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cinéma

  • Le cinéphile – Walker Percy

    9782869303362.jpgCe n’est pas tant que j’accorde une grande importance à ce genre de choses, mais ce livre a quand même obtenu le National Book Award en 1961 et a été inclus dans la liste des 100 meilleurs romans de langue anglaise du Time. Ce qui j’avoue me laisse un peu sceptique après lecture. Le cinéphile ne m’a pas paru être une pièce maîtresse, mais bien une œuvre quelconque, au mieux mineure. Quant aux comparaisons de la quatrième de couverture évoquant l’étranger d’Albert Camus…

    Voici donc les aventures de Binx Bolling, un jeune homme promis à mieux qu’à ses menues activités financières dans son petit cabinet dans la Nouvelle-Orléans des années 50. Il y a peut-être effectivement mieux à faire pour lui que de rêver constamment, d’aller au cinéma ou d’essayer de se taper ses secrétaires successives et toutes sortes de filles ennuyeuses. En tout cas, Binx s’interroge sur l’existence et quel sens il peut bien donner à la sienne, un peu fade, à peine pimentée par l’oscillation entre deux familles complètement différentes et la possibilité…Kate.

    Le cinéphile dispose d’un contexte favorable mais qui n’est pas vraiment exploité. Binx est quand même un jeune homme qui a été au front pendant la guerre de Corée (1950-53), mais cet élément n’a finalement qu’une présence évanescente dans le texte même si on peut déduire que le mal-être ou plutôt le laisser aller du personnage principal en est issu. C’est un peu dommage de ne pas faire de place à un conflit qui est bien moins présent dans la mémoire et la littérature que celui du Vietnam et bien entendu la deuxième guerre mondiale.

    Binx a aussi un contexte familial singulier qui reste sous-exploité. Il y a pourtant un contraste entre sa famille biologique et sa famille d’accueil. La figure de sa tante Emily et celle de sa fille Kate sont effectivement intéressantes et bien présentes dans le récit. Elles apportent quelque chose à l’ambiance mélancolique du livre et révèlent les sentiments et remous intérieurs de Binx. En revanche, il n’y a pas grand-chose de l’autre côté. Difficile de dire à quel point est inintéressante la visite que Binx fait avec sa petite secrétaire à l’autre partie de sa famille.  

    Walker Percy arrive en tout cas à restituer quelque chose de la Nouvelle-Orléans. Le cadre de l’histoire apporte un petit supplément d’âme au texte malgré des passages inintéressants comme ceux sur le carnaval. On dirait le sud chantait Nino Ferrer à propos de tou à fait autre chose. Il ne faut pourtant pas cataloguer Walker Percy à cette étiquette d’auteur du Sud. Son propos est en effet très ambitieux : la quête de sens. Son personnage principal Binx Bolling est tout simplement perdu, quoiqu’il en dise ou pense. Bien entendu, il est rêveur, analytique concernant le comportement et l’existence des personnes qu’il croise, mais  - contrairement au personnage d’Albert Camus, de mémoire – il est en attente de quelque chose. Il hésite. Avec Kate et même avec sa secrétaire, avec sa tante. Binx n’est pas complètement détaché. Ce n’est pas un cynique non plus, attention à ne pas se méprendre.

    Le problème est que là où l’étranger touchait à l’épure, le cinéphile s’embourbe dans le détail, dans le trivial, dans le balbutiement et véhicule un certain ennui. Oui, Binx s’ennuie en fait. Et nous aussi. Quant au cinéma dans l’œuvre…bof.

    Pas mal pour résumer un peu tout ça en fait: bof.