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communisme

  • Pourquoi les khmers rouges ? – Henri Locard

    pourquoi-les-khmers-rouges.jpgDe 1975 à 1979, le Cambodge a été le Kampuchéa démocratique sous la férule de l’Angkar, un groupe de révolutionnaires d’obédience communistes qui ont mis en place un des régimes les plus féroces du XXème siècle. Cette tragédie politique qui s’est soldée par l’extermination directe et indirecte d’environ 2 millions de personnes fait l’objet d’un remarquable travail par l’universitaire Henri Locard dans Pourquoi les Khmers rouges ?

    N’étant pas spécialiste des questions historiques et encore moins du Cambodge, je recommanderai néanmoins ce livre à tous ceux désireux d’en savoir plus sur le sujet. Henri Locard est d’une clarté d’expression qi rend la lecture de son livre accessible et compréhensible à tous. Il en va de même en ce qui concerne l’exposition des faits historiques et la réflexion qui l’accompagne.

    Construit comme une synthèse, Pourquoi les Khmers rouges apporte des réponses justes et argumentées à toutes les questions que l’on pourrait se poser à ce sujet sans omettre – sans s’attarder non plus – sur les points de vue divergents et sans dissimuler la complexité qui a présidé à la naissance à l’avènement, à la durée puis à la chute du régime de PolPot et de Nuon Chea.

    Henri Locard remonte aux racines des Khmers rouges, assumant une lecture qui part depuis l’indépendance du Cambodge jusqu’à aujourd’hui. Il intègre également les Khmers rouges aux contextes historique et géographique de la guerre froide et de l’Asie du Sud-Est. La spécificité du régime des Khmers rouges est aussi analysée en même temps qu’est effectué un portrait détaillé de son organisation et de ses figures principales.

    Il est particulièrement appréciable de découvrir sous la plume d’Henri Locard, le poids des soutiens extérieurs -  plus particulièrement celui du Grand Timonier – à ce régime, la nécessité d’être prudent avec la propagande Vietnamienne consécutive à leur chute, les dessous de la survie de l’Angkar jusqu’aux procès du début du XXIème siècle, la nécessité de manipuler avec prudence la notion de génocide au sujet des Khmers rouges.

    Un ouvrage complet, très documenté et mesuré qui donne une meilleure compréhension de cette immense tragédie.

    A lire.

  • Amour et ordures – Ivan Klima

    Ivan Klima.jpgLa quatrième de couverture parle d’Amour et Ordures « comme le roman le plus important sur la Tchécoslovaquie d' " avant-Havel " ». Ce qui me laisse un peu dubitatif. Imaginez un peu, un auteur célèbre, tombé en disgrâce, qui devient éboueur dans Prague. Un quotidien de dur labeur pour celui qui se consacrait à l’écriture d’un essai sur Kafka avant d’embrasser cette réalité si prosaïque. Un homme confronté aux ordures qui a des choses à raconter sur la Tchéquie de la seconde guerre mondiale, vu qu’il a connu enfant le camp de concentration de Terezin. C’était avant le rideau de fer et la période communiste qui a assommé la réalité  avec une novlangue qui s’appelle ici le Jerk. Ça en fait donc des choses fortes à raconter pour un homme qui est en plus plongé dans une passion dévorante avec une maîtresse qui n’arrive pourtant pas à le convaincre d’abandonner sa femme.

    Il est juste dommage qu’Ivan Klima raconte tout ceci très mal. Amours et Ordures est un galimatias qui dévalorise ce matériau si riche en refusant d’y mettre de l’ordre ou de créer une véritable architecture narrative. Tout est balancé dans une logique de tout à l’égout qui épuise le lecteur et dilue son intérêt pour les thèmes de l’écrivain tchèque. Finalement, il y a un manque d’épaisseur dans la critique du régime communiste tout autant que dans l’évocation du camp de Terezin. Idem pour l’expérience d’éboueur qui souffre d’un bavardage inintéressant, souvent centré sur les anecdotes des collègues de travail. A la fin, ne reste de tout ça qu’un discours un peu fatigant sur Kafka et cette histoire de femme et de maîtresse qui n’a finalement rien d’extraordinaire et qui s’embourbe dans des situations pénibles et dans la redondance.

