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attente

  • Scènes de vie villageoise – Amos Oz

    Amos Oz.jpgScènes de vie villageoise a en fait été écrit quelques années avant Entre amis le précédent recueil de nouvelles d’Amos Oz que j’ai lu. Il est ainsi la matrice de ce recueil de nouvelles que j’avais grandement appréciées. Les deux livres partagent ainsi de nombreuses choses : une même structure, une même ambition et un même talent.

    Les huit nouvelles de scènes de vie villageoise se déroulent ainsi dans le même village de Tel-Ilan, dont elles en font indirectement le portrait. Ce village de pionniers qui précède la création d’Israël, n’est plus qu’une petite communauté de quelques habitants qui accompagnent tant que mal sa transformation d’espace rural en lieu de villégiature. Les personnages dessinent chacun une facette du village et ne cessent de se croiser au cours des différentes nouvelles pour constituer ainsi une sorte de roman choral centré sur Tel-Ilan.

    Le tout forme également une petite comédie humaine qui ne prend Israël et son histoire que comme toile de fond, certes bien présente, préférant se concentrer sur les problématiques plus courantes de la vie des habitants du village. La plupart des personnages révèlent une certaine solitude et vivent une situation de confusion qui les perturbent, les angoissent et mettent à mal le lecteur. Qu’est-il arrivé au neveu de Gili Steiner qui n’est jamais venu ? Où est passé la femme du maire du village ? Comment va s’en sortir l’agent immobilier Yossi Sasson ? Etc.

    Une dureté se dégage de toutes ces nouvelles qui manient le non-dit, la souffrance et la perte avec beaucoup de finesse dans un décor de village perdu. La proximité avec les personnages permet de sentir et de vivre leur errance dans leur vie et dans le village, les sentiments à fleur de peau. Mentions spéciales aux nouvelles « Les proches », « Attendre », « Les étrangers », « Chanter ».

    OK. Un peu inégal, une préférence pour Entre amis.

  • Pas de lettre pour le colonel - Gabriel Garcia Marquez

    pas de lettre.jpgPas de lettre pour le colonel est l’un des premiers romans de Gabriel Garcia Marquez. Un roman sur l’attente, la pauvreté et la dignité. Depuis une quinzaine d’années, le colonel attend sa pension de retraite. Son existence est rythmée par cette quête passive de la justice, son dû pour services rendus à la grande muette et à la révolution. Tous les vendredis, il se rend à la poste dans l’espoir qu’arrive la lettre qui le délivrera de cette attente interminable et le récompensera de sa patience. Il y a une similitude entre le colonel et le drago du désert des tartares. Il est plongé dans une attente vaine qui peut presque se passer d’objet et devenir le sens de l’existence du personnage principal. Elle engloutit l’existence du colonel, la phagocyte.


    Seulement voilà, en attendant que la lettre arrive, la misère est là, qui ne laisse pas de répit au colonel. Il faut bien manger. Gabriel Garcia Marquez arrive à faire ressentir cette urgence de la faim et cette inquiétude du lendemain qui est inséparable de la pauvreté. Les soucis pécuniaires et leur angoisse rampante, insidieuse sont omniprésents. On fait et on refait les comptes dans sa tête, on anticipe sur d’hypothétiques rentrées d’argent, on essaie d’estimer ses biens de valeur et de les vendre comme on peut. On se restreint sur tout, toujours dans le moins. La pauvreté nue et simple transparaît dans ce livre. Celle qui ronge le quotidien, les pensées, les corps, les perspectives, la tranquillité.


    Comment s’en sortir ? C’est la question qui envahit la vie du colonel et de sa femme. La mise en perspective de cette situation au sein du couple par l’auteur colombien est intéressante et offre une dimension supplémentaire au livre et à ce thème. La femme asthmatique du colonel est un partenaire bien mal en point qui lui sert de soutien mais en même temps qui l’accable. Les scènes et les dialogues entre les vieux époux sont un révélateur cruel de la misère partagée. Ces deux là ont en plus perdu leur fils récemment et ne se raccrochent plus qu’au coq de combat de ce dernier. Nourrir ce coq pour le faire combattre est ce une question d’honneur ou de la stupidité alors que le vendre les soulagerait financièrement ?


    Le coq est au centre de la question de la dignité, peut-être le dernier oripeau, le plus clinquant en tout cas du pauvre. Ne pas vendre ce coq, c’est honorer la mémoire de leur fils, c’est aussi ne pas exposer sa misère aux yeux de tout le village, c’est ne pas céder à don Sabas le cupide, ne pas totalement perdre pied pour le ventre, pour la peau, tout ce que l’on a au final, comme le dit Malaparte. Mais que vaut la dignité devant la faim ? Comment partager le même rêve de dignité avec sa femme ? Et la dignité pour quoi faire ? Le débat ronge le colonel, ronge son couple et ronge le village.


    Le décor du roman en rajoute à la misère du colonel. Ce village colombien paumé, semble bloqué dans le temps, immobilisé. Il suinte la pauvreté comme le colonel. Pas de lettre pour le colonel est touchant de dureté. Ici pas de pathos, pas de grands développements, la difficulté, la pauvreté sont sobrement exposées, elles sont dans les détails, dans les situations décrites. Une fatalité habite le livre qui est sobrement mise en scène et portée par Gabriel Garcia Marquez et qui est tranchante dans la conclusion de l’œuvre.