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autofiction

  • Un roman Russe – Emmanuel Carrère

    9782070356652.jpgIl est difficile de résumer et de définir un roman Russe, parce qu’il est à sa manière une sorte d’ovni littéraire qui dépasse les genres. Il se joue des frontières littéraires pour développer ce qui est à la fois un journal intime, le carnet de bord d’un réalisateur, le récit d’une saga familiale et d’une passion amoureuse. C’est le propre du génie romanesque que de ne pas être simplement figé dans une forme (cf. l’art du roman de Milan Kundera) mais de pouvoir articuler différents éléments, récits dans un collage qui a du sens.

    Certains ont vu dans un roman Russe, un nouvel opus de la vague autofiction qui prédomine les lettres françaises récemment et l’ont critiqué. Pour ma part, le genre importe peu au regard de la qualité du livre. Le problème de la majorité des autofictions est surtout que ce sont de mauvais livres, mal écrits, mal construits ou inintéressants. Ce n’est pas le cas d’un roman Russe. Et c’est peut-être le petit miracle d’Emmanuel Carrère. Il raconte l’histoire de sa passion amoureuse avec une certaine Sophie. Une histoire difficile, avec bien entendu des coucheries, des orages, des bonheurs, des différences entre les protagonistes etc. Banal ?

    En fait pas tant que ça parce que l’originalité d’Emmanuel Carrère se retrouve dans son écriture. Il s’agit d’une véritable mise à nu. A la lecture de cette histoire, on y sent une dureté, une violence, une noirceur qui sont rares. Emmanuel Carrère est sans concession avec lui-même, avec ce qu’il a vécu. Le lecteur sent qu’il n’y a pas de jeu, pas de légèreté. Il s’agit ici de trifouiller le plus profond des choses, des mots, des pensées. Le mérite de l’auteur est de ne pas faire de son lecteur un témoin éloigné mais presqu’un acteur pris quelque part au milieu des déchirements, des envolées de cette passion complexe. Il y a quelque chose de viscéral et d’essentiel, de nécessaire dans la manière dont ce texte est écrit qui le distingue des autres textes similaires.

    D’autant plus qu’excellent romancier, Emmanuel Carrère, mêle cette histoire à celle d’une quête personnelle, une quête identitaire qui est encore plus intéressante à mes yeux. Il essaie de comprendre, de décrypter la fêlure intime qui fait de lui l’homme qu’il est, un écrivain, cet écrivain là. Déchiré, complexe, sombre et envoûtant. Cette quête est un processus de réappropriation d’une généalogie, celle d’une famille de Georgiens que l’histoire et ses grands sabots a poussé à émigrer en France. Suivre l’enquête d’Emmanuel Carrère sur ses origines russes, sur ses grands parents et plus particulièrement son grand père qui se trouve être une personne aussi torturée que lui est un cheminement riche, une fois encore très intime mais aussi très difficile, très âpre. Les sinuosités, les sombres recoins de cette histoire familiale sont exposés et révèlent la face cachée d’une famille. Un traumatisme qui court d’une génération à l’autre est là, tapi. Et à vrai dire, on s’en tape un peu que ce traumatisme concerne aussi Hélène Carrère d’Encausse, la mère de l’écrivain et la secrétaire perpétuelle de l’académie Française. Ce livre vaut plus que ça. Voilà pour la polémique.

    Emmanuel Carrère arrive à faire de la Russie un fil conducteur, un pivot entre sa quête des origines, son problème identitaire et sa passion amoureuse. La Russie est le point de départ du livre et de ces trois sujets. Alors qu’il était parti couvrir l’histoire incroyable d’un prisonnier hongrois resté enfermé pendant cinquante ans dans un hôpital psychiatrique russe à Kotelnitch, s’ouvre sous ses pieds un abîme dans lequel il s’engouffre. Il veut faire un film sur la vie à Kotelnich. La Russie, les voyages pour réaliser ce film entre autres, permettent de tisser des liens entre les trois explorations poursuivies par le livre. La Russie est une pierre angulaire qui lui permet de travailler d’abord, de poursuivre sa quête des origines, de se confronter à lui-même et qui a une importance dans le délitement de son histoire avec Sophie.

    Ce qu’il y a de moins intéressant dans un roman Russe, ce sont finalement les passages de « cul » et les longueurs concernant la nouvelle publiée par Emmanuel Carrère dans le quotidien le monde. Pour le reste, un roman Russe est pour moi une œuvre intéressante, dense et présentant une structure narrative à même d’exploiter ses différents thèmes, et qui offre plusieurs niveaux de lecture. Emmanuel Carrère est un des écrivains français les plus intéressants de ces dernières années et il le confirme.

    Solide, riche. Très bon.

  • Rapport sur moi - Grégoire Bouillier

    rsurmoi.jpgBeaucoup d’humour, une toute petite place à la grande Histoire et une certaine inventivité tous azimuts pour un roman d’apprentissage plutôt réussi malgré quelques jeux d’esprits et de langues faciles. La voix et le regard décalés de l’auteur atténuent cette désagréable sensation de voyeurisme qui colle à cette autofiction brute. On s’abandonne donc d’autant plus facilement que la vie de Grégoire Bouillier est assez originale, riche d'aventures pour nous surprendre et nous intéresser.

  • L'invité mystère - Grégoire Bouillier

    Invité mystère.jpgJ'ai un léger problème avec ce livre et avec Grégoire Bouillier. Mes sentiments à leur égard sont ambivalents. Grégoire Bouillier fait de l'autofiction, utilisant des personnages réels et prétendant échapper à la fiction. Mon aversion pour cette mode littéraire me pousse à grincer des dents même si l'auteur arrive à transfigurer son œuvre, Comment ? Par son ton léger, son écriture spontanée parfois imaginative, illuminée, qui procure du plaisir à la lecture et élève le récit. Le problème, c'est que l'auteur est par moments irritant avec des jeux de langue faciles ou par exemple avec l'usage de phrases clichés toujours suivies de l'expression ''comme on dit''. Si l'objectif est de détourner ou de rire de ces phrases, c'est peu probant à la longue.

    En fait, je suis toujours embarrassé avec cet auteur. Il exploite une certaine culture et use d'analogies entre les évènements internationaux de grande envergure et sa petite histoire pour enrichir son récit. C'est parfois drôle et intelligent, parfois raté et incongru. A la fin, je dois reconnaitre quand même avoir pris du plaisir à lire ce livre et apprécié la tournure que lui a donnée l'auteur. Il y a un côté original et iconoclaste qui donne un intérêt relatif à une banale histoire d'amour qui ne passe pas. Grégoire Bouillier tire un grand parti de la mise en scène inédite de cette soirée qui sert de point d'appui au roman.

    Pourquoi pas ? Sympathique sans être transcendant...