, jusqu’à la raison.

    Petit Piment est dans la lignée des autres productions d’Alain Mabanckou, utilisant les mêmes ingrédients qui ont fait son succès et sa marque de fabrique. Il y a bien sûr l’inventivité langagière qui fait la saveur de l’écriture de l’écrivain Congolais qui n’hésite jamais à violer la langue Française pour lui faire un bel enfant. Il y a aussi la présence de cette Afrique mixte, à la fois urbaine, moderne, si loin de certains clichés mais en même temps encore attachée aux croyances occultes et à ses coutumes ancestrales.

    Petit Piment est le roman d’initiation d’un jeune congolais sur le mode picaresque avec un enchaînement d’aventures plus ou moins extravagantes et une galerie de personnages plus ou moins fantasques et réussis. Alain Mabanckou profite des tribulations de son héros malheureux pour évoquer en filigrane quelques maux du Congo : la corruption bien sûr, la condition des femmes, les conflits ethniques, la pseudo-révolution socialiste postindépendance, les potentats locaux et j’en passe.

    Si Petit Piment est agréable, mené sur un mode alerte par l’auteur chevronné qu’est Alain Mabanckou, le livre ne tient finalement pas la longueur et laisse un souvenir mitigé. La faute à un rythme qui s’essouffle en seconde et en troisième partie de récit. Une fois quitté l’orphelinat, Petit Piment ne retrouve son éclat, son humour et son intérêt que par intermittences, ses aventures se font moins palpitantes. Le livre est alors desservi par ses ellipses temporelles. Certaines situations, comme la rencontre de Petit Piment avec le docteur qui doit le soigner de sa démence, manquent d’intérêt et sont presque ratées. Si l’écriture libre et maligne d’Alain Mabanckou arrive à faire passer la pilule, c’est le moment où l’on se rend compte que finalement les thématiques sur les maux du Congo ont finalement été survolées et que l’ensemble manque d’épaisseur.

    Au final, un petit Mabanckou.

    Intérêt limité.