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braquage

  • Trois hommes deux chiens et une langouste - Iain Levinson

    trois-hommes-deux-chiens-et-une-langouste.jpgPaumés quelque part en Pennsylvanie, Mitch, Doug et Kevin, sont des loosers du rêve américain. Mitch travaille au rayon auto d’une grande surface pour un salaire de misère, Doug ne s’en sort pas mieux en faisant cuire des steaks dans un restaurant, alors que Kevin promène des chiens de riches pour joindre les deux bouts après s’être fait coffrer pour culture illégale de marijuana.  Ces pieds nickelés passent leur temps à fumer des joints et à délirer dans la colocation de Mitch et Doug, attendant passivement un avenir meilleur qui ne pointe pas vraiment le bout de son nez. Mitch et Doug sont finalement virés et Kevin n’arrive toujours pas à assumer son rôle de mari auprès de Linda et de père auprès d’Ellie. Quelles perspectives pour ces hommes aux portes de la marginalité sinon que de se laisser tenter par les coups foireux qui passent ? Au coin de la rue, l’aventure ? La galère, surtout. D’improbables péripéties aussi.

    Ce qu’Iain Levinson décrit avec constance et justesse depuis plusieurs romans déjà, comme dans trois hommes deux chiens et une langouste, c’est le difficile quotidien de l’Amérique des petites villes qui agonisent, faute d’emplois et de ressources, celle des petites gens qui s’enfoncent lentement dans la pauvreté. Il n’y a pas beaucoup d’autres solutions pour ces gens, seulement la débrouille, la magouille et l’illégalité. Ils comptent, recomptent, jonglent, ramassent ce qu’ils peuvent, tirent le diable par la queue, rêvent de jours meilleurs et se cassent la gueule devant le capitalisme impitoyable qui broie ces malchanceux, ces inadaptés, ces vaincus, etc. Les descriptions qu’Iain Levinson fait des petits boulots avec leurs cortèges de contraintes, d’humiliations, d’absurdités sont des plus justes et des plus convaincantes. Au lieu de se résigner, les personnages d’Iain Levinson se débattent pour faire partie du grand rêve vendu par le capitalisme, à travers la pub entre autres. Combiner pour être du bon wagon, ceux qui s’adjugent ce qu’ils n’ont pas.

    C’est là que le livre devient loufoque, enchaînant les aventures toujours un peu ratées de ces comparses en réussissant à rester drôle. Voler une Ferrari, dealer des comprimés, réaliser un braquage, rien qui ne réussisse vraiment à nos bras cassés qui s’enfoncent dans des situations savoureuses habilement menées, intégrées dans une structure narrative efficace et relevées par des dialogues justes et percutants. Les personnages hauts en couleurs, dotés d’une certaine lucidité sur leurs situations respectives, ne sont pas sans épaisseur. Ils ne sont pas là uniquement pour servir les running gags ou autres. L’ambition de Mitch, l’attachement local de Doug, les problématiques familiales de Kevin, les liens entre les trois hommes enrichissent le livre de thématiques sur l’amitié, la responsabilité, la trahison, entre autres.  

    La quatrième de couverture fait référence aux frères Coen en parlant de Trois hommes deux chiens et une langouste. Rien de plus juste. C’est tout simplement drôle, divertissant sans être dénué d’intelligence et de profondeur. Et c’est cohérent avec le reste de l’œuvre d’Iain Levinson.

    Excellent moment de lecture.