    Ivan Klima écrit parfois des choses assez belles, développe une réflexion brouillonne mais riche sur l’existence – notamment sur les ordures -, qui sortent le lecteur de sa torpeur. Ce ne sont cependant que des pépites dans un océan d’ennui et c’est bien difficilement qu’on atteint la fin du livre.

    Immense déception.

  • Viva – Patrick Deville

    61NByF+-UqL.jpgPatrick Deville est un écrivain voyageur bien singulier. Il ne s’agit pas pour lui d’arpenter de lointaines contrées exotiques pour s’appesantir sur les curiosités qu’il découvre, relever les particularismes locaux géographiques, culturels ou autres, critiquer sa patrie d’origine d’un point de vue externe. Non, ce que fait Patrick Deville, c’est investir un ailleurs lointain, en dégager quelque chose de difficile à définir en évoluant à travers des biographies, des temporalités, des évènements qui habitent encore, fondent et finalement définissent ces lieux. C’est donc un écrivain voyageur temporel, un écrivain voyageur biographique, mais aussi un écrivain voyageur araignée, car il tisse entre tous ces lieux, personnages et faits toutes sortes de liens plus ou moins ténus qui finissent par composer une savante et complexe toile impressionniste qui capte quelque chose d’essentiel, l’esprit d’un lieu, d’une époque, de quelques vies.

    Avec Viva, Patrick Deville s’inscrit donc dans la lignée de ses précédents ouvrages qui mettent en scène cette si singulière façon de voyager dans le temps, l’espace et les vies. Viva se raccroche à un cycle plus ou moins indéterminé, commencé avec Pura Vida, poursuivi avec Equatoria, Kampuchea et Peste et Choléra. Viva se déroule principalement au Mexique avec des ramifications en Russie, en Allemagne, en France, en passant par le Nicaragua etc. Il parle surtout de la dernière partie de la vie d’un Trotsky en exil et en sursis, de celle d’un Malcolm Lowry se battant avec le démon de la création pour accoucher d’Au-dessous du volcan bien que Diego Rivera, Frida Kahlo, B. Traven ou d’autres n’y fassent pas que de la figuration. C’est tout un beau monde qui se donne rendez-vous en cette fin d’entre-deux guerres au Mexique, le monde se prépare à un cataclysme d’une ampleur sans précédent et il ne reste déjà plus grand-chose de l’esprit révolutionnaire de 1917 qui hante le livre et les esprits des protagonistes.    

    Encore  plus labyrinthique que les derniers écrits de Patrick Deville, égrenant une grande quantité de personnages historiques et d’évènements, Viva reste néanmoins une fresque baroque maîtrisée qui n’hésite pas à sinuer, à se répéter, à s’emmêler pour marquer les esprits et dire la passion et l’intensité qui habitent ces acteurs et ces évènements. Il vaut mieux assurément avoir une certaine base historique solide et s’accrocher pour pouvoir apprécier à sa juste valeur la filature des gens et des évènements qu’effectue Patrick Deville. Sa voix est entêtante, revenant après moult pérégrinations vers l’essence de ce livre, le destin de deux hommes dévorés de l’intérieur par leurs passions. La révolution finira par emporter Trotsky tout comme l’alcool Lowry sans effacer complètement ces existences finalement dévouées à leurs œuvres. De certaines de ces pages se dégage une vraie tendresse - en même temps qu’une fascination – vis-à-vis de ces vies données à un absolu, la révolution pour Trotsky et le chef d’œuvre littéraire pour Lowry, alors que d’autres vies leur tendaient les bras.

    Un bon livre.