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biographie

  • Un certain M. Piekielny – François-Henri Désérable

    Pikielny.gifDans le chapitre 7 de la promesse de l’aube, Romain Gary raconte une scène de son enfance à Vilnius concernant un certain M. Piekielny, un habitant de son immeuble qui a un peu cru aux prédictions ambitieuses de sa mère sur son glorieux avenir.  De ce discret personnage, on ne saura pas grand-chose à part la demande effectuée au jeune Roman Kacew qui dit s’être appliqué à la satisfaire bien des années plus tard: « Quand tu rencontreras de grands personnages, des hommes importants, promets-moi de leur dire : au n°16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait M. Piekielny ».

    Qui est donc ce M. Piekielny ? C’est la question à laquelle essaie de répondre François-Henri Désérable dans ce livre. Il saisit là l’occasion d’écrire une enquête littéraire plutôt intéressante et inédite dont le contexte historique offre une riche matière : la disparition des juifs dans une Vilnius tour à tour polonaise, nazie puis russe. Les recherches sur M. Piekielny permettent également d’aborder de manière plus large la vie et l’œuvre de Romain Gary à qui l’auteur voue un certain culte. Elles sont l’occasion d’une subtile réflexion sur la création littéraire, le mensonge et la vérité.

    Un certain M. Piekielny est un livre un peu inégal mais très plaisant. Il est original dans la quête de son fameux personnage éponyme. Passionnante au début et à la fin du livre, la recherche de M. Piekielny est plutôt longuette par moments. Insuffisante à tenir le livre sur la durée, elle souffre des nombreux passages inventés par un François-Henri Désérable en panne sèche dans son enquête. Elle est aléatoirement soutenue par le propos sur Romain Gary qui est à la fois attachant pour les admirateurs de son œuvre dont je fais partie et limité car on n’y apprend pas grand-chose.

    Le livre reste pourtant un véritable plaisir de lecture. François-Henri Désérable a un certain sens de l’humour et arrive à entraîner ses lecteurs à travers des chapitres plutôt courts et vifs et par l’intermédiaire d’un style direct. Il interpelle constamment son lecteur et à l’audace de se livrer à lui en s’écartant du récit et de la fiction. Il n’hésite pas à se mettre en scène et à mêler de l’autofiction à son entreprise littéraire. De la genèse de sa vocation littéraire à la cuisine romanesque même de ce livre en passant par quelques réflexions littéraires, il emprunte des chemins de traverse qui révèlent progressivement des ponts entre eux.

    Très plaisant sans être totalement convaincant, cet exercice inégal, parfois bavard, ne manque pas d’intelligence, d’humour et  par moments de brio.

    OK.

  • Des éclairs – Jean Echenoz

    echenoz_eclairs.jpgDernier volet du tryptique des romans biographiques du « cycle des vies imaginaires » de Jean Echenoz, après Ravel et Courir, Des éclairs est consacré à l’inventeur Nikola Tesla. Pour ceux qui ne le connaissent pas, cet homme, dont la vie est à cheval sur le XIXème et le XXème siècle, est le père du courant alternatif, un génie scientifique passionné par l’électricité qui est l’auteur de près de 300 brevets scientifiques. Visionnaire, il anticipe ainsi de nombreuses découvertes scientifiques parmi lesquelles le radar ou la télécommande par exemple …

    Sous le pseudonyme de Gregor, c’est donc la vie de Nikola Tesla que Jean Echenoz dévoile. Dans les grandes largeurs. Contrairement au parti-pris de Ravel, ce n’est pas uniquement une partie de l’existence du savant qui est mise en avant mais bien sa totalité. Ce qui est indispensable tant la trajectoire de Nikola Tesla est originale et passionnante. Elle se suffit en fait à elle-même, intrigante à souhait. C’est le destin d’un génie, d’un aventurier, d’un créateur né quelque part en Serbie qui vient s’accomplir aux Etats-Unis en révolutionnant la science et en bousculant ses collègues et ses contemporains parmi lesquelles l’illustre Thomas Edison. C’est une histoire de self-made man particulièrement intéressante car l’aspect scientifique prévaut sur l’aspect économique et dans la mesure où elle n’est pas linéaire mais sinueuse et en fin de compte partiellement marquée du sceau de l’échec et de la folie.

