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biographie

  • Ravel – Jean Echenoz

    ravel.jpgRavel fait partie du « cycle des vies imaginaires », des biographies libres que Jean Echenoz a écrites entre 2006 et 2010, qui comprend également Des éclairs sur Nikola Tesla et Courir sur Emil Zatopek.

    Autant j’avais passé un agréable petit moment de lecture sans prétention avec le léger Courir, autant je suis passé à côté de ce Ravel qui m’est apparu transparent, manquant de densité et d’intérêt. La faute sans doute au parti-pris de Jean Echenoz de se concentrer uniquement sur les dix dernières années de la vie de l’illustre compositeur. La perspective d’ensemble de l’existence d’Emil Zatopek choisie pour Courir me semble plus appropriée pour permettre de saisir la destinée de ces personnages illustres qui est souvent fascinante par l’oscillation entre des périodes de grandeur et de décadence.

    Ce parti pris est d’autant plus dommageable que Jean Echenoz ne se fixe pas vraiment sur des moments-clés qui interviennent durant ces dix dernières années de la vie de Ravel. C’est la période de la tournée américaine à succès de Ravel. Celle durant laquelle il compose le Boléro, une des œuvres les plus jouées au monde depuis sa création. Celle aussi de son déclin cérébral. Tout cela est bien présent dans la petite centaine de pages du livre mais sans qu’on en garde grand-chose. Il n’y a pas de focus, pas d’accroches, rien qui marque. Comme si le livre coulait, insipide vers la mort de son sujet.

    Qu’est-ce que Jean Echenoz veut nous dire sur Ravel ? Sur son œuvre ? Le portrait d’un homme assez solitaire mais paradoxalement mondain à sa façon et souffrant d’insomnie n’est pas assez abouti. La mise en scène du génie qui perd sa tête et sa musique tombe également à plat. Le tout étant probablement noyé dans des détails, des anecdotes sans intérêt qui semblent surtout servir à meubler les pages entre les différents moments de vie empilés du compositeur.

    Reste alors l’écriture de Jean Echenoz ? Légère, dotée de sa propre petite musique, celle-ci n’arrive néanmoins pas à envoler le récit et à faire passer un certain ennui. Le souffle du romancier, qui est si bien calé sur celui du champion olympique Zatopek dans Courir, a ici du mal à faire revivre les dernières années de Ravel ou sa musique.

    Plutôt raté.

  • Le paradis, un peu plus loin – Mario Vargas Llosa

    paradis,utopie,socialisme,peinture,biographieLe paradis, un peu plus loin est un roman biographique qui raconte en parallèle la vie de Flora Tristan et de Paul Gauguin. Infatigable militante de la cause féministe et de l’amélioration de la classe ouvrière, Flora Tristan est une figure iconoclaste de la première partie du XIXème siècle qui puise l’énergie de ses combats dans un passé difficile. Elle est marquée par une enfance désargentée malgré des origines nobles et bourgeoises ainsi que par un mariage complètement désastreux. Paul Gauguin, le peintre avant-gardiste de la deuxième moitié du XIXème siècle, est son petit-fils. Après avoir échappé à une vie rangée et au métier de courtier, ce dernier traverse les courants de peinture de son époque, devient le chef de file de l’école de Pont-Aven, avant de prendre le large vers les îles polynésiennes qui transforment son existence et sa peinture.

    Deux destins liés par la filiation, qui ne se sont jamais connus, et qui prennent vie sous la plume de l’écrivain péruvien. Ce dernier essaie de se placer au plus près de ses deux protagonistes. Il n’hésite pas à les tutoyer, à les appeler par de petits noms, à les interpeller. Il fait tout pour donner vie à leurs réalités respectives qu’il restitue avec moult détails qui montrent un impressionnant travail documentaire. Pourtant, la magie ne prend pas complètement. Certes, on apprend beaucoup de choses sur Flora Tristan et Paul Gauguin, mais ce réel romancé est parfois un peu longuet et manque parfois d’énergie. La faute n’en incombe pas en tout cas à ces deux personnages hauts en couleur et fascinants mais plutôt à un Mario Vargas Llosa un peu cabotin, parfois hagiographique. Ce dernier est également piégé par une narration un peu répétitive surtout liée au parti pris de suivre le tour de France des ouvriers de Flora Tristan et de parfois s’éterniser dans les tourments un peu redondants des deux héros.

