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  • Solaris - Stanislas Lem

    lem-solaris.jpgDans un futur indéterminé, l’homme a voyagé à travers les étoiles et a découvert la mystérieuse planète Solaris qui échappe totalement à sa science. En effet, Solaris est entièrement recouverte d’un océan à l’activité intrigante. Et s’il était vivant, doué d’une conscience ? Alors se pose la question du contact. Comment entrer en communication, échanger avec cet océan ? Cela est-il seulement possible ?

    S’il y a bien des passages du livre qui peuvent détourner les lecteurs de Solaris, ce sont ceux qui décrivent la mystérieuse planète, l’histoire de sa conquête et du « savoir » qui s’est développé autour. Et pourtant, force est de reconnaître le talent de Stanislas Lem qui fait naître ainsi une planète et un univers totalement différents. Surtout, au-delà des descriptions de l’activité de l’océan de Solaris – parfois abstraites et ennuyeuses -, les passages sur l’histoire de la pensée autour de Solaris permettent d’épaissir la réflexion autour des thèmes développés dans le roman.

    Qu’attendons-nous d’un contact, d’une rencontre du troisième type ? Et plus généralement de la conquête spatiale ? Qu’est ce qui peut en résulter ? Qu’en est-il de nos limites humaines dans la perception de ce que nous sommes, de ce qui peut-être autre, dans la communicabilité ? Où en sommes-nous du savoir sur nous-mêmes, sur notre psyché ? L’océan de Solaris est un défi qui a fini par épuiser les hommes, tarissant leur volonté et les financements pour poursuivre un défi impossible. Solaris dépasse notre entendement et notre compréhension et se refuse à nous. Ses agissements nous restent obscurs, comme ils le sont pour le personnage principal, le docteur Kelvin.

    Arrivé sur une station d’observation planant à la surface de Solaris, il est confronté à la disparition du professeur Gibarian et aux étranges comportements des deux autres habitants : les scientifiques Sartorius et Snaut. L’atmosphère inquiétante et pesante du livre est donc assez rapidement installée et ne s’évanouit qu’à la fin du livre. Le décor assez sombre, un peu délabré, marqué par une forme de chaos et d’abandon y contribue. Les évènements qui s’y déroulent aussi. Gibarian s’est suicidé, Sartorius reste enfermé dans son laboratoire et Snaut est harassé, mal à l’aise. Ils ont été et sont encore en prise avec des fantômes intimes sur lesquels on n’aura pas le mot final. Impossible pourtant de se débarrasser de la gêne, de la tension et du trouble qui envahissent les scènes durant lesquelles Snaut et Sartorius essaient d’échapper à leurs démons.

    Que sont-ils ? Des visiteurs de la même espèce qu’Harey, la femme qui apparaît au docteur Kelvin ? Harey a été le grand amour du docteur Kelvin, puis un profond traumatisme avec la fin tragique de leur histoire. Comment se fait-il que la disparue soit de retour, ici, sur Solaris, en chair et en os ? Qui peut-elle bien être, pourquoi est-elle là ? Pourquoi et comment l’océan de Solaris envoie-t-il ces visiteurs ? C’est certainement l’aspect le plus intéressant de Solaris. Confronté au simulacre de son ancien amour, le Dr Kelvin découvre des abîmes sous ses pieds.

    Il y a quelque chose de profondément humain dans cette relation que tisse Stanislas Lem entre le docteur Kelvin et la créature Harey. Le traitement qu’il fait mêle avec subtilité les questions relatives au contact avec l’océan de Solaris et des réflexions plus profondes sur la psyché, les traumatismes, l’amour, le passé, les simulacres, les illusions et notre volonté de croire. L’histoire d’amour tragique entre le docteur Kelvin et Harey et sa tentative de revivre, de construire quelque chose avec la créature Harey donnent une force et une profondeur supplémentaire à l’œuvre de Stanislam Lem. La blessure est là, profonde, pour le docteur Kelvin. Quelle rédemption possible ? Quel oubli ? Quel renouveau ?

    Solaris est un livre dense, intelligent, très stimulant, avec une atmosphère unique, touchant à sa manière. Chef d’œuvre de science-fiction.

  • Stalker (Pique-nique au bord du chemin) - Boris et ArKadi Strougatski

    stalker.jpgIl y a au départ de ce livre de science-fiction, une idée originale: la visite. Des extra-terrestres ont effectué un bref passage sur terre et sont repartis pour de lointains horizons sans un mot, sans un contact avec les humains.  Comme si nous n'étions que de vulgaires fourmis sur la route de leurs projets inconnus. D'eux ne subsiste que la transformation de certains endroits de la terre où ils ont séjourné en zones complètement différentes de tout ce que nous connaissons: dangereuses, mortelles, autres. Bien entendu ces zones sont des lieux stratégiques qui concentrent l'intérêt des scientifiques et des militaires et génèrent les rumeurs les plus folles. Les stalkers sont des humains qui risquent leur vie pour aller piller ces zones, prendre des objets laissés, abandonnés par les visiteurs et les revendre au plus offrant ou à un commanditaire.

    A partir de l'idée de cette visite, de ces zones, les frères Strougatski développent des réflexions très intéressantes sur l’existence d’une vie extra-terrestre, la place et l’importance de l’homme dans l’univers, son rapport à la technologie et aux phénomènes naturels ou autres, la communication, le rapport de force entre des espèces différentes. La visite a bouleversé la terre et changé de façon irrémédiable les hommes et leur vision des choses. Au-delà du caractère innovant de l'idée de la visite et des problématiques induites, Stalker est aussi une histoire humaine, celle du Stalker Redrick Shouhart.

    C'est un personnage attachant, un voyou rêveur, idéaliste et libertaire, qui donne une âme à cette histoire, un souffle qui dépasse le cadre de la science-fiction. Il est l’élément qui révèle le piège de l’attraction de la technologie des extra-terrestres. Personnage fort, complexe, riche de failles multiples, partagé entre la grandeur, la bassesse, la normalité dans ce contexte particulier, Redrick Shouhart est un concentré de l'angoisse, de l'illusion, mais aussi de la poésie et de la lumière engendrée par la Zone et par ce roman. La fin du livre est belle, humaniste et justifie à elle seule, un accessit.

    Très bon.