    L’intérêt du livre de Jean Echenoz est de s’appuyer sur ce matériau riche et passionnant pour donner un portrait d’homme assez captivant. Nikola Tesla n’est pas seulement un génie, c’est un personnage unique que Jean Echenoz arrive à embrasser. Il en dit la grandeur des ambitions et des intuitions, l’effervescence intérieure qui frise l’explosion, le sentiment de supériorité et la solitude qui ne sont pas loin de se muer en misanthropie ou en tout cas en distance avec la réalité prosaïque et ses contemporains. C’est un Nikola Tesla en nuances et surtout en failles qu’il construit au-delà de la légende. Un homme étrange, complexe, sombre, hanté par son génie et ses utopies, avide de lumière et parfois maladroit ou complètement à côté de la plaque.

    Jean Echenoz le raconte avec un peu d’humour, une distance et une certaine légèreté qui sont salutaires. Son récit est plutôt alerte, suivant le fil de l’existence de Nikola Tesla et celui du progrès scientifique de son époque avec assez de subtilité. Si le récit est un peu long sur la fin, notamment à cause des passages sur les pigeons, Des éclairs touche par moments par une espèce de mélange de fascination, de mélancolie et de tristesse qui l’habite. Il peut toutefois souffrir du fait d’être le troisième volet d’un tryptique dont le principe est maintenant connu.

    Un livre léger, plaisant, qui bénéficie du destin de cet incroyable personnage qu’est Nikola Tesla.

    OK.

  • Ravel – Jean Echenoz

    ravel.jpgRavel fait partie du « cycle des vies imaginaires », des biographies libres que Jean Echenoz a écrites entre 2006 et 2010, qui comprend également Des éclairs sur Nikola Tesla et Courir sur Emil Zatopek.

    Autant j’avais passé un agréable petit moment de lecture sans prétention avec le léger Courir, autant je suis passé à côté de ce Ravel qui m’est apparu transparent, manquant de densité et d’intérêt. La faute sans doute au parti-pris de Jean Echenoz de se concentrer uniquement sur les dix dernières années de la vie de l’illustre compositeur. La perspective d’ensemble de l’existence d’Emil Zatopek choisie pour Courir me semble plus appropriée pour permettre de saisir la destinée de ces personnages illustres qui est souvent fascinante par l’oscillation entre des périodes de grandeur et de décadence.

    Ce parti pris est d’autant plus dommageable que Jean Echenoz ne se fixe pas vraiment sur des moments-clés qui interviennent durant ces dix dernières années de la vie de Ravel. C’est la période de la tournée américaine à succès de Ravel. Celle durant laquelle il compose le Boléro, une des œuvres les plus jouées au monde depuis sa création. Celle aussi de son déclin cérébral. Tout cela est bien présent dans la petite centaine de pages du livre mais sans qu’on en garde grand-chose. Il n’y a pas de focus, pas d’accroches, rien qui marque. Comme si le livre coulait, insipide vers la mort de son sujet.

    Qu’est-ce que Jean Echenoz veut nous dire sur Ravel ? Sur son œuvre ? Le portrait d’un homme assez solitaire mais paradoxalement mondain à sa façon et souffrant d’insomnie n’est pas assez abouti. La mise en scène du génie qui perd sa tête et sa musique tombe également à plat. Le tout étant probablement noyé dans des détails, des anecdotes sans intérêt qui semblent surtout servir à meubler les pages entre les différents moments de vie empilés du compositeur.

    Reste alors l’écriture de Jean Echenoz ? Légère, dotée de sa propre petite musique, celle-ci n’arrive néanmoins pas à envoler le récit et à faire passer un certain ennui. Le souffle du romancier, qui est si bien calé sur celui du champion olympique Zatopek dans Courir, a ici du mal à faire revivre les dernières années de Ravel ou sa musique.

    Plutôt raté.