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communication

  • Mathématiques congolaises – In Koly Jean Bofane

    Mathematiques_congolaises.jpgA chacun son heure. Celle de Celio Matemona alias Celio Mathématik arrive lorsque son chemin croise celui de Tshilombo Gonzague, le redoutable responsable du bureau information et plans qui est directement rattaché à la présidence. Jusque là, trentenaire oisif contre son gré, livré à la faim, abonné aux parties de dames et aux interminables conversations avec ses compères de galère, Celio l’orphelin se retrouve propulsé comme conseiller en matière de communication politique. Grâce soit rendue à son audace et à sa passion des mathématiques qui lui servent quasiment de grille de lecture du monde. Il y a cependant toujours un danger pour qui s’envole aussi rapidement et se montre ambitieux : connaître le destin d’Icare. Le soleil de la politique brûle bien des ailes sous les tropiques du Congo à Kinshasa. Ailleurs aussi.

    Celio Mathematik est un personnage qu’In Koly Jean Bofane arrive à rendre très sympathique. Il fait à la fois preuve d’une certaine candeur et en même temps d’une grande lucidité et d’un certain machiavélisme tout au long de ses aventures. Celio est doué, ambitieux mais, plongé dans le marigot de la politique congolaise, il ne peut échapper à la question de la morale et des conséquences des manipulations politiques qu’il met à l’oeuvre. In Koly Bofane pousse Celio dans ses derniers retranchements, le confrontant progressivement à la réalité de son travail et des personnes qui l’entourent. Réussir à tout prix ? Jusqu’à se renier, à trahir la mémoire de ses amis, de son milieu d’origine ?

    In Koly Jean Bofane, s’y entend aussi dans la description de la réalité quotidienne de Kinshasa. Il arrive à restituer quelque chose du combat quotidien pour la survie dans cette ville. Il explique la lutte contre la faim, la débrouillardise, les soulèvements du peuple qui subit chaque jour la gangue terrible des assoiffés de pouvoir, ces sinistres personnages que Celio finit par côtoyer. La galerie de portraits du roman est ainsi saisissante, depuis les militaires Bamba et Landu en passant par la femme et la nièce de Gonzague Tshilombo.

    Mathématiques congolaises est un livre qui se lit avec un certain plaisir. Teinté d’humour, il propose un bon moment de lecture malgré quelques défauts. Je reste effectivement sur ma faim pour ce qui est des mathématiques et de leur rôle fumeux dans la carrière, les aventures et les théories de Célio. Il y a aussi quelques moments creux - par exemple les passages sur le militaire Bamba. Des facilités aussi parfois, en ce qui concerne le sinistre jeu politique ou encore le très convenu happy end. Rien qui ne soit rédhibitoire, l’ensemble reste recommandable, sans plus.

    OK. Grand prix littéraire d’Afrique noire 2009.

  • Service clientèle - Benoît Duteurtre

    service-clientele_1212302472.jpgCa commence de la manière la plus anodine, un téléphone portable dernier cri est offert au narrateur, et ça se termine en piège infernal de la technologie. Ce petit livre assez drôle, assez juste pose un regard moqueur sur quelques unes des vaches sacrées de notre société: la technologie, la communication et leurs serviteurs, le commercial, le service après-vente, etc. Les démélés du narrateur face à la technologie et à logique d’entreprise liée aux secteurs  produisant des biens technologiques sont des prétextes à la drôlerie et à un regard décalé - le trait est un peu forcé - , sur des situations ordinaires auxquelles chacun a du faire face au moins une fois.

    Que savez vous vraiment de la technologie de votre téléphone mobile ou d'Internet, de leurs fonctionnement ? Qui n'a jamais enragé devant le charabia de spécialistes, le vice des contrats d'abonnement, le temps d'attente sur une ligne téléphonique surtaxée etc ? Comment se fait-il que la multiplication des moyens de communication n'améliore, ne facilite pas vraiment la communication ? Le sérieux côtoie le risible et le pathétique en s’appuyant sur les faits minuscules et banals du quotidien, c’est la marque de fabrique de Benoît Duteurtre. Un petit livre léger et intelligent, sans prétention. Agréable, s'oublie vite aussi.