    Pour autant, il est difficile de condamner ce roman au titre si magnifique en raison de son essence marquée du sceau de l’utopie. C’est ce qu’il faut aller chercher dans Le paradis un peu plus loin, la mise en parallèle de deux rêves, de deux espoirs un peu contradictoires. Le paradis que cherche Paul Gauguin est derrière nous, dans le passé, même si c’est dans le lointain géographique qu’il va le chercher. C’est un Eden primitif qui ressourcerait le corps et la peinture, qui le sauverait de tous ses démons. Flora Tristan, elle, est à la recherche et essaie de construire un paradis à venir, qui est devant nous. C’est une utopie socialiste qui défend l’idée d’un monde meilleur, plus juste, plus égalitaire, plus éclairé pour tous. Deux rêves qui se font donc face à face, qui s’opposent et qui font l’intérêt de ce livre. L’un est individuel, égoïste, tout entier tourné vers la création et porte en creux les failles de Paul Gauguin : fou, malade, alcoolique, limite pédophile, englué dans une logique paternaliste avec les polynésiens. L’autre est collectif, centré sur les idées et l’amélioration du bien-être sans pour autant dissimuler les frustrations et crispations intimes d’une Flora Tristan.

    Livre du voyage, dans la France ouvrière, dans le Pérou en ébullition et dans la Polynésie du XIXème, le paradis un peu plus loin est surtout un livre sur l’utopie qui s’appuie, pas toujours de manière réussie, sur la biographie romancée des deux personnages historiques : Flora Tristan et Paul Gauguin..

    Un Mario Vargas Llosa plutôt en petite forme.

  • Evariste – François-Henri Désérable

    product_9782070793471_195x320.jpgVous ne connaissez pas Evariste Galois ? Vous ne devez donc pas piger grand-chose aux mathématiques avancées, mais rassurez-vous, il est surtout question dans ce récit de la destinée bien singulière d’un génie des mathématiques, disparu trop tôt. Evariste Galois aura donc révolutionné les mathématiques avant l’âge de vingt ans, ayant juste le temps d’être secoué par les multiples soubresauts d’une histoire politique française balbutiante post empire, de tomber amoureux de la mauvaise fille et donc de succomber lors d’un de ces duels imbéciles du XIXème siècle. Dommage pour les mathématiques, tant mieux pour la légende, et un peu aussi pour ce récit.

    La biographie romancée et les figures ou évènements historiques ont la côte en ce moment en littérature française. On peut par exemple attribuer à Evariste, une certaine proximité avec les biographies singulières récemment livrées par Jean Echenoz (Ravel, Courir, Des éclairs…). La destinée de ce jeune prodige des mathématiques est assez remarquable et possède assez de rebondissements pour intéresser le lecteur, mais afin de donner plus d’épaisseur à son récit, François Henri Désérable n’hésite pas à voir plus large. Il fait donc un peu de place aux autres figures historiques des mathématiques ou non qui croisent la route d’Evariste Galois : Cauchy, Poisson, Nerval, Dumas père… Excusez du peu. Il en profite aussi pour faire un peu de contexte et d’histoire. Il faut dire que la période est plutôt dense en évènements et changements de régime. On a donc au final un ensemble riche et passionnant qui fonctionne également très bien grâce au style du jeune romancier français.

    François Henri Désérable a pris le parti d’un rythme enlevé faisant du livre un véritable page turner qui est servi par un style pas toujours académique mais accrocheur. Le contraste est parfois saisissant entre un vocabulaire par moment désuet, très XIXème, et des références très XXème siècle, mais l’ensemble fonctionne. Il est assez agréable de se faire interpeller directement par une narration en mode proximité, à la limite de l’oral et qui se permet pas mal de libertés. L’humour sur lequel François Henri Désérable ne  lésine pas, fait parfois mouche et c'est agréable.

    Bon petit moment de lecture.

    Plaisant (et instructif).